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vendredi 24 juillet 2020

V/A Hot Rock Action 2020


Hot Rock Action 2020. J’avoue ressentir un certain décalage entre d’un côté le titre très rock’n’rollesque de ce 7’ compilatoire et l’artwork signé Christopher Cooper aka mister Coop et de l’autre l’année indiquée : oui nous sommes bien en 2020 et il y a longtemps que je ne m’étais pas intéressé à un disque doté d’une pochette reprenant la plupart des poncifs du genre à savoir la meuf à moitié dénudée, tatouée, à gros cul, à gros seins, en bottes montantes à talons et armée d’un schlass parce qu’il ne faut pas déconner non plus, rien de tel que la violence – quel monde de merde mais comme il est plaisant de s’en délecter lorsqu’on est un mec, tiens on se croirait dans un film de cet escroc et fumiste de Tarentino.
Voici donc un 45 tours de quatre titres, une compilation qui ne regroupe pas comme on pourrait s’y attendre des contributions venant des Cosmic Psychos, de Nashville Pussy, de Grindhouse ou des Dwarves mais des inédits de quatre groupes parmi les plus intéressants de la scène noise-rock made in U.S. actuelle. Le « 2020 » s’impose de lui-même en faisant écho à de précédents 7’ publiés par le label Reptilian records au siècle dernier tandis que les Bulls, Hoaries, Sinking Suns et Super Thief sont au programme de ce petit disque (par la taille) qui fera baver d’envie et ronronner de plaisir tous les noise addicts.

 



Face A. Dans la foulée de leur premier album Then We Die dont on parlera sans doute bientôt par ici les Bulls nous balancent un Podium sec et rapide, court et mélodique. Difficile de croire que cette formation originaire du Texas ne regroupe que des musiciens aguerris voire vétérans et non pas des jeunes gens fringants et échevelés lorsqu’on écoute cette composition de haute tenue bien que débordante de juvénilité, avec son chant clair et son approche punk qui en font un tube instantané. Juste placés derrière et également texans les Hoaries ne sont vraiment pas en reste et confirment tout le bien que je pense d’eux grâce à un Ritualized Cloning comme à leur habitude un peu étrange et subtilement dissonant, ce qui encore une fois fait tout l’intérêt de leur musique. Malgré la forte concurrence en présence Hoaries s’imposent immédiatement comme le meilleur groupe de Hot Rock Action 2020 et plus je les écoute plus j’ai hâte qu’ils nous sortent un véritable album.
On retourne le disque. La face B démarre avec les Sinking Suns (du Wisconsin, j’aime toujours autant la géographie) que l’on ne devrait plus présenter et qui avaient littéralement enthousiasmé les foules en délire grâce à Bad Vibes, un deuxième (troisième ?) album qui depuis sa parution en 2018 a provoqué quelques dégâts irrémédiables et rabattu le caquet des amateurs de pseudo noise fleurie et divertissante en quête de toujours plus de bonheur. Happy Hauting Ground est dans la même lignée que Bad Vibes, celle d’un noise-rock touffu, charpenté et accrocheur. En gros de la vraie bonne tradition toujours aussi satisfaisante et qui fait toujours autant envie, définitivement bien loin du bonheur dégueulasse mentionné ci dessus. Tout aussi traditionaliste Super Thief se fend d’un Worm In The Pill Bag typique des années AmRep et qui ne décevra pas non plus celles et ceux qui avaient découvert le groupe via son CD/compilation Rep 132. Les texans – as-tu remarqué que trois des quatre formations présentes sur Hot Rock Action 2020 sont originaires de cet état particulièrement riche en groupes improbables et désordonnés ? – clôturent ainsi un disque offrant un excellent panorama de la chose, avec une face A un brin plus arty et une face B une chouille plus classique. Mais dans tous les cas il n’y a strictement rien à jeter ici.

[Hot Rock Action 2020 est publié en vinyle vert et à 300 exemplaires par Reptilian records]

mercredi 2 janvier 2019

Super Thief / Rep – 132






Pour bien commencer cette formidable année 2019 et parce que je déteste toujours autant le changement, la nouveauté, le progrès et même (des fois) l’avenir je n’ai rien trouvé de mieux que de chroniquer un groupe qui reprend le flambeau de ce bon vieux noise-rock 90’s si cher à mon cœur pétrifié et sclérosé. L’objet d’étude du jour s’appelle SUPER THIEF c’est à dire quatre petits gars originaires d’Austin / Texas et je ne voudrais pas faire mon malin mais cela s’entend absolument à l’écoute de Rep – 132. Le disque n’est qu’un vulgaire CD publié par Reptilian records (l’un de mes labels U.S. préférés du moment) et qui compile Stuck, une cassette autoproduite par Super Thief en 2017 puis le mini album Eating Alone In My Car publié lui en 2018 et en vinyle par Learning Curve records (un autre de mes labels américains préférés).

Rep – 132 suit la chronologique des enregistrements et j’aime ça, ce respect inflexible et méthodique de l’ordre immuablement établi : I Don’t Know About You Or Your Band démarre le programme de la façon la plus alléchante qui soit, et pas seulement à cause de son titre chargé de toute cette ironie mordante qui me ravira toujours mais surtout parce que dès les premières mesures Super Thief plante le décor d’un noise-rock charpenté et vigoureux, rapide et incisif, finalement assez punk dégraissé et vicelard (culminant avec le tubesque Scrape The Paint).
Pas besoin donc d’être un musicologue averti de la presse musicale écrite pour affirmer que les origines texanes du groupe peuvent aisément se deviner rien qu’en écoutant sa musique et l’inévitable référence aux formations historiques du label Trance Syndicate s’impose d’elle-même tout au long des dix titres plutôt courts mais toujours efficaces de Stuck. Il n’y a évidemment rien de totalement bouleversant ici mais il reste le plaisir d’écouter une musique de joyeux barbares qui aiment les lignes de basse en forme d’étrons soniques bien moulés, les guitares tranchantes, le chant braillé et le bordel en ébullition. Moi cela me va parfaitement et je suis très étonné que Stuck n’ait à l’origine été publié qu’en cassette puisque la qualité sonore et le niveau de composition sont bel et bien là… Voilà donc une réédition qui répare cette erreur bien qu’une version vinyle eut été encore plus appropriée.

Par contre, en parlant d’erreur, il semble bien qu’il y en ait une grosse lorsqu’on aborde les cinq derniers titres de Rep – 132 et constituant initialement le 12’ Eating Alone In My Car. Erreur de manipulation de l’usine de pressage ou erreur de mastering en studio je n’en sais absolument rien mais le niveau sonore chute drastiquement, ce qui oblige à monter le son du lecteur. Et encore… en plus d’avoir un niveau tout chétif, le son est riquiqui et souffreteux, dominé par des aigus et des médiums raplaplas au détriment des basses. Non seulement il est nécessaire de monter le volume de l’ampli mais il convient également de tenter de régler la qualité de ce qui en sort ; une fois l’opération terminée on peut enfin goûter un peu plus sereinement à Eating Alone In My Car et découvrir tous les progrès que Super Thief a effectués en une seule année.
Les compositions de Eating Alone In My Car sont plus abouties et ont gagné en côté noise ce qu’elles ont perdu en punk (à l’exception du jubilatoire et bref Woodchipper), Super Thief élargissant enfin son propos (Gone Country et Eating Alone In My Car) et n’hésitant plus à prendre son temps et quelques risques en même temps (la lente descente aux enfers puis l’agonie de You Play It Like A Joke But I Know You Really Mean It). Ce n’est toujours pas révolutionnaire ni novateur mais ça a beaucoup plus de gueule et de caractère, suffisamment pour que je me mette à guetter la suite des aventures du groupe. Un dernier détail… la photo de Rep – 132 représente l’écran d’un téléphone faisant une vidéo de chien ce qui fait dix points de vie supplémentaires à l’actif de Super Thief – pas pour le téléphone mais pour la truffe du chien, évidemment.