Conseil d'utilisation : ceci n'est qu'un blog. Mais sa présentation et sa mise en page sont conçues pour qu'il soit lu sur un écran de taille raisonnablement grande et non pas sur celui d'un ego-téléphone pendant un trajet dans les transports en commun ou une pause pipi. Le plus important restant évidemment d'écouter de la musique.

mercredi 23 juin 2021

[chronique express] Cult Of Occult : Ruin






Encore un cas difficile. Si on est coutumier des précédents enregistrements de CULT OF OCCULT on ne sera pas décontenancé par la musique de Ruin, un 12’ monoface (il y a une sorte de pentagramme sur la face muette) présenté comme un EP puisqu’il ne contient qu’un seul et unique morceau d’un peu plus de vingt minutes. C’est presque court, après les deux doubles albums précédemment publiés par le groupe. L’avantage étant que voilà enfin un disque de Cult Of Occult que l’on pourra écouter d’une seule traite (Seb Radix sors de ce corps). Blague à part, Ruin peut être considéré comme la quintessence de ce que le groupe a enregistré de plus misanthrope, de plus nihiliste, de plus bilieux et de plus sombre. Avec toujours ce paradoxe – propre au metal et à son théâtre d’obscurantisme – qu’il s’agit là de faire de la musique pour expliquer au monde qu’on le déteste et que de toute façon il est déjà mort. Mais cela reste parfait pour remettre son petit compteur personnel à zéro : un bon 6-pack et ça repart.

 

 

lundi 21 juin 2021

Throat : Smile Less


  


 

 

Je suis tombé amoureux de l’artwork de ce disque. Sûrement à cause de mon côté arty-prout-prout qui me fait aimer n’importe quelle image à partir du moment où il s’agit de noir et blanc et qu’il y a de la déformation dans l’air. Et puis j’y voyais comme un présage de bon augure – des fois il m’arrive aussi d’être optimiste – au sujet de Smile Less, troisième album des finlandais de THROAT. En 2020 le groupe avait publié Decade Of Passive Aggression 2009 - 2019, un double CD qui comme son nom l’indique est rempli jusqu’à la gueule de tous les premiers enregistrements de Throat, y compris les singles et autres participations à des compilations. A l’époque je n’y avais vu que la volonté, légitime, de faire patienter en attendant un nouvel enregistrement studio et en attendant que le monde commence à se dépêtrer de la crise sanitaire. Tout comme je n’avais vu dans Bareback, précédent album des Finlandais*, qu’un album de transition, une étape. Smile Less me laisse croire que non : Bareback marquait bien la fin d’une époque.
Je ne peux que comprendre les groupes qui ne veulent pas se répéter mais je n’arrive vraiment pas à me faire à ce nouvel album et au visage toujours plus produit et lissé que Throat donne à sa musique. Je ne dis pas que Smile Less est un mauvais album, il est même très bon dans son genre, mais il ne me plait tout simplement pas et la musique qu’il contient ne me convient pas. Trop de gros son, trop d’effets de manche, trop de théâtralité, trop de clinquant néo-gothique – un peu comme sur le dernier album d’Årabrot mais la prétention et le lyrisme religieux en moins, fort heureusement – et pas assez de crasse, de boue et de sang.

Je dois dire que Smile Less peut se révéler terriblement séduisant. Mais je trouve donc que sa sophistication tue tout son pouvoir de séduction. Ainsi les lignes de basse lourdes et appuyées, le chant très grave, caverneux et presque incantatoire ainsi que l’atmosphère pesante de Conveyer Line font espérer le meilleur pour la suite mais rapidement l’album s’enfonce dans les facilités artificielles (je ne suis vraiment pas contre quelques enluminures au synthétiseur mais quand même) et construit des architectures certes spectaculaires mais peu convaincantes. Sans compter que Throat ne nous épargne pas quelques fautes de goût : le solo de guitare indignement décoratif de Grounding, les atermoiements de Hospice (placé en fin de disque, nous laissant malheureusement sur une mauvaise note) ou les effluves industrielles de Home Is Where Your Hurt Is, débouchant au final sur pas grand chose. Beaucoup de titres de Smile Less souffrent précisément de ce même problème : indubitablement les quatre Throat savent comment démarrer une composition mais le groupe a tendance à se perdre en route – à choisir la mauvaise direction, oserais-je dire – et souvent tout se termine en impasse.

Ce n’est peut-être pas un hasard si Shots est mon titre préféré de l’album. C’est aussi le moins ambitieux, le plus direct et le plus basique de Smile Less. Je trouve Throat bien plus à son aise lorsqu’il n’embarrasse pas son rock – on ne peut vraiment plus parler de noise-rock au sujet de la musique du groupe – d’artifices et de pompes à paillettes auto-réfrigérées (Vanilla Cuts me fait presque penser au Ceremony post Rohnert Park et s’enfonçant dans une new-wave trop large pour lui). Un retour à plus de simplicité est peut-être la clef pour l’avenir. Mais je doute que Throat choisisse réellement cette option. Par contre, je reste persuadé que tout ce que le groupe fait, il le fait avec sincérité et sans arrière-pensées. Tant qu’il en sera ainsi je continuerai à écouter chacun de ses nouveaux enregistrements. Sait-on jamais ?


[Smile Less est publié en vinyle et en CD par Svart records]


* pour les curieuses et les curieux : la chronique de Bareback


vendredi 18 juin 2021

[chronique express] Vintage Crop : Serve To Serve Again




 

Encore un groupe de punk / post-punk / whatever, encore un groupe Australien, encore un groupe publié à la maison par Anti Fade records mais dont le troisième album a fort heureusement bénéficié d’un repressage européen grâce à Upset! The Rhythm, label londonien plus que providentiel. VINTAGE CROP se détache carrément du lot et il se murmure même avec insistance que Serve To Serve Again serait de loin son meilleur disque. Je n’en sais rien du tout puisque je ne connais pas les deux autres mais je suis totalement tombé sous le charme d’une musique qui fleure bon le british style, ce truc mid-tempo entre fausse nonchalance et goguenardise, sans oublier quelques rares touches de kitsch synthétique pour relever la sauce. Evidemment Vintage Crop n’a rien inventé, n’est pas un groupe de la fin des années 70 / début des années 80, originaire du nord de l’Angleterre et qui fait de la musique pour tuer le temps entre deux bières et une baston mais un groupe de maintenant qui (contrairement à moi) sait manipuler les clichés et les retourner à son avantage. Du genre consolateur mais jamais accommodant, si tu vois ce que je veux dire. 

 

 

jeudi 17 juin 2021

Black Ink Stain : Incidents







I See You Dead... le premier extrait d’Incidents positionné aux avant-postes des internets dès le mois d’avril dernier n’avait trompé personne sur les intentions de BLACK INK STAIN, jeune trio clermontois très respectueux des tables de la Loi. Et les premières écoutes de l'album m’ont tout de suite convaincu que j’allais beaucoup aimer ce disque. Cela a été imparable. Avec en prime une enseigne géante de néons électriques clignotant furieusement dans ma tête, me rappelant comme si j’en avais encore besoin cette règle absolue du noise-rock réactionnaire et conservateur – qualité / savoir-faire / tradition – et que je me répète à chaque fois comme un mantra maléfique dès qu’un disque de la trempe de celui-ci tombe entre mes oreilles. Encore du bousin explosif, encore un truc à la fois lourd, gras et puissant, brûlant et froid, un amas de tripailles qui s’adresse d’abord et principalement aux fanatiques et admirateurs d’Unsane, l’incontournable modèle du genre. 

Il y a des choses qui rassureront toujours le dépressif à temps partiel que je suis, qui atténueront toujours mes peurs et calmeront mes névroses et la musique fait partie de ces choses là. Dans Incidents on trouve des riffs qui torpillent, parfois très insidieusement, des lignes de basse qui terrassent, du chant de braillard qui te crache à la gueule, des compositions pesantes et puissantes, du gros son concocté par l’éternel David Weber au studio des Forces Motrices à Genève, un penchant avoué pour la musique urbaine folklorique US du début des années 90 et pour la perpétuation des traditions charcutières. Et, plus que tout le reste, il y a cette possibilité offerte sur un plateau de s’isoler, solidement entouré par un mur du son dévastateur qui fait le vide absolu tout autour (et là du coup on a un peu moins peur, en tous les cas cela fonctionne très bien avec moi).

Tout bien sûr n’est pas parfait sur Incidents, la deuxième face du disque se traine un petit peu plus en longueur et on se surprend à penser que le riff-leitmotiv de deux notes et demi et très basique de Frozen Stance doit forcément faire un carnage en concert mais qu’à écouter tranquillement à la maison ce n’est pas forcément la meilleure idée du monde. Mais rassurons-nous, sur ce premier album il y a nettement plus de moments vraiment appréciables et fulgurants que de passages réellement ennuyeux. Et les trois Black Ink Stain nous ménagent même quelques surprises, telle que Sans Façon, un titre instrumental avec une technique imparable d’hameçonnage, nous forçant à constamment rester en attente d’une ligne de chant qui donc ne viendra pas… on suit par contre avec délice la basse vrombissante et la guitare qui en profite elle pour se montrer un peu plus aventureuse que sur les autres compositions d’Incidents. Le chant clair au début de Pont Des Goules vient également pondérer un enregistrement qui sans cela pourrait sembler un peu trop monolithique (rien de tel qu’un verre d’eau de vie pour dissoudre les graisses). Parce que même si on aime avoir mal il est toujours bon de souffler un peu. Jusqu’à la prochaine fois. Alors à bientôt j’espère, dans une cave humide ou un hangar pourave, pour (re)découvrir ce disque incandescent en live, dans la vraie vie.


[Incidents est publié en vinyle transparent (avec quelques jolis traces de splashs étoilés noirs et blancs dedans) par Araki, Day Off et P.O.G.O. records – très actif et vénérable label franco-belge, au moins 150 référence au compteur depuis le temps, quand même]