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dimanche 15 janvier 2023

Comme à la radio : Blacklisters

 




BLKLSTRS
 ? Oui, Blacklisters : il aura fallu attendre un peu plus de deux années pour que les Anglais sortent enfin de leur silence et fassent à nouveau parler d’eux… et deux ans c’est beaucoup trop long ! Le nouvel EP du groupe s’intitule Leisure Center, un titre prometteur et particulièrement sarcastique pour un enregistrement jamais avare en grosses déflagrations. Attention.









Quatre titres seulement, une publication uniquement au format cassette (encore cette putain de crise ?) chez Exploding In Sound records mais douze minutes gavées de noise-rock roublard et épais. De l’étourdissement bien gras et visqueux avec une nette tendance aux rythmes ralentis et appuyés. Si on peut encore penser aux Jesus Lizard et autres Pissed Jeans, on trouvera malgré tout que les quatre Blacklisters tirent de mieux en mieux leur épingle du jeu question originalité et qu’ils ne doivent finalement plus grand-chose à personne. Le poisseux leur va si bien. Ainsi le morceau titre qui ouvre le bal se montre particulièrement corrosif et grinçant mais dommage que mon niveau d’Anglais Langue Vivante 1 acquis au milieu des années 80 ne me permette pas de comprendre toute la subtilité acide des paroles du braillard éclairé Billy Mason-Wood. Lequel se paie aussi de luxe de nous surprendre sur un The Wrong Way Home avec ce chant tellement gouailleur qu’il en devient drolatique.

Pourtant la principale singularité de Leisure Center réside dans la présence d’un saxophone perturbateur sur la moitié des compositions. Parfois facétieux (la toute fin de Why Deny ?, une véritable pépite), souvent free et même bruyant, Rob Mitchell – un musicien au pedigree totalement inconnu des services d’Instant Bullshit – donne un sacré coup de fouet à la musique de Blacklisters. En bon adorateur éternellement à genoux de Fun House, voilà une caractéristique qui ne pouvait que me convaincre et me plaire.
Pour le reste, on reste évidemment en terrain connu mais on saluera l’excellence traditionnaliste d’un groupe qui connait les règles d’or du noise-rock sur le bout des doigts : guitare acérée coupante et lignes de basse aussi imposantes que possible, etc. Rappelons d’ailleurs que le poste de bassiste est toujours occupé par Steven Hodson, par ailleurs chanteur et guitariste de USA Nails, qui en plus s’est occupé du mix de Leisure Center. Bien lui en a pris et en espérant que ces quatre titres soient surtout les prémices d’un véritable quatrième album.
 


vendredi 30 décembre 2022

Comme à la radio : Less

 



Il est grand temps de parler un peu de LESS dans cette gazette internet. Un trio franchouille à la composition plutôt inhabituelle puisque comprenant deux bassistes (dont un chanteur) et un batteur. Et une musique qui fait plus que lorgner vers le noise-rock. C’est important de le souligner puisque Less reprend à son compte les us et coutumes d’un genre sans trop y ajouter d’autres influences, si ce n’est une bonne grosse dose de punk. Dans ce pays, les quelques rares (et bons) groupes que l’on pourrait qualifier de noise mélangent malgré tout pas mal d’ingrédients extérieurs – on citera Schleu et ses perturbations no wave et jazz core, Membrane qui fait plus que lorgner sur le post hard core ou Fleuves Noirs qui a trop bouffé d’acide. Avec Less, les lignes de basse sont évidemment au centre de la musique, constitutives et typiques de ce son abrasif et viscéral issu des années AmRep. Mais là où le trio a tout bon, c’est qu’il n’oublie pas non plus de placer accroches et rampes de lancement. Derrière le mur du son, le charme vénéneux de l’électricité maltraitée.

Depuis le début de l’année 2022, Less a ainsi inondé le whawhawha de pas moins quatre singles numériques. Le vieux râleur que je suis ne s’empêchera pas de toujours préférer les éditions physiques au streaming ou aux mp3 et consorts mais le fait est que la musique mis en ligne par le groupe vaut complètement le déplacement. Sa toute dernière publication est un deux titres intitulé Trauma et il aurait fait un excellent 7’ parce qu’il s’agit sans aucun doute de la meilleure réalisation du trio à ce jour.







Tu trouves que tout ceci manque de finesse ? Je reconnais que Bad To The Bone est un titre rapide et furieux qui va droit au but sans s’encombrer de complications mais il est surtout très représentatif du noise-punk de Less. La surprise vient juste après, des quelques cinq minutes de Substance et de sa longue première partie lente et poisseuse d’où émerge un chant clair d’abord faussement détaché puis sujet à plus de tension et de perturbations. Une très bonne composition.

Au rayon commérage on signalera également que Less, à l’origine basé du côté d’Annecy, a émigré vers les Pays de Loire. Et que le second bassiste et le batteur ont quitté le groupe mais ont été depuis remplacés, le bassiste/chanteur Romain Frelier-Borda restant le seul membre d’origine du groupe. En espérant que cette relocalisation et ce changement de line-up soient également synonymes d’un nouvel enregistrement et en dur, s’il vous plait (vinyle, cassette ou CD je m’en tape mais démerdez-vous).



dimanche 25 décembre 2022

Comme à la radio : Maria Bertel & Nina Garcia (et les Instants Chavirés)

 



Haut lieu de création musicale et de concert, les INSTANTS CHAVIRÉS accueillent depuis 1991 (!) des musiciennes et musiciens d’horizons très divers mais toujours avec la même volonté d’exigence et d’expérimentation : on a pu et on peut toujours y écouter de la musique improvisée, de la musique électroacoustique, noise, électronique, de la musique contemporaine, du rock déviant et décalé, sans oublier des performances, de la dance, des arts visuels…

En proposant sous le nom de Montreuil Live Series, en streaming et à prix réduit quelques uns des concerts enregistrés entre leurs murs, les Instants Chavirés poursuivent leur œuvre de découverte et de défense de tous ces autrements. C’est aussi un moyen, pour nous amoureuses et amoureux de musique(s), de faire un geste et de soutenir une salle et des pratiques musicales constamment mises en danger par le mépris ou le silence parfois condescendant auxquels elles doivent faire face – c’est le fameux faux débat entre « culture populaire » et « élitisme » et du côté de Montreuil comme de Lyon et de sa région, on en sait quelque chose.







J’ai choisi de mettre en avant un concert du duo Maria Bertel / Nina Garcia parce que je garde un souvenir très fort de leur passage au Périscope en janvier 2020 mais il y a de quoi faire : pour l’instant les Instants Chavirés proposent une dizaine d’enregistrements en ligne parmi lesquels on notera France Sauvage, Antoine Chessex, Lionel Fernandez & Jérôme Noetinger, Apui Uiz ou Vomir, etc. Que du beau monde et quelques très bonnes surprises au rendez-vous.

ps : les Instants Chavirés ont également annoncé qu’un nouvel enregistrement live sera mis en ligne tous les mois… on se régale d’avance


samedi 17 décembre 2022

Comme à la radio : Under 45

 



Revoilà enfin UNDER 45 avec un nouvel EP dont l’ironie du titre et de l'artwork n’aura échappé à personne : The Cost Of Living.

Uniquement publié en cassette et donc chopable à un prix plus que raisonnable, on peut y découvrir des versions demo des mega hits Daywork et, surtout, 2022 (avec ses zigouigouis synthétiques acidulés, ses chœurs de mauvais garçons, etc). Deux titres qui devraient figurer sur le prochain album du trio. Suit une excellente reprise du I Am The Fly de Wire – tiré de Chairs Missing, le deuxième LP des Anglais – et en tant que grand fan de la bande à Colin Newman et Graham Lewis je peux affirmer qu’il s’agit là d’un excellent choix et d’une très bonne interprétation de la part d’Under 45.







On remarquera également des remix savoureux de deux titres de Cancelled ainsi qu’un dernier inédit, Yrself, plus spoken words que chanson, domaine dans lequel Jake Burton, chanteur et initiateur d’Under 45, excelle tout particulièrement – il est ici épaulé par une guitare en mode petits cailloux blancs et autres bruits d’origine indéterminée. The Cost Of Living bénéficie en outre d’une présentation impeccable : joli livret avec photo en concert signée Déborah Kira et même les paroles des chansons (très important).

Et pour celles et ceux qui se poseraient la question : oui la boite à rythmes est toujours centrale dans le post-punk robotique et dansant d’Under 45. Elle est mixée aux avant-postes, minimale et rectiligne, support intraitable d’une guitare aiguisée qui accroche bien et d’une basse aux lignes larges et efficaces.
Pour la petite histoire, cette boite-à-rythmes qui s’appelait Suspicious Steve (?) sur le premier 12’ été renommée Dale Dixon pour The Cost Of Living. « Dale Dixon » n’est pas n’importe quel pseudo : Greg Ginn s’en était servi pour enregistrer lui-même la basse sur l’album My War de Black Flag en 1984 et parait-il que quelques années plus tard Brian Baker l’avait également utilisé pour un album de Dag Nasty qui venait alors de se reformer (Baker aurait agi ainsi pour des questions contractuelles et de droits d’exclusivité…).

samedi 2 juillet 2022

Comme à la radio : YRRE (Luhlæ x The Witch)

 




Je n’avais jamais entendu parler de The WitchThe VVitch pour les intimes – un film réalisé par un certain Robert Eggers et sorti en salles en 2015 ou 2016. Mais il faut me pardonner : j’ai tellement de mal (je reste poli) avec le cinéma actuel et je préfère tellement les films en noir et blanc, des premiers Fritz Lang et tout le cinéma expressionniste allemand à l’insurpassable Kenji Mizoguchi en passant par les polars américains des 50’s (au hasard : Kiss Me Deadly de Robert Aldrich)… En fait, au départ, j’ai tout simplement cru que The Witch était un film tombé dans les oubliettes depuis longtemps et qui avait échappé à mes obsessions cinématographiques, un film tellement ancien qu’il était désormais libre de droits et pouvait être repris et projeté par n’importe qui et n’importe où.

Si j’ai pensé une telle chose, c’est à cause de YRRE. Un groupe de La Chaux De Fonds en Suisse et dont le premier méfait a été de proposer un ciné-concert autour de The Witch dans le cadre du Festival 2300 Plan 9 - Les Etranges Nuits du Cinéma. A l’époque le projet s’intitulait Luhlæ. En général ce sont les vieux films qui font l’objet d’un tel traitement, ce qui explique en grande partie mon erreur – je me rappellerai toujours des New-yorkais de Liminal (avec DJ Olive !) jouant sur le Nosferatu de Murnau, plus récemment on peut citer Brame et son interprétation de l’incomparable film Danois Häxan - La Sorcellerie A Travers Les Ages réalisé en 1922 (!) par Benjamin Christensen.







Depuis cette première tentative de mise en musique The Witch est devenu un véritable enregistrement publié en vinyle à trop peu d’exemplaires (une centaine ?) par Hummus records mais heureusement téléchargeable à prix libre (et même gratuitement) sur le b*ndc*mp ou le site du label. Et le projet a changé de nom pour devenir YRRE, pérennisé en tant que groupe composé d’Alex Straubhaar, Julien Floch, Naser Ardelean, Anna Sauter-Mc Dowell – que l’on a pu voir en solo sous le nom de Dubuk en décembre dernier à Grrrnd Zero – et Iannis Valvini.

Traversées de paysages anxiogènes dans une obscurité presque totale, climax haletants parsemés de hurlements aussi effroyables qu’insaisissables, déchainements de forces malfaisantes animées de pulsions meurtrières : Luhlæ x The Witch est un monstre multiforme d’une lourdeur écrasante et faisant preuve d’un sens de la tension à la limite de la cruauté. Un disque incroyablement dense et captivant qui remet à jour les compteurs du doom moderne comme du post hardcore. Tous ces trucs lents et lourds dont j’avais fini par me lasser parce qu’au delà de quelques groupes un peu plus doués que la moyenne le genre avait fini au cours des années 2000 par se perdre en route à force de trop de circonvolutions, de prétention mollassonne voire de digressions progressives. Des passages atmosphériques il y en a malgré tout quelques uns sur Luhlæ x The Witch (j’apprécie particulièrement Uhtceare) mais là encore YRRE ne perd rien de son élan et balaie tout sur son passage. Quant au beaucoup plus lourd Aglaeca, il en devient même complètement inclassable avec sa partie de guitare en forme de ressort charmeur/titilleur de nerfs à vif.

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas écouté un disque de musique électrique et plombée aussi organique qu’inconfortable, aussi beau que vénéneux. Un disque qui refile immanquablement la chair de poule mais totalement ensorcelant, entre invitation et contrainte.... comme dans un vrai bon film d’épouvante et d’horreur, lorsqu’un sentiment de terreur incontrôlable fait prendre aux personnages des décisions complètement irrationnelles et aux conséquences potentiellement dangereuses ou même fatales. Sauf que la musique de YRRE n’a pas besoin des images du film qui l’ont inspirée pour exister en tant que telle et nous entrainer toujours plus loin sur ces chemins parsemés d’embuches que l’on redoute autant qu’ils nous fascinent, en direction des ténèbres. Une vraie réussite.

 

lundi 4 avril 2022

Comme à la radio : Why Patterns (et le label Human Worth)






L’Angleterre, encore et toujours. Au risque de me répéter, ce petit pays d’emmerdeurs invétérés est un immense pourvoyeur de groupes de noise-rock (ou affiliés machin-truc) et on n’en dira pas autant de notre belle Macronie qui pue, quoi que les choses aient tendance à s’améliorer nettement ces derniers temps. Ces propos totalement réactionnaires, conservateurs et anti (f)Rance n’engagent bien évidemment que moi mais on ne m’enlèvera pas de la tête qu’il y a forcément un lien entre esprit anticonformiste et inventivité musicale. Messieurs les Anglais, vous pouvez continuer à tirer les premiers.

C’est donc une nouvelle fois le label Human Worth qui décroche la timbale avec WHY PATTERNS, un trio voix/basse/batterie originaire de Londres et dont le premier album Regurgitorium vient de paraitre en cassette, le format idéal des amateurs de musique trop pauvres pour acheter des disques vinyles à 30€, taxes, droits de douanes et frais de port non compris. Et attention les oreilles car cet enregistrement est, malgré quelques longueurs et/ou facilités, un pur délice de grand n’importe quoi.






Mettons tout de suite les choses au clair : ce nom de Why Patterns n’est pas du tout une référence à la musique étirée de Morton Feldmann. On serait plutôt du côté d’une idiotie virulente, parfaitement revendiquée et assumée, l’album ne s’appelle pas Regurgitorium non plus pour rien. Si on devait pousser les comparaisons un peu plus loin, on pourrait même affirmer que le joyeux vomi sonore du groupe ne répond à aucun impératif autre que celui de l’évacuation purificatrice, la musique est jubilatoire, bordélique, bruyante, drôle et constitue un parfait défouloir, idéal pour lutter contre cette morosité ambiante qui nous gagne si facilement en ce moment. Ou comment tordre le cou à la réalité pour mieux se moquer d’elle.

Sur les internets on peut lire les noms de Primus, Lightning Bolt, Swans et Mudwayne comme portes d’entrée à la musique du groupe. Peut-être s’agit-il encore d’une de ces plaisanteries (Mudwayne ? non mais sans blague…) dont ces trois garçons semblent friands, après tout ils manient parfaitement l’absurde, n’ont pas peur par exemple de faire des chansons sans paroles véritables mais idéales pour chanter sous la douche et – ne serait-ce point également une autre de ces spécificités britanniques ? – ils manient surtout la débilité avec tellement de sérieux que ce sérieux-là devient lui-même source de débilité (le comble du non-sens, finalement). Why Patterns me fait aussi parfois penser à feu Castrovalva, autre trio voix/basse/batterie dont il est une sorte de cousin éloigné et avec lequel il partage un sens exquis de la déconnade corrosive.

PS : Comme toujours avec Human Worth, une partie de l’argent récolté avec les ventes de Regurgitorium est reversé à une œuvre caritative. Et je ne peux pas m’empêcher non plus de mentionner qu’il y a quelques mois ce même label avait réédité Output Negative Space, l’immense et incontournable deuxième album des Américains d’Enablers, dans une version absolument splendide et avec un hommage très poignant à Joe Byrnes, batteur du groupe malheureusement disparu en 2012. C’est encore le début du mois, tu n’as pas tout dépensé de ton RSA ou de ton salaire de zombi survivaliste alors fais-toi plaisir et fais une bonne action en même temps… non ?

 

samedi 13 novembre 2021

Comme à la radio : Michel Anoia








Je pensais MICHEL ANOIA bon pour la casse. Définitivement mort et enterré mais avec tous les honneurs dus à son rang : les groupes de brutal death – c’est comme ça qu’on dit chez les experts en métallurgie appliquée et les ingénieurs en alliages toxiques – on n’en trouve finalement pas des tonnes de ce côté-ci de la France profonde et la disparition du trio lyonnais des radars cosmiques laissait comme un arrière goût d’inachevé mais aussi, fort heureusement, quelques bons souvenirs à ressasser. Parce que le groupe avait su attirer l’attention avec son metal de la mort très technique et inventif, se différenciant largement de la concurrence grâce à quelques éléments de caractère grind ou metalcore bien placés – sans oublier, parfois, deux ou trois petites fantaisies désopilantes à tendance jazzy-tropicale et décalée. On se souviendra également du groupe en concert, que ce soit avec ou sans chanteur : même dans sa version instrumentale la musique de Michel Anoia valait son pesant de têtes coupées, de cadavres éviscérés, de cœurs atomisés, de noirceur envahissante, de spacecakes bien chargés, de sourires édentés voire de fous-rires expiatoires.

Mais arrêtons tout de suite de chi(al)er dans la pseudo nostalgie et de parler au passé puisque en plein mois d’août dernier Michel Anoia a eu la bonne idée (et sans prévenir personne ou presque) de mettre en ligne un album entièrement inédit et intitulé Nervures.

  

 

 

Nervures a semble t-il été enregistré en 2018. A l’époque le groupe était encore composé de Charles à la guitare, Simon à la basse et Ugo à la batterie, lequel est depuis parti pour de nouvelles aventures au sein d’Hørdür et de Civilian Thrower. C’est en réécoutant les bandes de Nervures que les deux membres survivants de Michel Anoia se sont dits qu’il fallait vraiment en faire quelque chose et ils ont alors relancé le groupe, notamment en cherchant à recruter un nouveau batteur (aux dernières nouvelles il s’agit de Jo, le gros malade qui tient ou tenait les baguettes pour Burne, Plèvre, Neige Morte, Schleu, Lésion Étrange, etc., bref tu vois un peu le niveau du garçon).
Si Nervures débute par un ou deux titres de facture relativement classique et semble s’affranchir de toute coquetterie pour se concentrer sur l’essentiel, l’album convainc à force d’opiniâtreté, gagnant définitivement ses galons de créature tourmentée dans les ténèbres grâce à des titres tels que le très étrange Rubedo, l’imparable morceau-titre ou le fulgurant Suture. Sans oublier l’incroyable L’Ombre Et L’Errant, placé en dernière position et sorte de bouquet final d’un festival de noirceur et de désolation. Fait notable, le chant sur l’album est pour la première fois assuré par Charles qui s’en sort plutôt très bien et comme toujours avec Michel Anoia le niveau technique des musiciens est très, très, élevé – guitariste et bassiste possèdent au moins six ou sept doigts à chaque main tandis que le batteur doit bien avoir deux paires de bras et de jambes. Face à de telles démonstrations pyrotechniques et incendiaires je dois bien avouer que j’ai d’abord du me faire violence pour abandonner mes réticences naturelles et légitimes (j’ai toujours cette tendance à préférer les gens qui jouent et chantent approximativement, du moment qu’ils me touchent au plus près et au plus juste) et finalement me laisser submerger par l’obscurité éprouvante d’un disque sans concession et chargé à bloc d’une rage plus que palpable. Et je ne le regrette pas.

Nervures n’est à ce jour qu’un album numérique au milieu de tant d’autres – il est disponible à prix libre sur la page b*ndc*mp du groupe ou via le label Total Dissonance Worship – mais Michel Anoia semble désireux d’en faire un disque, en vrai et en dur, tout comme sa musique aussi viscérale qu’acharnée. En espérant que des labels se déclarent suffisamment intéressés pour éditer en vinyle, CD, etc. un enregistrement qui le mérite vraiment.  A bon entendeur…

 

samedi 4 septembre 2021

Comme à la radio : Shora (et Merzbow)

 


 

 

Remonter le temps et remettre les pendules à l’heure : c’est exactement ce que nous propose le label montpelliérain Head records en rééditant deux disques de SHORA. Tu es né après 2001 ? Tu n’as encore jamais entendu parler de ce groupe ? Pour toi le hardcore chaotique et métallisé originaire de Suisse se résume uniquement à Nostromo ou Knut ? Tu penses aussi qu’en la matière les maitres sont plutôt Américains et s’appellent Converge, Botch ou même Dillinger Escape Plan ? Et bien tant pis pour toi.

 

 

Aujourd’hui on peut encore mesurer l’ampleur d’un disque tel que Shaping The Random, à l’origine publié en 2000 et uniquement en CD. Plus un mini-album qu’autre chose (sept titres et 16 minutes au total) ce premier enregistrement de SHORA – si on excepte un 7’ publié en 1999 – a littéralement bouleversé et redéfini les codes d’un genre encore relativement nouveau. Il y a un avant et un après Shaping The Random : Shora a déconstruit le hardcore moderne et le metalcore pour les réamalgamer sous une nouvelle forme, toujours plus chaotique, déstructurée et apocalyptique, au point de flirter constamment avec l’anxiété et le bruitisme.

 

 

Buitisme ? Vous avez dit bruitisme ? L’année d’après en 2001 le groupe suisse était de retour avec Switching Rhetorics, un deuxième disque cette fois-ci sous la forme d’un split 12’ en compagnie de MERZBOW. A l’époque le projet de Masami Akita tutoyait encore les sommets du harsh noise et partager un disque avec Shora n’avait alors rien d’incongru. Chacun des deux protagonistes représente une facette de l’extrémisme musical avec d’un côté les manipulations sonores en boucle du Japonais furieux et de l’autre le mix toujours aussi chaotique des Suisses... pour une musique en tout point similaire à celle de Shaping The Random – ce qui constitue peut-être la seule limite de Switching Rhetorics (mais Shora pouvait-il vraiment aller encore plus loin ?). Le plus remarquable est que ni la violence musicale de Merzbow ni celle de Shora, pourtant intrinsèquement très différentes, ne prend le dessus sur l’autre : Switching Rhetorics doit être écouté d’un bloc, dans la gueule évidemment.

Ces deux rééditions en vinyle – transparent et monoface pour Shaping The Random, noir pour Switching Rhetorics – sont absolument superbes. Les pochettes ont été complètement repensées par Nicola Todeschini (guitariste de Shora et actuel Hex) tandis que les enregistrements initiaux ont été remasterisés par Serge Morratel, déjà à l’œuvre à la technique et au mixage vingt ans auparavant. Deux disques aussi historiques qu'indispensables.

 
 

samedi 17 juillet 2021

Comme à la radio : (The) Drunk Meat


 


 

 

J’aime beaucoup l’histoire de ce disque. DRUNK MEAT est un duo de Bordeaux et alentours composé de Céline et Romain. A eux deux ils jouent de la guitare, de la basse, du synthé et ils chantent – surtout le garçon. Initialement publié en CDr à la fin de l’année 2019 (et toujours disponible sous cette forme pour les amoureux des technologies archaïques d’un passé révolu) Plus Ça Va Moins Ça Va a finalement bénéficié au printemps 2021 d’une parution en vinyle grâce à POUet ! Schallplatten, un label d’Orléans très résistant et qui depuis 2009 a sorti une grosse vingtaine de références parmi lesquelles on compte des disques très écoutés par ici : La Race, Plastobeton, Le Chomage, Colombey, Delacave, Ventre De Biche, Télédétente 666, Besoin Dead, Zad Kokar… tu vois le genre ? Un genre que j’aime bien.

C’est parce qu’au départ ils n’arrivaient pas à trouver de labels intéressés pour publier Plus Ça Va Moins Ça Va et donc un peu par dépit que les deux Drunk Meat s’étaient finalement lancés dans l’autoproduction... Évidemment personne de normalement constitué et de raisonnable n’aurait parié un kopek sur un groupe plutôt inconnu. Et il faut une bonne dose d’inconscience et d’abnégation pour (s’) investir dans la publication d’un enregistrement qui combine aussi justement acidité mordante et langueur brulante. On peut dire merci à Wilfried et à POUet! Schallplatten.






En dehors du fait que j’ai toujours envie d’écrire un « The » devant son nom, Drunk Meat est un vrai paradoxe à lui tout seul, entre no-wave lancinante et garage opiacé, le tout assaisonné de lignes de synthétiseur en forme de pierres tombales. Ça crisse, ça grince, ça racle et ça perturbe. C’est d’une noirceur souvent dérangeante et d’une froideur inquiétante, dans la droite lignée de certains groupes de La Grande Triple Alliance Internationale de l’Est (dont Drunk Meat ne fait pas partie). Une certaine façon de retenir le mordant de la guitare pour la rendre encore plus dangereuse. Un chant apparemment détaché mais corrosif et des paroles directes – en français – qui suintent le malaise, l’absurde et même la colère. Et puis c’est dingue comme la figure du patron arrive à concentrer toujours autant de dégoût et de rejet…

Plus d’une année sépare la version CDr de Plus Ça Va Moins Ça Va de son édition en vinyle. Une grosse année de rien, je ne te l’apprendrai pas. Ce qui n’est pas très grave : entretemps la pochette a été repensée par
Zad Kokar, le master vinyle a été assuré par Seb Normal et aujourd’hui, paradoxalement et ironiquement, Plus Ça Va Moins Ça Va s’offre une deuxième vie bien méritée. J’aurais pu terminer cette fausse chronique sur un « retenez bien ce nom » démagogique et décalé, un peu comme un tyran de l’internet prescripteur – mon fantasme absolu de mec frustré, tu penses bien – mais Drunk Meat vaut largement plus que ça, bien plus qu’un bon point numérique au milieu des courants et des reflux d’informations oubliées dès le lendemain. Tout le monde a besoin d’air et de temps.  

 

 

dimanche 4 juillet 2021

Comme à la radio : Intercourse


  


 

Jour de colère. Le programme de ce dimanche est assuré par INTERCOURSE, un groupe du Connecticut, New Haven je crois, qui pratique un hardcore bien tordu et torturé, lourd et visqueux, qui plus est insidieusement parfumé d’un soupçon noise-rock à l’ancienne. Rule 36 est le deuxième long format – neuf titres, vingt minutes – enregistré par ces quatre fous-furieux, après un premier 12’ très recommandable en 2018 (et au titre particulièrement désopilant : Everything Is Pornography When You've Got An Imagination) et quelques formats courts, dont deux brulots figurant sur un excellent split 7’ en compagnie des chaudasses de chez Gaytheists.

 

 

 


Il y a beaucoup de Deadguy / Rorschach mais aussi une bonne dose de Coalesce dans la façon qu’à Intercourse de faire monter la pression et la température sans avoir recours aux habituelles pitreries bodybuildées des formations de metalcore fréquentant trop assidument les salles de sport. Comme si la devise du groupe était : complexifier sans trop en rajouter et densifier tout en restant lisible. Ne pas (se) prendre la tête mais plutôt faire exploser les crânes. Les embardées sont nombreuses, quelques accélérations sont même au rendez-vous (No Country For Old Crow, encore un titre hilarant sorti de la folle imagination du chanteur / hurleur Tarek Ahmed) mais globalement le groupe joue la carte de l’épaisseur contrôlée, du mid-tempo fracassé et du chaos à inflammation lente. Au final il se dégage de Rule 36 un effet de combustion permanente et un sentiment de rage viscérale qui ne laissent pas indifférent.

Pour l’instant Rule 36 ne bénéficie d’aucune parution sur support physique mais on peut télécharger tout le disque à prix libre sur la page b*ndc*amp du groupe (tout comme la totalité de ses autres enregistrements – merci qui ?).


 

mardi 15 juin 2021

Comme à la radio : T-Shirt et Litige

 

 


  

 

Ce n’était pas vraiment un concert mais une émission retransmise en direct sur radio Canut avec des interviews puis quelques titres joués en live par T-Shirt et Litige devant un public restreint. L’occasion pour les premier·ière·s de présenter les compositions de leur futur deuxième album – qui s’annonce très bon – et pour les second·e·s de réenclencher la machine à tubes. L’occasion aussi de recroiser quelques têtes et de se donner des nouvelles, maintenant que l’on va peut-être enfin pouvoir arrêter de compter le temps en périodes de confinement. 

 



























vendredi 28 mai 2021

Comme à la radio : Nineteen Something, Quelque Chose Des Années 90 - deuxième partie

 




Deuxième partie de Nineteen Something, Quelque Chose Des Années 90, une émission de MAYDAY sur radio Canut autour des musiques underground à Lyon dans les 90’s avec la suite des interviews croisées d’Eric Aldéa et Franck Laurino (Deity Guns, Bästard et futurs Zëro), Christophe Dodard (Central Service, L’Exit, Le Pezner), Marc Prempain (Condense) et Maïe Perraud (Silly Hornets). Cela s’écoute et se savoure en cliquant sur ce lien ou à l'aide du player ci dessous.






A noter que Mayday est animée par un collectif à géométrie variable mais qu’il arrive que certaines de ses émissions soient l’œuvre d’une seule personne ce qui est le cas de celle-ci, travail colossal de l’un des membres de l’équipe, Raf alias Le Frigo (du nom de son ancienne émission à radio Canut,
La Lumière Du Frigo).


Je tenais à le saluer et surtout le remercier pour tout ça. Mais également le remercier de ne pas avoir trop insisté pour m’interviewer, comme si j’avais des choses intéressantes à raconter et comme si j’étais mieux placé que d’autres pour le faire. J’en profite également pour vous inciter à jeter un œil et une oreille sur la playlist vraiment bien foutue que Raf a concocté pour l’occasion.

[le flyer mis en illustration ne date pas des années 90 mais de mars 2001 : Sonotone était une association créée par des jeunes gens plus très jeunes non plus, des enfants de la musique des 80’s et surtout des 90’s et qui ont programmé pendant plusieurs années sur Lyon des concerts de noise, d’expé, de musique improvisée, bruitiste, etc.]





dimanche 23 mai 2021

Comme à la radio : Nineteen Something, Quelque Chose Des Années 90 - première partie

 




Comme à la radio : cette rubrique de flemmard – parce qu’elle me permet d’écrire et de poster un truc sans que j’ai trop à me forcer – n’aura jamais aussi bien porté son nom puisqu'il va y être question de podcast radiophonique...

Aujourd’hui Instant Bullshit a donc l’immense plaisir de relayer la première partie de Nineteen Something, Quelque Chose Des Années 90, une émission consacrée à la scène underground des 90’s à Lyon avec des interviews d’Eric Aldéa et Franck Laurino (Deity Guns, Bästard et futurs Zëro), Christophe Dodard (Central Service, L’Exit, Le Pezner), Marc Prempain (Condense) et Maïe Perraud (Silly Hornets). Pour écouter le postcast il suffit de cliquer sur ce lien ou d’actionner le player :







Quelques mots également au sujet de MAYDAY. L'émission a lieu en direct tous les mercredis de 18 à 19 heures sur Radio Canut (102.2 en FM), une radio lyonnaise très chère à mon petit cœur puisque au siècle dernier j’y ai animé un programme musical (sic) pendant de nombreuses années. Entre reportages, interviews, prises de position, sketches, détournements et créations sonores, le ton est des plus réjouissants et les idées défendues par toute l’équipe de Mayday sont du genre salutaire. L’émission me semble d’autant plus intéressante qu’elle réussit souvent à partir d’un simple mot ou d’une idée très large à développer toute une thématique et à lui trouver des perspectives étonnantes, aussi bien politiques que sociétales, des fois très personnelles ou même poétiques (comme pour l’émission intitulée Un bout de bois et diffusée le 23 mars dernier).




[suite et fin la semaine prochaine…]



dimanche 2 mai 2021

Comme à la radio : Melos Kalpa








Du son et, une fois n’est pas coutume, des images avec une vidéo de MELOS KALPA enregistrée aux célèbres studios Abbey Road sous l’impulsion de Música UNAM et dans le cadre du projet Trasfrontera qui présente des musiques plutôt expérimentales (mais pas uniquement) et des rencontres entre musiciennes et de musiciens venu.e.s d’horizons différents.

Melos Kalpa
est déjà la treizième formation à s’être prêtée à l’exercice avec Melos Rhythm, une longue pièce de près d’une demi-heure, entre musique improvisée et musique minimaliste :




A l’origine cofondé par le regretté Tom Relleen, Melos Kalpa regroupe aujourd’hui Agathe Max (violon alto), Marta Salogni (magnétophones à bandes et manipulations sonores), Jem Doulton (marimba, vibraphone et percussions diverses) ainsi que David Morris (guitare électrique).

Et même si le musicien anglais nous a quittés et ne joue donc pas sur Melos Rhythm je ne peux pas m’empêcher de penser que sa musique continue d’en inspirer tant d’autres et de toucher toujours plus de personnes. Et continuera à le faire pendant encore longtemps.


[photo d’illustration : Agathe Max en couleurs, une fois n’est pas coutume là aussi, lors d’un concert au Périscope / Lyon en mars 2014]



jeudi 22 avril 2021

Comme à la radio : en soutien à L' Amicale du Futur !






L’Amicale du Futur est un lieu de vie non-profits, associatif, militant, également impliqué dans la défense d’un quartier mis à mal depuis de trop nombreuses années par la spéculation immobilière et la gentrification : la Guillotière, quartier historique de brassage(s) et d’immigration, considéré à tort comme la verrue lyonnaise par les équipes municipales successives.
A L’Amicale on peut manger végétarien et boire local, assister à des conférences, des projections de films et mêmes des fois à des concerts. Et défendre une vision alternative et porteuse d’espoir, en lutte contre un monde égotique, uniquement mu par des impératifs individualistes et des justifications souvent hypocrites (la social-démocratie des libéraux progressistes au grand cœur) ou des idéologies complètement réactionnaires.

Face aux difficultés économiques et pour affronter l’impératif de sa propre survie L’Amicale du Futur a décidé d’acheter les murs qui l'abritent rue Sébastien Gryphe et ainsi de pérenniser ses activités. La propriétaire est d’accord pour vendre son local et un compromis devant notaire a même été signé… Pour financer cet achat une cagnotte en ligne a donc été mise en place : l’objectif à atteindre est de 131 200 €uros.


Mais d’autres initiatives pour financer le projet ont également vu le jour comme l’édition de deux compilations-cassettes, Amicalement Rouge et Amicalement Verte :

 


 

 

Ces deux cassettes – on peut écouter la seconde ici – ont ont été rendues possibles grâce au soutien de musiciennes, de musiciens et de groupes qui ont généreusement fourni des titres, souvent inédits. Au milieu des locaux (Bravo Tounky, Jean Bender, Balladur, Dymanche, Faux Départ, Litige, etc.) on remarque la participation d’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, Massicot, Chocolat Billy, Colombey, Terrine, Taulard ou Will Guthrie…

Amicalement Rouge et Amicalement Verte sont (pour l’instant ?) sold out… Mais on peut se rattraper en allant faire un tour sur Bizarre Bazar, site monté pour l’occasion par L’Amicale et qui propose également des t-shirts imprimés spécialement ainsi que des sérigraphies, dessins, objets, etc. offerts à la vente par nombre d’artistes parmi lesquel.les Laho, Lashka, Aude Bario, Bikesabbath, Zad Kokar, Nagawika, Romano Krang, Brulex, Ratcharge, Der Kommissar, Julien Dupont, Gaëlle Loth, Lia Vé, Suka Mabuk, Félicité Landrivon, JM Bertoyas… impossible de citer tout le monde !

Et pour celles et ceux qui voudraient critiquer la démarche de L’Amicale du Futur consistant à devenir propriétaire, je précise que cet achat est avant toute chose un achat collectif. Une démarche et une action non intéressées pour faire vivre un lieu important. Je rappellerai aussi qu’il y a quelques années Radio Canut avait également tenté le coup et réussi à racheter ses locaux de la rue du sergent Blandan, pour les mêmes raisons et avec les mêmes motivations. Tout est possible.