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mercredi 12 octobre 2022

[chronique express] Sinking Suns : Dark Days

 



Comme les SINKING SUNS sont des joyeux drilles ils ont décidé d’intituler leur nouveau disque Dark Days : question optimisme forcené, joie de vivre et soupe de nouilles lyophilisée cela ne se pose pas vraiment là. Mais, plus sérieusement, qui pourra leur donner tort ? Pas moi, en tous les cas, car musicalement le constat est le même et il sera difficile de contredire un groupe qui plonge tête baissée dans les eaux boueuses, sombres et malsaines héritées de ce que l’underground US des 80’s et 90’s a engendré de meilleur : le troisième album de ces petits gars du Wisconsin perpétue la longue tradition d’un noise-rock toujours puissant mais mélodique et plus d’une fois on pensera aux grands Hammerhead avec, de temps à autre, un je ne sais quoi de swamp californien (notamment certaines parties de guitare qui n’auraient pas été reniées par un East Bay Ray). Là où Bad Vibes (sorti en 2018 et encore un titre d’album top shinny) se montrait presque élégant et racé dans sa colère, Dark Days n’y va pas par quatre chemins, se montre particulièrement intraitable et se révèle être le meilleur disque à ce jour de Sinking Suns grâce à son côté plus sale, plus terrien et plus charbonneux. Ce qui n’exclut pas quelques nuances – Asleep by the Fire et sa séquelle The Invisible Sun, assurément le duo gagnant du disque, option hit-parade – d’autant plus que le bassiste/chanteur Dennis Ponozzo s’est une nouvelle fois collé à l’enregistrement et que ce type s’y connait comme personne pour faire sonner son propre groupe. Rien de tel qu’une rasade de noirceur viscérale fortement dosée pour faire mon bonheur. 

vendredi 24 juillet 2020

V/A Hot Rock Action 2020


Hot Rock Action 2020. J’avoue ressentir un certain décalage entre d’un côté le titre très rock’n’rollesque de ce 7’ compilatoire et l’artwork signé Christopher Cooper aka mister Coop et de l’autre l’année indiquée : oui nous sommes bien en 2020 et il y a longtemps que je ne m’étais pas intéressé à un disque doté d’une pochette reprenant la plupart des poncifs du genre à savoir la meuf à moitié dénudée, tatouée, à gros cul, à gros seins, en bottes montantes à talons et armée d’un schlass parce qu’il ne faut pas déconner non plus, rien de tel que la violence – quel monde de merde mais comme il est plaisant de s’en délecter lorsqu’on est un mec, tiens on se croirait dans un film de cet escroc et fumiste de Tarentino.
Voici donc un 45 tours de quatre titres, une compilation qui ne regroupe pas comme on pourrait s’y attendre des contributions venant des Cosmic Psychos, de Nashville Pussy, de Grindhouse ou des Dwarves mais des inédits de quatre groupes parmi les plus intéressants de la scène noise-rock made in U.S. actuelle. Le « 2020 » s’impose de lui-même en faisant écho à de précédents 7’ publiés par le label Reptilian records au siècle dernier tandis que les Bulls, Hoaries, Sinking Suns et Super Thief sont au programme de ce petit disque (par la taille) qui fera baver d’envie et ronronner de plaisir tous les noise addicts.

 



Face A. Dans la foulée de leur premier album Then We Die dont on parlera sans doute bientôt par ici les Bulls nous balancent un Podium sec et rapide, court et mélodique. Difficile de croire que cette formation originaire du Texas ne regroupe que des musiciens aguerris voire vétérans et non pas des jeunes gens fringants et échevelés lorsqu’on écoute cette composition de haute tenue bien que débordante de juvénilité, avec son chant clair et son approche punk qui en font un tube instantané. Juste placés derrière et également texans les Hoaries ne sont vraiment pas en reste et confirment tout le bien que je pense d’eux grâce à un Ritualized Cloning comme à leur habitude un peu étrange et subtilement dissonant, ce qui encore une fois fait tout l’intérêt de leur musique. Malgré la forte concurrence en présence Hoaries s’imposent immédiatement comme le meilleur groupe de Hot Rock Action 2020 et plus je les écoute plus j’ai hâte qu’ils nous sortent un véritable album.
On retourne le disque. La face B démarre avec les Sinking Suns (du Wisconsin, j’aime toujours autant la géographie) que l’on ne devrait plus présenter et qui avaient littéralement enthousiasmé les foules en délire grâce à Bad Vibes, un deuxième (troisième ?) album qui depuis sa parution en 2018 a provoqué quelques dégâts irrémédiables et rabattu le caquet des amateurs de pseudo noise fleurie et divertissante en quête de toujours plus de bonheur. Happy Hauting Ground est dans la même lignée que Bad Vibes, celle d’un noise-rock touffu, charpenté et accrocheur. En gros de la vraie bonne tradition toujours aussi satisfaisante et qui fait toujours autant envie, définitivement bien loin du bonheur dégueulasse mentionné ci dessus. Tout aussi traditionaliste Super Thief se fend d’un Worm In The Pill Bag typique des années AmRep et qui ne décevra pas non plus celles et ceux qui avaient découvert le groupe via son CD/compilation Rep 132. Les texans – as-tu remarqué que trois des quatre formations présentes sur Hot Rock Action 2020 sont originaires de cet état particulièrement riche en groupes improbables et désordonnés ? – clôturent ainsi un disque offrant un excellent panorama de la chose, avec une face A un brin plus arty et une face B une chouille plus classique. Mais dans tous les cas il n’y a strictement rien à jeter ici.

[Hot Rock Action 2020 est publié en vinyle vert et à 300 exemplaires par Reptilian records]

vendredi 30 novembre 2018

Sinking Suns / Bad Vibes



Ce n’est pas la peine de me le répéter encore et toujours : je sais déjà que je ne suis qu’un vil réactionnaire doublé d’un conservateur de la pire espèce. Une sorte de grosse enflure de rétrograde passéiste. Par exemple je refuse de trop m’extasier sur ce groupe tellement aventureux et tellement novateur (haha !) qu’est Idles – non, je n’ai pas dit que je ne l’aimais point, simplement je suis très loin de comprendre tout le foin hystérique et béat qu’il suscite* – tout comme je ne saurais trouver les mots précisément justes pour exprimer toutes les mauvaises pensées que génèrent en moi les imbécilités formatées et extrudées (tiens, voilà du boudin) de Dead Cross ou de Converge, ce genre de formations marketées dont le but premier semble être de vendre des baskets, des sacs-à-dos, des épinglettes et des t-shirts hors de prix à des kidettes et des kids pourri.e.s à l’envie (sic).
Le gâtisme c’est de toujours râler sur les mêmes sujets (activité que je maitrise parfaitement) mais surtout râler de plus en plus (je n’en parle même pas) ; le gâtisme c’est également porter au pinacle de l’inventivité des groupes prémâchés qui font la même chose ou presque que ce que d’autres groupes faisaient déjà il y a déjà plus de vingt ans, et presque toujours en beaucoup mieux. De ce point de vue là c’est gâtisme contre gâtisme, choisis donc le tien et profites en pour en même temps choisir ton camp, camarade, parce que c’est l’époque qui veut ça, tout ayant déjà été fait en matière de musiques. Tout ? Oui et c’est terriblement vrai. Mais ce qui l’est encore plus c’est que l’on n’a que l’âge de la musique que l’on écoute alors que la musique, elle, n’a pas d’âge (sauf celui qu’on veut bien lui donner, par conséquent cela ne compte pas, retour à la case départ).  




Et c’est ce qui m’incite alors à te parler aujourd’hui de SINKING SUNS, un trio de noise-rock (encore une fois, oui !) originaire de Madison / Wisconsin et dont le deuxième album intitulé Bad Vibes a été publié fin juillet par l’excellent label Reptilian records (de Baltimore… je le précise également à cause de mon côté « apprendre en s’amusant » et tu verras, toi aussi à force tu deviendras un jour incollable sur le géographie nord-américaine). 
Et alors donc ? Quoi de neuf ? Mais rien du tout, pardi ! Sinking Suns est l’archétype éculé et prévisible ou presque du sacro-saint trio de noise-rock typé guitare/basse/batterie – « ou presque » parce que pour une fois c’est le bassiste qui assure (magnifiquement) le chant principal et non pas le guitariste. Quelle différence ? A priori aucune sauf que chez Sinking Suns les parties de guitares sont réellement chiadées de chez chiadées, atteignant systématiquement leur but, j’en déduis que le titulaire de cet instrument du diable a pu se concentrer comme il le voulait sur ses parties pour tirer du feu riffs et mélodies imparables. Pour le reste c’est du plus que classique, à commencer par les lignes de basse d’une taille largement plus que respectables, pour ne pas écrire énormes (bonnet Z). Ce qui est la moindre des choses.
Le gros point fort du trio reste cette capacité ici jamais démentie – et beaucoup plus rare qu’on ne le pense – à savoir concilier puissance réfléchie et mélodies non aguicheuses mais implacables : Sinking Suns est une formation appartenant à la catégorie des groupes finauds qui ont parfaitement compris que ce bon vieux noise-rock à papa peut être aussi bruyant qu’il le veut et qu’il le peut, il n’en sera que plus efficace si le niveau des compositions s’élève au dessus du niveau zéro du tout à  l’égout en privilégiant l’accroche mélodique. Ajoutez à cela un bon petit côté élégamment marécageux et Sinking Suns se place derechef quelque part à la croisée d’Hammerhead et de Clockcleaner.
Bref… Je ne sais donc pas ce qu’il s’est passé en 1987 mais 1987 est également le titre introductif de Bad Vibes, un mid-tempo décidé et volontaire qui ouvre le bal d’un album qui ne connait absolument aucun coup de mou. Suivent American Steel plus Hammerhead que jamais, Zenith et The End Of All Roads (deux pépites swamp), l’ultra mélodique et tubesque Thumbsucker, le très swinguant et irrésistible Remember You Will Die (non mais quel titre !) ou Teenage Werewolf, composition la plus rock’n’roll (ahem) du lot et qui contrairement à son titre n’a pas l’air d’être une reprise des Cramps (et pourtant...). Bad Vibes est peut-être bien le disque de noise-rock de cette année 2018. Et Sinking Suns est un groupe inratable, aussi épidermique qu’intelligent. Que c’est bon d’être un vieux con.  

* mais comme je suis généreux voici un lien vers les photos très étonnantes prises par Lowlights and Decibels (prénom : Gérald) lors d’un récent concert d’Idles du côté de Lyon