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lundi 30 janvier 2023

[chronique express] Wailin Storms : The Silver Snake Unfolds

 



The Silver Snake Unfolds (And Swallows The Black Night Whole) est le quatrième album des WAILIN STORMS mais c’est le premier qui ne m’a pas immédiatement emporté avec lui ni ne m’a incité à sauter à pieds joints et sans condition au milieu d’une mare profonde de pensées sombres et tumultueuses. Lassitude de ma part ? Peut-être… le groupe, toujours aussi soudé autour du guitariste et chanteur Justin Storms, n’a jamais disposé non plus d’une marge de manœuvre considérable : son mélange de rock incandescent et de swamp gothique pourrait avoir tendance à se répéter. Et puis, donner un successeur à un album aussi réussi que Rattle (2020) a du se révéler difficile, surtout lorsqu’on a été prisonnier d’un monde aux prises avec une crise sanitaire et économique aux répercussions dont toutes les conséquences humaines n’ont toujours pas été complètement mesurées. The Silver Snake Unfolds n’a pourtant rien de radicalement différent. Noir c’est noir et puis c’est tout. Mais les Wailin Storms se sont employés à accentuer leur côté lyrique, le chant devenant de plus en plus maniéré et démonstratif, la musique multipliant les chevauchées, s’engouffrant dans les brèches toujours plus larges d’une théâtralité puissamment envahissante. Si on préfère le côté davantage punk du groupe – l’album Sick City de 2017 – il y aura de quoi être un peu décontenancé par un enregistrement dont le désir de beauté sulfureuse prend le pas sur tout le reste. Pour ma part, après bien des écoutes et quelques soupirs, j’ai fini par accepter cet exutoire flamboyant et passionné : j’aime toujours les Wailin Storms mais disons que The Silver Snake Unfolds est leur album que j’aime le moins.

dimanche 29 janvier 2023

[chronique express] Krause : The Art Of Fatigue



 


Originaire d’Athènes et découvert grâce au label Riot Season qui avait eu la très bonne idée de publier ses tout premiers enregistrements, KRAUSE est un groupe qui n’a jamais fait dans la dentelle et le raffinement. Une nouvelle maison de disque, donc, depuis 2022 avec Venerate Industries, un single pétaradant en février dernier et maintenant The Art Of Fatigue, un troisième album porteur de peu de changement : chez Krause on aime le noise-rock à la fois véloce et épais, gras et alerte, bruyant et mélodique, lourd et tourbillonnant, nervuré et palpitant. Une musique coincée dans un sandwich grec entre les inévitables Unsane et les géniaux Hammerhead. Ouais, toujours les mêmes. Sauf que Krause est un groupe encore jeune et débordant de sève, très convaincant malgré son manque d’originalité et il fait preuve d’une fougue comme d’une violence implacables. On relèvera uniquement quelques traces fantaisistes au niveau de cette pochette tout aussi colorée et psyché-déviante que d’habitude ou des titres des onze compositions, loufoques voire sibyllins (parmi tant d’autres : Ceremonial Aspects of Everyday Bloodbaths ou The Things I Love Affront Me With The Effort It Takes To Love Them – j’en rigole encore). Autant d’absurdité dans un écrin noise aussi parfait que traditionnaliste, autant de fureur pour s’exprimer, autant d’électricité pour faire le mal, je ne peux être que d’accord, à genoux mais pas fatigué.


vendredi 27 janvier 2023

[chronique express] Catorcio : self titled

 


L’une des bonnes surprises du moment nous vient d’Italie et plus précisément de Bologne : CATORCIO c’est quatre musiciens – chant, guitare, basse et batterie – qui mélangent avec bonheur et jubilation noise-rock et math-rock. Encore ? me diras-tu et là je te répondrai que l’on n’a pas affaire à une énième resucée de recettes usées jusqu’à la corde. Ce qui me parait essentiel dans la musique du groupe c’est qu’il ne se contente pas de jouer des trucs niqués et alambiqués mais qu’il passe une bonne partie de son temps à tout dégueulasser. La voix en est le meilleur exemple, bel organe rauque et grave qui glaviotte avec délectation ou susurre des postillons psychotiques. La basse virevolte mais elle fait aussi appel à ce bon gros son boueux, essentiel à tout groupe de noise qui se respecte. La guitare aime racler là où ça fait mal et nous enfoncer des clous entre les cervicales. La batterie réussit à être à la fois massive et inattendue. Maintenant, faisons un peu de géométrie : tu traces un triangle équilatéral et à chacun de ses sommets tu places (dans l’ordre que tu veux) Hoaries, Killdozer et The Conformists. Puis tu traces trois droites reliant de façon perpendiculaire chaque sommet avec son côté opposé. Tu remarqueras qu’elles se croisent en un seul et unique point, au milieu de triangle : c’est précisément là où se situe Catorcio, percheron roublard, bordélique mais extrêmement sympathique, toujours en train d’essayer de courir à reculons lorsqu’il ne rue pas dans les brancards pour nous fracasser le crane.


vendredi 20 janvier 2023

[chronique express] Birds In Row : Gris Klein

 


Champions du hardcore punk emophile Made in France, les BIRDS IN ROW nous reviennent avec un troisième album au gros son, un nouveau label (celui des gars de Cult Of Luna), un nouveau batteur et, nous disent-ils, toujours la même envie d’en découdre et une volonté d’authenticité dure comme fer. Le précédent LP We Already Lost The World m’avait rapidement lassé mais je suis aussi du genre têtu, donc je retente le coup... Ma méfiance pour les introspectifs de la musique qui brandissent des petits drapeaux, coupent les cheveux en quatre, pleurent sur le monde et surtout sur eux-mêmes, transforment leurs chansons en leçons de vie ou, encore pire, en élucubrations faussement sociétales à portée existentielle (et inversement) ne fait que grandir. Je préfèrerai toujours la crasse, la méchanceté, la mauvaise foi, le cynisme et l’autodestruction. Mais pas l’auto-apitoiement, trop évident. Je ne suis aucunement empathique, je ne veux pas faire semblant d’être bienveillant et en écoutant Gris Klein j’ai enfin compris que ce qui me dérangeait le plus, c’est le côté gnan-gnan. Je ne parle pas des trois membres du groupe puisque je ne les connais pas mais du caractère confortable et installé de leur musique, la révolte et la douleur comme il faut, toutes blanches, à l’usage des consommateurs d’un hardcore exemplaire. J’avais aimé les tout débuts des Birds In Row mais peut-être étais-je aveuglé par le côté plus brut et plus salissant de leur musique. C’est donc ici que nos chemins se séparent, définitivement.


mercredi 11 janvier 2023

[chronique express] Keiji Haino + SUMAC : Into This Juvenile Apocalypse Our Golden Blood To Pour Let Us Never

 


Into This Juvenile Apocalypse Our Golden Blood To Pour Let Us Never constitue la troisième collaboration entre KEIJI HAINO et SUMAC et il n’y aura aucun suspens : il s’agit aussi de la meilleure. Aaron Turner raconte volontiers que lorsque les deux entités se sont rencontrées en 2017, c’était une demi-heure à peine avant que ne soit enregistré leur premier album en commun. Mais il semblerait que pour Into This Juvenile Apocalypse […] les choses se soient passées un peu différemment. Déjà, les quatre musiciens en présence ont appris depuis quelques années à se connaitre et pas seulement au niveau musical, puisque (là aussi c’est eux qui en parlent) ayant partagé des moments de convivialité et d’amitié en dehors des studios et des scènes de concert. Il a été dit également que Keiji Haino, préalablement à ce nouvel enregistrement, a inopinément provoqué une sorte de réunion, demandant aux autres ce qu’ils envisageaient de faire et donnant lui-même quelques pistes. Evidemment c’était un piège : le musicien et grand maitre japonais (« Haino-san ») a fait le contraire de ce qu’il avait avancé, relançant ainsi le processus créatif d’une association plus que jamais prolixe et éclairée. Ce processus de création improvisée cher à Keiji Haino répond à une double exigence, celle d’aller de l’avant, de jouer, jouer, jouer… et celle de provoquer des ruptures avec le dit processus, générant chocs, accidents, mystères et – résultat espéré – surgissements de grâce. Des mystères, cet album en contient plus que jamais, tout comme il regorge d’espaces de pure magie, les quatre musiciens se rejoignant dans la célébration païenne d’un blues reconstruit et bruitiste traversé d’incantations folles lancées par des fantômes lumineux et magnifiques. Un très grand disque, définitivement. 

mercredi 21 décembre 2022

[chronique express] Trigger Cut : Soot



 

Faut surtout pas se laisser faire. Si le troisième album de TRIGGER CUT s’intitule Soot (« suie » en français) c’est parce qu’en 2021 le groupe allemand emmené par le guitariste et chanteur Ralph Scharrschimdt a vu son local de répétition détruit par un incendie. Les instruments de musique et tout le matériel qui n’ont pas été la proie des flammes ont tout simplement été rendus inutilisables par une suie noire et collante, un vrai poison. Si on rajoute un défaut d’assurance, le tableau de la catastrophe devient complet et on a connu des groupes qui se sont séparés pour beaucoup moins que ça. Un peu plus d’une année plus tard, appels aux dons et mobilisation aidant, Trigger Cut nous revient donc. Plus vivant, plus virulent et plus fort que jamais. D’où, sûrement, la symbolique pas très finaude d’un Phoenix sur la pochette du disque. Mais ce n’est pas qu’une image : Soot est un concentré de hargne et de rage électrique propre à ce bon vieux noise-rock strident, tendu du slip à la mode de Chicago et régulièrement éclairé par une pointe d’émophilie post-Dischord, surtout au niveau du chant égosillé. A tout bien y réfléchir, Trigger Cut est l’un des meilleurs représentants en la matière, reprenant de main de maitre une musique irradiante qui m’avait marqué entre toutes dans les 90’s et ce que le groupe fait, souvent il le fait largement mieux que les autres. Je déteste cette expression qui consiste à dire « un mal pour un bien » mais je dois bien avouer malgré tout que Soot est de très loin le meilleur album du groupe. Parce que c’est le plus énervé, le plus débridé, le plus furieux mais aussi le plus mélodique. Fire walk with me. 

 

vendredi 16 décembre 2022

[chronique express] Municipal Waste : Electrified Brain

 



Electrified Brain est le septième album de MUNICIPAL WASTE. Et pour résumer il s’agit d’un bon disque de thrash crossover, bien que sans surprises. Voilà un peu plus de vingt ans maintenant que les Américains jouent la même musique, s’amusent des mêmes blagues, font les mêmes grimaces de mongoloïdes, reprennent les mêmes thématiques horrifiques, mélangent musique avec fun, bière et mauvais goût assumé. La perfection nostalgique. Mais Electrified Brain est à l’image de sa pochette à la mocheté très efficace et les regrets finissent par s’accumuler. Regret que les quelques bons riffs contenus dans l’album ne débouchent plus systématiquement sur de l’explosif. Regret que depuis que le groupe comporte deux guitaristes les solos et les leads se multiplient et que Municipal Waste fasse de plus en plus pencher la balance de son crossover du côté metal que du côté hardcore punk. Regret que le groupe en soit également réduit à faire un clin d’œil aux abominables Scorpions pour tenter de nous faire rire (Ten Cent Beer Night). Regret que la production du disque aseptise un peu tout. Et donc, conséquemment, regret de l’époque des albums Hazardous Mutation (2005) et surtout The Art Of Partying (2007), bien plus directs, plus nerveux et plus méchants. Regret enfin que l’on soit sans aucune réelle nouvelle d’Iron Reagan, l’autre combo du chanteur Tony Foresta et du bassiste/guitariste Phil Hall, un groupe bien meilleur dans un genre finalement très similaire.


samedi 3 décembre 2022

[chronique express] Moral Panic : Validation

 



Allez, on se détend. Enfin, façon de parler : Validation est le troisième album des New-Yorkais MORAL PANIC, le groupe du guitariste/chanteur Daniel Kelley que l’on connait également pour avoir fait partie des fantastiques Livids aux côtés du grand Eric Davidson. C’est également le premier avec la paire rythmique composée de Michael Dimmitt (basse) et Eric Robel (batterie, ex-Heroin Sheiks !) et le trio ne craint personne en matière de punk-rock joué pied au plancher – les labels Reptilian records (US) et Alien Snatch (Europe) ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisqu’ils ont sorti conjointement le disque, de chaque côté de l’Atlantique. Passé une très courte intro puis un premier titre au mid-temp soutenu et ravageur, Validation enquille les pépites et les bombes à fragmentation avec une facilité et une frénésie déconcertantes. Riffs accrocheurs as fuck, chant nerveux et sans fioritures, gros son qui n’oublie pas de tâcher, lignes de basse dantesques, urgence et intensité à tous les étages, aucun titre au dessus de la limite réglementaire des 2’30 : absolument tout participe à un album aussi court et furieux que génial et indispensable, un album qui monte inexorablement en puissance pour s’achever sur un Horton Hears The Who qui reprend presque tel quel – et ça c’est très malin de la part du groupe – le canevas de l’intro du disque. Conclusion : on ne peut pas s’empêcher de remettre immédiatement Validation sur la platine pour une énième dose de punk-rock acharné et rageusement jubilatoire.


jeudi 1 décembre 2022

[chronique express] Pinch Points : Process





Pinch Points. Un groupe qui sautille avec beaucoup d’allant, d’agilité et de légèreté. Deux filles et deux garçons, tout le monde habillé de la même façon avec des t-shirts identiques au nom du groupe ou avec des chemisettes portant le prénom de chacun·e. Deux guitares (Adam et Jordan), une basse (Acacia) et une batterie (Isabella) mais plusieurs chants. C’est même l’une des principales caractéristiques des Australien·nes – de Melbourne, décidemment… – que toutes ces voix mixtes qui se font entendre à tour de rôle et surtout simultanément. Une joyeuse chorale au service d’un post punk alerte et très mélodique, joué rapidement, qui va droit au but sans non plus donner la sensation d’écouter un groupe de plus œuvrant dans un genre musical aussi embouteillé et saturé qu’une bretelle d’autoroute périphérique un vendredi soir. La musique de Pinch Points est peut-être simple mais elle vise juste, est systématiquement nette et précise et par rapport au très rafraichissant et déjà très réussi Moving Parts (2019), Process est un peu plus mature, affuté, orné de davantage de solos de guitares acérées et un peu plus long. Et mieux produit. Mais que l’on ne se méprenne pas : malgré le côté crépitant, frétillant et subtilement joyeux de la musique, les paroles du groupe peuvent sonner gravement ou abruptement (Reasons To Be Anxious, en ouverture d’album). Tous les apprentis poètes nombrilistes amateurs de complaintes existentialistes devraient vraiment en prendre de la graine.


dimanche 27 novembre 2022

[chronique express] Meat Wave : Malign Hex

 



MEAT WAVE n’est-il qu’un bon petit groupe de plus ? Et The Incessant (2017) restera t-il à jamais son meilleur album ? Malign Hex pourrait bien répondre à ces deux questions : le quatrième LP des Américains vient juste de paraitre et c’est un disque diversifié comme jamais auparavant chez le trio, un disque où bourrasques abruptes côtoient faux-plats émophiles, où l’enchainement des titres peut laisser perplexe (surtout sur la face B) pour s’achever sur un Malign spectral en parfait décalage. Malign Hex fait preuve malgré tout d’un bel effort de composition et d’un regain de tension que la production et le mix de The Incessant avait lui eu tendance à minimiser, notamment au niveau du chant. Il n’y a pas d’enregistrement parfait et il n’y en aura sans doute jamais, ça les trois Meat Wave l’ont bien compris, lorgnant toujours en direction des Hot Snakes et prenant plus que jamais leurs distances avec Chicago – pas de Steve Albini aux manettes cette fois-ci – pour en tirer un disque moins juvénile, sombre, tendu et, finalement, inquiet. Un disque dont la proximité devient évidente et immédiate, en faisant le meilleur témoignage d’un groupe familièrement noisy et fidèlement punk dans l’esprit. 


vendredi 11 novembre 2022

[chronique express] Eastwood : Antibiose

 



Ça, on peut dire que j’ai bien pris mon temps avec ce disque d’Eastwood et que j’ai même failli passer à côté. Que le groupe allemand ait tellement galéré pour sortir son tout premier album ne me servira pas d’excuse – je résume malgré tout : six années de gestation et de composition parsemées de moult changements de line-up, deux années pour l’enregistrement à divers endroits et à cheval sur deux pays et, finalement, une première parution officielle à l’été 2021 – hier, quoi. On comprend donc aisément la rage hallucinante qui magnifie le grindcore ultra urgent d’un groupe totalement fou-furieux et dont l’efficacité carnassière a été plus que renforcée par l’arrivée du batteur de Warfuck en tant que grand pourvoyeur de blasts défragmenteurs. Mais comment fait-il ? Bref, Antibiose c’est vingt minutes de cauchemar moderne avec dix sept titres ultra-courts et énervés, exception faite du tout dernier qui culmine du haut de ses quatre minutes de noirceur obsessionnelle – un must ou plutôt le coup de grâce. Le tout avec un chanteur-cascadeur qui ne tient pas en place, une guitare-hachoir sans pitié et une rythmique à faire rêver les spermatozoïdes dégénérés de Lars Ulrich. On rajoute quelques samples introductifs (à un moment on reconnait Trump mais mon préféré reste celui-ci, tellement vrai : « There’s nothing wrong with the planet, the planet is fine. The people are fucked » et le tour est joué : Eastwood est l’un des tout meilleurs groupes du genre qu’il m’ait été donné d’écouter depuis longtemps. Parole de viok.


jeudi 10 novembre 2022

[chronique express] Girls In Synthesis : Konsumrausch

 


Alors que Girls In Synthesis vient tout juste de publier un deuxième et excellent album – on reparlera plus tard de The Rest Is Distraction –, remontons un peu dans le temps jusqu’au mois de juin et le 12’ Konsumrausch (« frénésie de consommation »). Le groupe n’a jamais été avare en EP de toutes sortes (rapidement sold out puis partiellement compilés sur Pre/Post : A Collection 2016 - 2018) sans jamais lésiner sur le contenu et cette énième publication du trio londonien ne déroge pas à la règle. Un peu trop vite catalogué post punk, le groupe se démarque franchement de la plupart de ses contemporains et concitoyens surmédiatisés, n’ayant rien à voir avec le punk-noise à bobos d’un Idles ou le romantisme frileux d’un Fontaines D.C. : chez Girls In Synthesis on aime à la fois le gros son et faire danser, la musique est froide et intense, massive et implacable, bruyante et même sale. Une recette qui fait des merveilles sur Pulling Teeth qui occupe toute la première face du disque avec ses neuf minutes électriques et entrainantes, retrouvant l’inspiration malsaine d’une musique industrielle moderne limite EBM sans jamais mettre en sourdine son côté organique – sans oublier une fin préapocalyptique de première catégorie. Les trois titres qui figurent sur la seconde sont loin d’être aussi brillants mais restent tout de même d’excellente facture, toujours dansants, darkos et oppressants à la fois, confirmant que chez Girls In Synthesis, quantité rime bien avec qualité.


jeudi 27 octobre 2022

[chronique express] Die ! Die ! Die ! : This Is Not An Island Anymore

 



Je n’ai jamais – mais alors là jamais – été un grand fan de DIE ! DIE ! DIE !, des Néo-Zélandais qui au fil d’une grosse poignée d’albums ont développé un rock énergique et mélodique propret, sagement noisy et trop convenu à mon goût. Jusqu’ici, seul Swim (2014) avait à peu près réussi à se frayer un chemin vers mes petites oreilles délicates mais toujours à la recherche de sensations fortes. Et puis a débarqué This Is Not An Island Anymore, septième LP d’un groupe qui s’était fait particulièrement discret ces dernières années. Un peu de repos n’a jamais fait de mal à personne et dans le cas de Die ! Die  Die ! cela a même été salvateur : l’indice glycémique de la musique du trio a sérieusement baissé tandis que son taux d’adrénaline a lui singulièrement augmenté. On pourra toujours trouver à redire au sujet du chant très aigu et un peu irritant tout comme on décèlera quelques facilités à la limite de la minauderie. Mais ces quelques défauts sont largement compensés par une rage électrique enfin consistante et par des lignes de basse proéminentes qui mènent les débats sans faillir et entrainent le groupe sur des terrains furieux et efficaces qui font plaisir à entendre. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, This Is Not An Island Anymore bénéficie d’une version européenne – c’est A Tant Rêver Du Roi qui s’y est collé – ce qui permettra aux amoureux et fétichistes du disque vinyle de se procurer celui-ci à un prix raisonnable et exempt de taxes à l’importation et autres droits de douanes.


dimanche 23 octobre 2022

[chronique express] Enforced : Kill Grid

 



Tiens, cela fait un bon moment que je n’avais pas chroniqué un disque publié il y a plus d’un an, motherfuckers. Celui-ci date même de mars 2021 (ouch !) mais pourrait très bien provenir du milieu des 80's et avoir traversé toutes ces années déglinguo-débiles pour arriver jusqu’à nous : ENFORCED c’est du thrash très old school et Kill Grid, deuxième album du groupe natif de Richmond/Virginie, est doté d’un chant ultra dégueulasse et surtout puise directement son inspiration dans le riffage Slayer-ien, le tout joué avec un esprit et une qualité très hardcore mâtinés d’une dose sévère de crossover – nota : la pochette de certaines éditions d’At The Walls, premier album d’Enforced paru en juillet 2019, était déjà un rip-off du visuel impérialiste de la bande à Tom Araya. Et en ce dimanche matin tout aussi pourri que les autres, je n’ai donc rien trouvé de mieux que de headbanguer en pyjama et de torcher vite fait bien fait ces quelques lignes inutiles et redondantes au sujet de Kill Grid, un album d’autant plus jouissif et indispensable qu’il se révèle passéiste et rétrograde. Dernier détail mais qui a vraiment toute son importance, l’artwork de la pochette est signé Joe Petagno, ouais on parle bien du bonhomme responsable il y a plus de quarante ans du célébrissime logo de Motörhead. Kill and kill again.


mercredi 12 octobre 2022

[chronique express] Sinking Suns : Dark Days

 



Comme les SINKING SUNS sont des joyeux drilles ils ont décidé d’intituler leur nouveau disque Dark Days : question optimisme forcené, joie de vivre et soupe de nouilles lyophilisée cela ne se pose pas vraiment là. Mais, plus sérieusement, qui pourra leur donner tort ? Pas moi, en tous les cas, car musicalement le constat est le même et il sera difficile de contredire un groupe qui plonge tête baissée dans les eaux boueuses, sombres et malsaines héritées de ce que l’underground US des 80’s et 90’s a engendré de meilleur : le troisième album de ces petits gars du Wisconsin perpétue la longue tradition d’un noise-rock toujours puissant mais mélodique et plus d’une fois on pensera aux grands Hammerhead avec, de temps à autre, un je ne sais quoi de swamp californien (notamment certaines parties de guitare qui n’auraient pas été reniées par un East Bay Ray). Là où Bad Vibes (sorti en 2018 et encore un titre d’album top shinny) se montrait presque élégant et racé dans sa colère, Dark Days n’y va pas par quatre chemins, se montre particulièrement intraitable et se révèle être le meilleur disque à ce jour de Sinking Suns grâce à son côté plus sale, plus terrien et plus charbonneux. Ce qui n’exclut pas quelques nuances – Asleep by the Fire et sa séquelle The Invisible Sun, assurément le duo gagnant du disque, option hit-parade – d’autant plus que le bassiste/chanteur Dennis Ponozzo s’est une nouvelle fois collé à l’enregistrement et que ce type s’y connait comme personne pour faire sonner son propre groupe. Rien de tel qu’une rasade de noirceur viscérale fortement dosée pour faire mon bonheur. 

mercredi 5 octobre 2022

[chronique express] David Fenech & Pierre Bastien : Suspicious Moon

 



Pas besoin d’être un·e fanatique d’Elvis Presley pour aimer Suspicious Moon. On peut même penser qu’on s’en foutrait presque, bien que l’on reconnaisse sans problème tous les tubes du King repris ici par David Fenech et Pierre Bastien, de Blue Moon à Suspicious Minds – logiquement – en passant par Heartbreak Hotel ou In The Ghetto, en fait il n’y a que ça. Mais à la différence de l’album The King And I des Residents (1989) qui s’attelait ironiquement à la déconstruction d’une musique quasi sacrée et d’un mythe américain, celui des deux Français opte pour une voie ô combien plus poétique et intimiste. Au chant murmuré ou bancal et décalé de Fenech répond la trompette de Bastien sur fond de trames sonores mystérieuses et envoutantes : on ne doutera pas qu’il s’agit d’abord là d’une belle rencontre entre deux personnalités aux horizons concordants et principalement mues par l’envie de jouer ensemble. On pourrait également évoquer un lien de parenté avec le Rock’n’Roll Station de Vince Taylor et Jac Berrocal versus Nurse With Wound pourtant Suspicious Moon se situe encore ailleurs, sur une planète satellite toujours inconnue, à moins qu’il ne s’agisse d’un endroit sur Terre inexploré et non souillé par les activités humaines, un endroit que chacune et chacun placera à sa guise. C’est la plus belle qualité de cette musique magiquement nocturne et suspendue d’affirmer sa force d’attraction onirique, avec humour et avec douceur, toujours dans le bricolage et avec moult trouvailles sonores, sans jamais rien effacer ou négliger de l’intime.


mardi 4 octobre 2022

[chronique express] Tvivler : Kilogram

 



Le voilà donc ce groupe dont tout le monde parle dans le petit monde des vieux noiseux rétrogrades – parce que oui, je ne suis pas le seul exemplaire encore en libre circulation – et autres amoureux de… de quoi, en fait ? Avec TVIVLER on est vraiment bien emmerdés mais on aime plutôt ça : le groupe joue dans la cour des scientifiques spécialistes en hardcore trigonométrique, pratique le gros son qui brûle, fait du bruit mais avec discernement, sait se montrer écrasant, possède un sens du groove implacable, découpe ses mélodies au scalpel, chante exclusivement en danois des paroles bien senties, aime (un peu) expérimenter à l’occasion, arrive à circonvolutionner tout en restant franc et direct et possède ce don, plutôt rare, de créer la surprise sans que celle-ci prenne la forme d’une caresse dans le sens du poil – bien au contraire ! Avons-nous donc affaire à un groupe quasi parfait ? Pour l’instant, la réponse est oui. Et bien que cela fasse un peu beaucoup pour un petit homme comme moi, je suis prêt à pardonner (le court) solo de guitare, le plan de basse multi-doigts et même le passage narratif de fin so emo qui plombent une partie de Livsform På Tvangsauktion – un titre dont on sent bien qu’il joue un peu trop avec le feu et qu’il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que Tvivler bascule du côté obscur de l’ostentation. C’est toujours le risque avec les musiciens un peu intellos sur les bords et qui aiment le bordel : tant qu’ils continuent de chercher comment faire mal, on peut rester tranquilles et souffrir avec eux. Mais dès qu’ils pensent avoir trouvé, c’est une toute autre histoire. A suivre…

samedi 20 août 2022

[chronique express] VR Sex : Rough Dimension

 



Fondé par Noel Skum aka Andrew Clinco de Drab Majesty, Z. Oro (plus connu sous le nom de Aaron Montaigne, ex chanteur de Antioch Arrow – oui, on parle bien du groupe de hardcore screamo des 90’s) et Mico Frost/Brian Tarney, VR Sex pratique une musique à mi chemin entre death rock synthétique et gothique musclé. A priori rien de très original et Rough Dimension joue à fond la carte du revival nostalgique et ironique pour petits bourgeois décadents. Un disque de plus pour danser sous Kétamine jusqu’à l’aube comme un manche à balai électrique ? Oui. Mais ce qui distingue Rough Dimension de la masse grouillante des autres enregistrements post-pubères et pré-apocalyptiques c’est son fort pouvoir mélodique et une sensation d’urgence bien mieux négociée – tout aurait été composé et bouclé en moins de deux semaines, blah blah blah. Aussi séduisant, entrainant et démagogique que possible, doté d’une boite-à-rythmes quasi plénipotentiaire, Live (In A Dream) est le tube absolu d’un album crépitant et impérieux qui pourtant ne contient presque que ça. Exception notoire, The Walk Of Fame est une balade meurtrière dont le final épaissi au synthétiseur vire irrésistiblement au tire-larmes ténébreux. Sortez vos mouchoirs parce que la fin est proche. 


jeudi 18 août 2022

[chronique express] Moor Mother : Jazz Codes

 



Rien ne semble pouvoir arrêter MOOR MOTHER qui, moins d’une année après Black Encyclopedia Of The Air, publie déjà un nouvel enregistrement (au moins son septième sous son seul nom depuis 2015 et son deuxième pour le label Anti). Diversifiant, malaxant et superposant ses sources sonores, mélangeant différentes textures, déconstruisant les rythmes, multipliant les interventions vocales et enjambant les genres musicaux tout en explorant une veine plus mélodique qu’auparavant, la musicienne et poétesse continue de définir et de développer la pratique expérimentale de sa musique, une musique tellement unique que l’on serait bien mal inspiré de lui coller une appellation trop définitive. Composé de dix-huit plages parfois très courtes, son nouvel album dure pourtant quarante trois minutes et prend des allures de kaléidoscope multiforme : de nombreux·ses invité·es viennent poser leur voix – en mode rapé, slammé ou chanté –, le trompettiste Aquiles Navaro et le saxophoniste Keir Neuringer du groupe Irreversible Entanglments font à nouveau des merveilles et Jazz Codes, reliant blues, free jazz et soul music, citant aussi bien Billie Holiday que Sun Ra, est un hommage appuyé, militant et mystique à la musique noire, immortelle et universelle. Encore un disque passionnant et indispensable de la part de Moor Mother.  


mardi 9 août 2022

[chronique express] Syndrome 81 : Prisons Imaginaires




Plus vraiment oï ni définitivement post punk et musicalement beaucoup plus excitant et intrigant qu’un simple mélange de ces deux genres, le premier album de SYNDROME 81 est comme une vraie respiration et un authentique moment de vérité, hanté par des fantômes envahissants, loin des utopies préfabriquées ou des postures insoumises que les détracteurs du groupe ont souvent – et à tort – tendance à lui reprocher. Profondément ancré dans son environnement géographique (la ville de Brest, cette « putain de France ») et la morosité ambiante, Prisons Imaginaires n’est pourtant pas un disque larmoyant qui ne ferait que s’apitoyer sur lui-même. Au-delà de l’enfermement et de la violence sociétale, on retiendra surtout la poésie noire et viscérale d’une colère bien légitime et d’une révolte exprimée sans fioriture. Le paradoxe étant que le constat dressé est absolument terrible mais que la musique de Syndrome 81 réchauffe malgré tout les cœurs.