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lundi 30 janvier 2023

[chronique express] Wailin Storms : The Silver Snake Unfolds

 



The Silver Snake Unfolds (And Swallows The Black Night Whole) est le quatrième album des WAILIN STORMS mais c’est le premier qui ne m’a pas immédiatement emporté avec lui ni ne m’a incité à sauter à pieds joints et sans condition au milieu d’une mare profonde de pensées sombres et tumultueuses. Lassitude de ma part ? Peut-être… le groupe, toujours aussi soudé autour du guitariste et chanteur Justin Storms, n’a jamais disposé non plus d’une marge de manœuvre considérable : son mélange de rock incandescent et de swamp gothique pourrait avoir tendance à se répéter. Et puis, donner un successeur à un album aussi réussi que Rattle (2020) a du se révéler difficile, surtout lorsqu’on a été prisonnier d’un monde aux prises avec une crise sanitaire et économique aux répercussions dont toutes les conséquences humaines n’ont toujours pas été complètement mesurées. The Silver Snake Unfolds n’a pourtant rien de radicalement différent. Noir c’est noir et puis c’est tout. Mais les Wailin Storms se sont employés à accentuer leur côté lyrique, le chant devenant de plus en plus maniéré et démonstratif, la musique multipliant les chevauchées, s’engouffrant dans les brèches toujours plus larges d’une théâtralité puissamment envahissante. Si on préfère le côté davantage punk du groupe – l’album Sick City de 2017 – il y aura de quoi être un peu décontenancé par un enregistrement dont le désir de beauté sulfureuse prend le pas sur tout le reste. Pour ma part, après bien des écoutes et quelques soupirs, j’ai fini par accepter cet exutoire flamboyant et passionné : j’aime toujours les Wailin Storms mais disons que The Silver Snake Unfolds est leur album que j’aime le moins.

mercredi 27 mai 2020

Wailin Storms / Rattle


Les deux premiers mini-albums de Wailin StormsBone Colored Moon en 2012 et Shiver en 2014 – témoignent de débuts fortement influencés pas le Gun Club et bien que le groupe soit rapidement passé à autre chose j’ai toujours trouvé et je trouve encore ces deux enregistrements bluesy et roots toujours aussi passionnants. Ils ont été regroupés en 2017 sur une même réédition CD chez Antena Krzyku, tu me diras que c’est toujours mieux que rien bien qu’une ressortie sur un bon vieux vinyle qui craque et qui transpire eût été largement préférable. Un jour, peut-être, va savoir…
Ce qui est intéressant c’est l’élargissement progressif du line-up de Wailin Storms, au départ simple duo pour la mise en boite de Bone Colored Moon avec uniquement Justin Storms (au chant et à la guitare) accompagné du batteur David Daniels ; puis en trio avec le remplacement de David Daniels par Yancy Stabenicio et l’adjonction du bassiste Eric Messina. Depuis le premier album – le très acclamé One Foot In The Flesh Grave en 2015 – la composition du groupe s’est stabilisée autour de Justin Storms avec Todd Warner à la guitare lead et aux chœurs, Steve Stanczyk à la basse et Mark Oates à la batterie. Ce sont les mêmes musiciens qui ont ensuite enregistré Sick City (2017) puis Rattle, paru en mars 2020 : WAILIN STORMS est au fil des années et des albums devenu un véritable groupe et parallèlement sa musique n’a cessé de gagner en cohérence et en cohésion. Avec une deuxième guitare partant régulièrement en vrille et une section rythmique stable, dense et compacte la musique du groupe s’est surtout considérablement étoffée et durcie, Wailin Storms trouvant sa voie et s’y tenant, sorte de noise rock marécageux aux forts relents swamp et même goth. 





Il existe un peu deux écoles d’appréciation au sujet de groupe : il y a celles et ceux qui ne jurent que par le côté torturé et fiévreux de One Foot In The Flesh Grave – il est vrai qu’après les deux premiers enregistrements ce tout premier album long format a été un véritable choc – et celles et ceux qui préfèrent le côté plus direct, plus cru, plus punk finalement, de Sick City. Mais est-il réellement nécessaire de choisir ? Aujourd’hui Wailin Storms poursuit sur la même lancée, celle d’un rock rugueux et mystique, crépusculaire et nerveux, sombre et passionné. Si tu apprécies à peu près tout ce qu’il y a entre le Gun Club et 16 Horsepower en passant par These Immortal Souls et consorts, si tu affectionnes le côté surchauffé un peu sudiste (Wailin Storms est originaire de Caroline du Nord), les odeurs de marécages, les histoires passionnelles et les guitares électriques qui égrainent des riffs et des mélodies tenant autant de l’élixir voodoo que du poison mortel il y a fort à parier que Wailin Storm saura combler toutes tes attentes. D’autant plus que Rattle est la parfaite synthèse entre ses deux prédécesseurs, autrement dit avec ce troisième album le groupe de Justin Storms a réussi à conjuguer la passion dévorante de One Foot In The Flesh Grave et le côté plus direct et plus naturel de Sick City.
Le son de Rattle est énorme. Non pas que l’album soit surgonflé et qu’il déborde d’effets de manches inutiles ou d’esbrouffades sans nuances mais au contraire il crépite comme un feu ardent, prend le vent et ploie sous ses effets contraires avant de recommencer à brûler de plus belle. Rattle est un véritable brasier, un théâtre de vies brisées mais qui ne renoncent pas. Ce son il est en grande partie du à J. Robbins (Jawbox, Government Issue, Burning Airlines etc.) que l’on savait déjà producteur et ingénieur du son doué mais là il s’est littéralement surpassé, offrant enfin à Wailin Storms et à Rattle le son qu’il méritait, ample et précis mais jamais baveux bien que noyé de réverbération et de saleté. En particulier le chant très invasif de Justin Storms – un jour un vieil ami m’a avoué qu’il lui faisait un peu penser à celui de Bertrand Cantat (RIP) et je dois avouer qu’il n’a pas tout à fait tort – est parfaitement à sa place, ses gueulantes ultra-théâtralisées ne risquant plus trop d’étouffer tout le reste. Mais malgré tout son éclat et toute sa splendeur Rattle reste un album sombre et tempétueux, étincelant d’une lumière noire à rendre aveugle les golgoths éperdus et les chauves-souris des cavernes. Un album dépressif peut-être bien, colérique également, torturé et tortueux c’est certain, une pièce maitresse assurément.

[Rattle est publié en CD et en vinyle (rouge) par Gilead Media et Antena Krzyku]

jeudi 7 mars 2019

Butcher's Waltz Volume 3





Le tout premier intérêt des compilations Butcher’s Waltz est de ne proposer que de la musique d’excellente qualité pour toute amatrice et tout amateur de gros noise-rock qui tache ou qui vrille et, plus généralement, de bizarreries électriques incandescentes ; le second est de ne donner à écouter quasiment que des titres inédits : à l’incomparable plaisir de faire des (bonnes) découvertes s’ajoute la satisfaction du complétiste acharné qui par ces temps de téléchargement 2.0 reste toujours à l’affut de nouvelles fraiches d’un groupe déjà connu et apprécié. Le troisième volume de la série Butcher’s Waltz ne déroge pas à la règle puisque on n’y trouvera que des nouveautés, en tous les cas tous les titres figurant ici sont à ce jour inédits et la moitié des groupes ayant participé n’ont que peu enregistré voire pas du tout : le label Learning Curve a encore une fois fait du très bon boulot et, je ne le répéterai jamais assez, cette petite maison de disques basée à Minneapolis est vraiment un incontournable.

Le disque démarre en mode pétarade avec DEAD. Malgré un nom très passe-partout ces australiens ne sont pas des anonymes, ils sont même passés par l’Europe en 2017 lors d’une tournée commune avec leurs copines et copains de MoE (excellent souvenir du Gaffer Fest…) et bien que la formule basse/batterie + chant de Dead rappelle un peu beaucoup celle de Big Business ce duo des antipodes est beaucoup plus enclin aux débordements et aux facéties. Techniquement Big Plates prend la forme d’une courte introduction sonore, il s’agit en fait de la captation d’une ambiance de restaurant ou de repas bien arrosé (?) avec rires gras et grosses blagues ; le plat de résistance (si je puis dire) vient tout de suite après avec Commander qui fait la démonstration de toute la lourdeur furibarde et chauffée à blanc dont peut être capable Dead – rythmique appuyée, riffs de maniaque et chant d’ostrogoths – avec en plein milieu un passage très calme qu’il me semble bien reconnaitre, j’imagine que le duo avait du jouer cette excellente composition lorsque je l’avais vu en concert il y a deux ans… En tous les cas voilà une bien belle entrée en matière.
LARDO prend la suite avec trois titres rien que pour lui. Le trio a beau être originaire de Chicago et avoir enregistré son deuxième album Sinking aux studios Electrical Audio il ne possède pas vraiment le son typique de toute cette scène noise-rock décharnée et névropathe et ne joue pas la même musique non plus. Celle de Lardo peut sembler bien légère et presque aigrelette (surtout après celle de Dead) mais le groupe développe son propre truc avec un chant plutôt juvénile (trop ?) et une basse très en avant. Ce n’est pas du tout post-punk au sens classique du terme car il y a trop de sous-entendus pop déglingués et de digressions noisy dans la musique de Lardo ; si les deux premiers titres proposés par le groupe manquent parfois leur cible, le troisième intitulé Larunda dévoile un charme dangereux, notamment grâce à une guitare plus présente qui semble avoir pour seul et unique but celui de nous percer les tympans et de nous faire vraiment mal. A suivre.

On retourne le disque pour écouter la deuxième face et c’est le gros choc : NOVACRON est un groupe complètement inconnu au bataillon – du moins en ce qui me concerne – mais il est formé de musiciens qui ont déjà beaucoup fait parler d’eux puisque après quelques recherches il s’avère que Novacron a été formé par Paul Erickson (Hammerhead/Vaz), Adam Marx (Seawhores) et Shawn Walker (Gay Witch Abortion). Avoir un line-up aussi prestigieux n’est pas forcément synonyme de réussite musicale mais dans le cas de ce trio all-stars il faut bien avouer que si, tant White Chalk présente déjà nombre de qualités essentielles et incontournables, à commencer par ce mélange toujours aussi spectaculaire d’accroche mélodique et de furiosité massive – le néologisme est l’ami incontournable de toutes les musiques et bien évidemment on peut reconnaitre dans White Chalk la patte décisive du géant Paul Erickson, toujours en aussi grande forme.
Le groupe d’après s’appelle MARX et de lui on ne saura pas grand chose si ce n’est qu’il ne s’agit pas réellement d’un groupe mais du projet solo de ce même Adam Marx mentionné juste au dessus au sujet de Novacron et de Seawhores. Le bonhomme est même illustrateur… en tous les cas il est seul maitre à bord sur Jaundice, un drôle d’objet arty-noise tourbillonnant qui donne envie d’en entendre beaucoup plus tant cette composition bricolée en solitaire et doté d’un chant que l’on dirait capté depuis l’intérieur d’un four à micro-ondes bloqué sur le programme décongélation rapide se révèle aussi étrange que bien menée. Mais ce type est-il réellement sain d’esprit ? Sûrement autant que vous et moi.
WAILIN STORMS est avec Dead l’autre groupe de ce troisième volume de Butcher’s Waltz à déjà bénéficier d’une reconnaissance certaine dans les milieux autorisés grâce à ses deux derniers albums impeccables et bien chargés en swamp punk macéré (One Foot In The Flesh Grave en 2015 et Sick City en 2017). Et pour être honnête c’est précisément à cause de Wailin Storms que je me suis d’abord intéressé à cette compilation. Don’t You Wish Her Well ne déçoit pas bien qu’il n’apporte strictement rien de nouveau à ce que l’on connait déjà du groupe de Caroline du Nord, même lyrisme écorché, même odeur de transpiration, même fougue meurtrie et même passion. Un peu théâtrale et même parfois grandiloquente la musique de Wailin Storms reste malgré tout toujours aussi instinctive et prenante et donc douloureusement savoureuse – ce qui me fait dire qu’il serait largement temps que ces américains enregistrent un nouvel album, non ? Et puis tant que j’y suis j’aimerais également une tournée européenne avec une date à moins d’une demi-heure de chez moi (à vélo). Oui je rêve. Ça sert à ça la musique.

[Butcher’s Waltz Volume 3 tourne en 45 tours, dure 31 minutes, a été publié en vinyle par Learning Curve et son artwork est l’œuvre de Jim Blaha de The Blind Shake]