Conseil d'utilisation : ceci n'est qu'un blog. Mais sa présentation et sa mise en page sont conçues pour qu'il soit lu sur un écran de taille raisonnablement grande et non pas sur celui d'un ego-téléphone pendant un trajet dans les transports en commun ou une pause pipi. Le plus important restant évidemment d'écouter de la musique.

dimanche 27 septembre 2020

[chronique express] Deafbrick / self titled

  

 

Un peu de name-droping et de mathématiques appliquées. Petbrick = Wayne Adams (de Death Pedals et de Big Lad) + Igor Cavalera (de Sepulura, Cavalera Conspiracy). Deafkids = un trio brésilien plutôt appétissant malgré la hype et le culte qu’il suscite. Petbrick + Deafkids = DEAFBRICK. C’est suite à un concert commun placé sous le double signe de l’impromptu et de l’instantanéité que les cinq musiciens ont décidé de remettre ça, en studio cette fois et en trois jours d’enregistrement seulement. Le résultat est paradoxalement surprenant et attendu : il y a suffisamment d’idées dans ce premier disque collaboratif en forme d’indus electro-tribal à peine punkoïde pour en faire un chouette objet de curiosité mais il y a trop de facilités amalgamées pour finalement ne pas également hausser les épaules face au risque d’indigestion aggravée. Résultat de l’équation : Deafbrick est un disque sur lequel les participants semblent beaucoup s’amuser mais dont les auditeurs sont malheureusement souvent exclus.

vendredi 25 septembre 2020

Comme à la radio : Really Bad Music For Really Bad People

 

 


 

J’ai un peu hésité avant de chroniquer cette compilation de reprises des CRAMPS. Really Bad Music For Really Bad People : The Cramps As Heard Through The Meat Grinder Of Three One G est la référence numéro 100 du label Three One G dont je rappelle que le boss n’est autre que le golden boy du punk Justin Pearson (Swing Kids, The Locust, Retox, etc). J’ai un peu hésité parce que ce disque – que je n’ai encore jamais vu en vrai et je ne verrai sans doute jamais – est vendu à des prix complètement prohibitifs. Ce n’est pas la faute à d’éventuels revendeurs ou distributeurs, non la faute en incombe directement au label dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne se fait vraiment pas chier sur ce coup là. Mais pourquoi ? Parce qu’il a fallu payer des droits délirants aux auteurs (ou à leurs ayant-droits) des titres repris ici ? Est-ce parce que quelques noms un peu connus – on y reviendra après – figurent au programme ? Les gérants de Three One G ont-ils trop d’arriérés de factures à honorer ? S’agirait-il d’une œuvre caritative ?… Mystère !

Mais je ne pouvais malgré tout pas passer outre cette chronique : non seulement Three One G est un label qui m’a toujours intéressé mais en plus je suis un fan absolu des Cramps. Je rappellerai juste que le label de Pearson n’en est pas à son coup d’essai, ayant en 2002 publié un hommage similaire à Queen (arrgghh) puis en 2006 une compilation consacrée aux inestimables Birthday Party. Il va s’en dire que le choix du groupe repris a toute son importance : il est difficile pour moi de m’enfiler une quinzaine de titres de la bande de Freddy Mercury, même interprétés par des musiciennes et musiciens que j’apprécie par ailleurs ; inversement je chéris tout particulièrement Release The Bats – je ne saurais être plus clair

 

Avec Really Bad Music For Really Bad People le résultat reste très mitigé.

 

 


Commençons par celles et ceux qui s’en sortent pas trop mal mais dont je n’ai pas grand chose à faire non plus. En reprenant TV Set les Child Bite redorent un blason bien terni depuis la parution de leur album Blow Off The Omens en 2019, comme quoi avec de vraies compositions dotées de vraies parties de guitare Child Bite pourrait peut-être encore faire quelques étincelles. Avec Sheena’s In A Goth Gang Chelsea Wolfe a le courage de s’attaquer à un titre tardif des Cramps (de l’album Big Beat From Badsville en 1997) et fait… du Chelsea Wolfe. J’ai laissé tombé la musique de la dame depuis qu’elle se prend beaucoup trop pour une prêtresse métallique assoiffée de mélancolie odorante mais après tout pourquoi pas, sa version de Sheena’s In A Goth Gang dure moins de quatre minutes c’est-à-dire qu’elle reste en dessous de mon seuil d’intolérance.
Malgré toute la répulsion et le dégoût profond que peuvent m’inspirer nombre de groupes ou projets de Mike Patton je dois avouer qu’il était l’un des rares chanteurs capables de s’attaquer au monumental Human Fly. Il est qui plus est accompagné par les tarés de Zeus !, malgré tout un peu en retrait ici. Retox passe tout juste la barre avec un Garbage Man qui tarde à décoller, dommage, le chanteur Justin Pearson en faisant beaucoup trop à mon goût. Idem pour Daughters dont la version de What’s Inside A Girl ? très scolaire arrive tout juste à convaincre, j’en attendais beaucoup mieux. Quant à Panicker aka Brent Asbury (il a également procédé au mastering de tout le disque), on pourrait penser au départ à une très mauvaise blague mais I’m Cramped mouliné à la sauce EBM / Breakcore chamallow ce n’est finalement pas si mal…

Ne perdons pas trop de temps avec les inévitables déchets que comportent toutes les compilations digne de ce nom, ou presque : I Was A Teenage Werewolf par Secret Fun Club accompagné de Carrie Gillespie Feller est désespérément insipide ; Zombi Dance par Sonida De La Frontera est simplement affligent (mais qu’est ce que c’est que ce truc ?) ; People Ain’t No Good version Magic Witch Cookbook est franchement insupportable.
Reste à évoquer les trois gros morceaux de Really Bad Music For Really Bad People. Metz dynamite complètement Call Of The Wighat, un titre initialement gravé par les Cramps sur Smell Of Female mais que l’on dirait tout simplement composé pour le trio canadien apparemment en très grande forme, ce qui ne laisse présager que du bon pour son quatrième album solo attendu sous peu. Etonnamment les noiseux de Microwaves ont fait quelque chose de très personnel de Dont’ Eat The Stuff Off The Sidewalk, leur version tendue et tordue s’avérant excellente sans trop en rajouter. Et puis il y a le cas de Qui dont le New Kind Of Kick constitue tout simplement la meilleure contribution à Really Bad Music For Really Bad People. La surprise est de taille venant d’un groupe qui fut un temps a joué en compagnie de David Yow (Jesus Lizard) mais n’avait jamais suscité de réel enthousiasme chez moi. Comme quoi…

Conclusion : gardez votre argent pour acheter de la drogue (ou ce que vous voudrez d’autre) et volez ce disque sur les internets, vous m’en remercierez un jour. 

 

 

mercredi 23 septembre 2020

[chronique express] Necrot / Mortal

  


 

Je sais que je vais faire un parallèle complètement foireux mais je ne peux vraiment pas m’en empêcher : plus ça va et plus les pochettes des disques de NECROT deviennent chiadées (mais toujours d’un mauvais goût immonde que j’adore) tandis que le death metal teinté de relents thrash du trio d’Oakland se complexifie avec toujours plus de breaks, toujours plus de technicité, quelques solos de guitare qui servent à rien – comme sur Sinister Will – mais qui heureusement restent rares sur la totalité du disque et cætera, et cætera… Mortal ne comporte que sept titres parfois un peu trop longs et regorge de ces moments magiques qui me donneront forcément envie de manger une entrecôte de chrétien de gauche bien saignante et de pisser ma bière tiède à côté de la cuvette des chiottes de mes beaux parents mais je m’ennuie parfois un peu, me surprenant soudainement à rêver d’une choucroute vegan calibrée à l’acide et autres délices hypnotiques. Tout ça n’est sûrement qu’une question de moment opportun et d’humeur changeante et là je l’ai plutôt mauvaise (tout comme je préfère réécouter The Labyrinth, disque compilant les premiers essais de ces mêmes Necrot).

lundi 21 septembre 2020

Blacklisters / Fantastic Man

 


 

C’est dingue comme je suis faible et comme c’est trop facile de m’avoir par les sentiments. Parce que c’est un peu toujours la même histoire, non ? Donc : prenez un groupe composé d’un chanteur spécialisé dans les couinements psychotiques et les beuglements de bête sauvage en pleine crise de rage, prenez également un guitariste qui aurait rêvé de découper des plaques de tôle ondulée à la scie circulaire, ajoutez-y une section basse/batterie intraitable, saupoudrez de mélodies imparables sans être putassières mais évidemment couplées à des dissonances bien choisies et glacez généreusement le tout d’un esprit féroce… vous obtiendrez l’archétype absolu du groupe de noise-rock tel qu’il réchauffe quoi qu’il arrive mon petit cœur d’animal humain blessé par la vie.
Alors à quoi bon parler d’un groupe apparemment comme tant d’autres et jouant une musique répondant encore une fois aux caractéristiques et aux conventions de ce bon vieux noise-rock à papa ? Autant faire un copier/coller de toutes les chroniques trop nombreuses déjà écrites pour cette gazette internet qui je veux bien l’admettre a tendance à rabâcher plus que de raison sur un sujet qui reste malgré tout primordial. Sauf que je suis un obsessionnel et un grand sentimental (donc), que j’aime avoir mal (logiquement) et que les anglais de BLACKLISTERS (ou si tu préfères : BLCKLSTRS) ne sont vraiment pas n’importe qui. Malheureusement ce n’est pas demain la veille que l’on pourra voir tourner sur le vieux continent européen des groupes de la trempe d’un Chat Pile, d’un Hoaries, d’un Vincas ou d’un Wailing Storm, bref tous ces groupes nord-américains héritiers et détenteurs numéro un des secrets du genre… Mais on peut largement se consoler, et bien plus encore, avec la myriade de groupes anglais qui depuis de nombreuses années maintenant font preuve d’une vigueur et d’une inventivité assez incroyables – non ce n’est pas un juste retour des choses même s’il est toujours bon de préciser qu’à l’origine les Etats Unis d’Amérique ne sont qu’une colonie britannique qui a mal tourné.
J’avais déjà eu ce sentiment lorsque les quatre Blacklisters avaient publié leur deuxième album en 2015 : Adult dépassait allégrement le niveau pourtant très honorable du premier album sans titre paru en 2012… Avec Fantastic Man les anglais font encore plus fort en nous livrant sur un plateau d’argent un disque de très haute qualité et à très forte teneur électrique. Je peux donc reprendre mon petit descriptif ci-dessus en matière de noise-rock (saturation, mélodies/dissonances, trépidations, acidité, rage, férocité, secousses à tous les étages, suintements, reptation, etc.) pour l’appliquer tel quel à Blacklisters qui dès l’ouverture du disque rue dans les brancards en envoyant direct un magistral Sport Drinks et plaçant derechef sa musique à un nouveau niveau d’excellence puis explose encore plus fort avec Strange Face et le plus lent mais pas moins énervé Fantastic Man. Quel que soit le format emprunté et la vitesse d’exécution choisie – le niveau général restant malgré tout à la grosse bourrade – le troisième album des anglais est de bout en bout un formidable brûlot dont on pardonnera les quelques mimétismes (Sleeves fait beaucoup penser à du Jesus Lizard mais en même temps c’est tellement bon !) puisqu’il n’y a rien à jeter ici et surtout pas le fascinant I Read My Own Mind et l’implacablement tortueux Mambo N°5 qui arrivent eux en fin de disque et nous achèvent par la même occasion, dans un grand bain saignant de déflagrations noise, de furie acharnée et de combustion lente.

Avec Fantastic Man Blacklisters fait plus que confirmer tout le bien que jusqu’ici je pouvais penser du groupe en s’imposant comme l’un des fers de lance actuels d’un genre indémodable à mes yeux, au-delà de tout sentimentalisme et de toute nostalgie (non : là je suis franchement en train de déconner et de mentir ouvertement). J’espère que le groupe pourra un jour retraverser la Manche pour revenir jouer de ce côté-ci du monde convidé parce que là seule fois où j’ai eu l’occasion et la chance de voir Blacklisters en concert, c’était juste vraiment (vraiment) trop (trop) bon



[Fantastic Man est publié en vinyle jaune transparent – on dirait la couleur d’un cocktail vodka/ananas – par A Tant Rêver Du Roi, Buzzhowl records et Learning Curve records, un label US dont j’apprécie particulièrement le catalogue et ce n’est sans doute pas sans raison qu’il se soit occupé de la parution nord-américaine d’un disque anglais – CQFD]