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mardi 9 août 2022

[chronique express] Syndrome 81 : Prisons Imaginaires




Plus vraiment oï ni définitivement post punk et musicalement beaucoup plus excitant et intrigant qu’un simple mélange de ces deux genres, le premier album de SYNDROME 81 est comme une vraie respiration et un authentique moment de vérité, hanté par des fantômes envahissants, loin des utopies préfabriquées ou des postures insoumises que les détracteurs du groupe ont souvent – et à tort – tendance à lui reprocher. Profondément ancré dans son environnement géographique (la ville de Brest, cette « putain de France ») et la morosité ambiante, Prisons Imaginaires n’est pourtant pas un disque larmoyant qui ne ferait que s’apitoyer sur lui-même. Au-delà de l’enfermement et de la violence sociétale, on retiendra surtout la poésie noire et viscérale d’une colère bien légitime et d’une révolte exprimée sans fioriture. Le paradoxe étant que le constat dressé est absolument terrible mais que la musique de Syndrome 81 réchauffe malgré tout les cœurs.


vendredi 24 juin 2022

[chronique express] Bleakness : Life At A Standstill

 



Ce n’est pas le premier disque de BLEAKNESS que j’écoute ou chronique ici et comme je finis toujours par arriver à la même conclusion je vais faire assez court : le groupe n’a jamais cessé de s’améliorer au fil de ses enregistrements successifs et Life At A Standstill n’échappe pas à la règle. Toujours dans la même veine post punk survitaminé, le trio arrive à composer des mélodies imparables, à donner réellement du corps et du mordant à sa musique, se montrant déterminé et tranchant, volontaire et toujours plus solide – non, jamais je ne pourrai me lasser de ces lignes de basse ni de ces motifs à la guitare ! Beaucoup plus énervé, plus agressif et plus massif que la paire Functionaly Extinct / A World To Rebuild, ce nouvel album ne replonge cependant pas tête baissée dans les racines punk du trio – même si du punk il y en a toujours –  et continue de creuser un sillon plus personnel bien que marqué stylistiquement (Rush Into The Night, tube absolu) et davantage nuancé (Nowhere To Go, en guise de conclusion parfaite au disque). Pour celles et ceux qui ont impérativement besoin de références tartes à la crème on pourrait situer Life At A Standstill quelque part entre Crisis et le Killing Joke des débuts… mais qu’importe ? Pour l’instant il s’agit tout simplement du meilleur album de Bleakness. Implacable.


mardi 2 mars 2021

Bleakness / A World To Rebuild


Commençons par un moment de vérité : j’ai appris à aimer BLEAKNESS alors qu’au départ je n’appréciais pas le groupe plus que cela. Pendant longtemps le trio coincé entre Paris et Lyon me laissait une drôle d’impression avec sa musique à la fois séduisante et revigorante mais qui pouvait aussi à la longue se révéler un peu trop lassante. Et puis le line-up s’est stabilisé avec l’arrivée de Jake à la batterie – détail amusant : Jake est un anglais et réfugié politique installé à Lyon depuis de nombreuses années maintenant et surtout il est l’un des batteurs / percussionnistes des très protéiformes Action Beat. Comme je trouvais que la batterie était l’un des points faibles de Bleakness je ne pouvais que me réjouir de son arrivée. Un problème de résolu. Merci beaucoup Jake.
Parallèlement la musique de Bleakness est devenue de moins en moins punk-rock et de plus en plus post-punk. Une évolution que le groupe revendique clairement. Et qui a éveillé en moi un intérêt grandissant. Intérêt qui s’est cristallisé autour de Functionaly Extinct,
un premier LP paru en décembre 2019 et bien supérieur au 7’ Ruined Fate (2017) et au 12’ Frozen Refuge (2018). Pourtant j’ai laissé filer toute l’année 2020 sans me décider à chroniquer cet album. J’ai fait mon gros flémard.

 


 

A World To Rebuild est le dernier des enregistrements publiés du trio et constitue la suite logique de Functionaly Extinct parce qu’il présente quatre titres mis en boite en même temps que l’album, plus deux remix. On y retrouve tout ce qui fait la force et l’intérêt de la musique de Bleakness, à commencer par les lignes de basse de Phab, résolument énormes et toujours très présentes. Ainsi que des parties de guitare ciselées comme des diamants noirs, de plus en plus fines, de plus en plus fouillées. C'est l’œuvre de Nico qui il y a très longtemps officiait au sein des immenses Amanda Woodward mais que l’on a également croisé dans Better Off Dead ou Karysun (à la batterie) et qui s’occupe du label Destructure records.
Les quatre « nouvelles » compositions d’A World To Rebuild – en fait deux titres alors tout juste terminés au moment de l’enregistrement et deux titres plus anciens et retravaillés pour l’occasion – sont des petits bijoux de post-punk dynamique et tendu, bien loin du coté chichiteux-arty de trop de groupes revivalistes bon chic bon genre. Ça transpire comme il faut et ça donne envie de danser. En particulier les deux titres de la face A lorgnent intelligemment du côté d’un Crisis, une influence ici bien digérée. Rien que l’introduction du morceau-titre me donne des frissons. Et que dire de Remedy The Unease ? C’est un vrai tube ! Mais il y a mieux. Jusqu’ici ce qui me refroidissait le plus chez Bleakness c’est le chant de Nico : trop bourrin, pas assez nuancé et pas assez fin pour être à la hauteur des aspirations post-punk du groupe. On notera donc que le chant s’améliore sur A World To Rebuild, qu’il est moins mixé en avant (du moins me semble t-il) et surtout avec quelques effets bien placés qui en atténuent la rugosité tout en en conservant le mordant. Et puis il y a toujours cette basse que j’adore et ces parties de guitare étoilées, de plus en plus soutenues.
Les deux remix inclus ne sont pas à négliger. En particulier celui de The Closing Door et sa ligne de synthé particulièrement envoutante qui habille le tout d’une magnificence à la fois glacée et irrésistible. Over And Over suit un peu le même genre de traitement mais en plus musclé : une mélodie au saxophone (puis reprise par la guitare) lance les débats et c’est une vraie vacherie tant elle reste dans la tête. Comme presque tout le disque, en fait, à l’exception de Discarded Tales que je trouve trop simpliste. A World To Rebuild permet même de réévaluer à la hausse les précédents enregistrements de Bleakness – après tout, la première version de Remedy The Unease apparait sur une cassette démo de 2018 – et surtout promet de belles et bonnes choses pour demain.



[A World To Rebuild est publié en vinyle par Destructure records et Sabotage records  – comme toujours avec Bleakness la présentation est aussi belle qu’impeccable et l’identité visuelle du groupe est immédiatement reconnaissable]