Conseil d'utilisation : ceci n'est qu'un blog. Mais sa présentation et sa mise en page sont conçues pour qu'il soit consulté sur un écran de taille raisonnablement grande et non pas sur celui d'un ego-téléphone pendant un trajet dans les transports en commun ou une pause aux chiottes. Le plus important restant évidemment d'écouter de la musique. CONTACT, etc. en écrivant à hazam@riseup.net

Affichage des articles dont le libellé est Echo Canyon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Echo Canyon. Afficher tous les articles

vendredi 7 janvier 2022

[chronique express] Futurat : Incinerat







FUTURAT est un trio de Saint-Pétersbourg rencontré par Julien du label Echo Canyon records lors d’une tournée dans les pays de l’Est de l’un ses anciens groupes (Baton Rouge ?). Et ils ont sympathisé. On parle d’une formation classique de garage/punk dopé à la fuzz à tous les étages, rien de révolutionnaire camarade mais la tradition électrique dans toute sa simplicité et toute son efficacité viscérale. Il faut bien avouer que le support cassette et sa qualité de restitution délicieusement limitée sont particulièrement idéals pour écouter Incinerat et ses six pépites de garage endiablé, noisy et légèrement poisseux. Une guitare qui vrille, un chant nasillard très typique mais qui arrive à surprendre car jamais trop systématique, une basse qui tabasse dans tous les coins, une batterie qui pulse, toutes les cases sont cochées. Sans oublier une fraîcheur hyper communicative, un allant jamais démenti et – surtout – des compositions efficaces et parfaitement calées. Incinerat c’est un bon gros assemblage incendiaire d’explosivité tendue, sans aucune trace de légèreté dégoulinante, sans sucres ajoutés ni agents chimiques de saveur. Avec juste ce qu’il faut de chaleur crade pour ne pas se laisser bouffer par l’obscurité ambiante. A l’ancienne et ça fait du bien.



mardi 2 novembre 2021

Elastic Heads : self titled

 




Retour en 2018. Charles Rowell – moitié du noyau dur de Crocodiles mais avant ça membre de The Plot To Blow Up The Eiffel Tower et de Some Girls – a trainé quelques mois à Lyon… je ne sais pas ce qu’un tel bonhomme originaire de San Diego en Californie pouvait bien foutre par ici mais je sais qu’un vrai musicien, où qu’il se trouve, restera toujours un musicien et Rowell, peut-être pour tromper l’ennui, peut-être parce qu’il a eu une poussée conséquente d’inspiration (je ne sais pas non plus) a alors composé une grosse poignée de chansons. Pour mettre en forme celles-ci, les arranger, les enregistrer et les interpréter devant un public averti lors d’un seul et unique concert, il s’est accoquiné avec trois autres musiciens, tous locaux et issus – entre beaucoup d’autres choses – de The Horsebites : Flo à la guitare lead, Antoine à la basse et l’incontournable Lester à la batterie… le groupe s’est appelé ELASTIC HEADS.
Une existence éphémère et plutôt confidentielle, un enregistrement perdu au beau milieu d’un disque dur pourrissant : il n’en a pas fallu beaucoup plus pour éveiller la curiosité et l’intérêt de Julien du label lyonnais Echo Canyon. Quelques années passées à macérer sur un support numérique n’arrangent pas forcément les choses mais après restauration des prises originales effectuées au Magnétique Audio (le studio monté par JP Marsal, ex 202project) puis un mixage et un mastering en bonne et due forme par Bruno Germain (à qui l’on doit tellement d’enregistrements de groupes du coin) l’unique album d’Elastic Heads est enfin devenu une réalité et surtout est désormais disponible en vinyle.
Et quel disque ! Difficile d’en croire ses oreilles tellement les huit compositions présentes ici – sept dont un instrumental sont signées Charles Rowell, la huitième, non moins excellente, a été écrite par Antoine – possèdent ce caractère d’immédiateté propres aux grands enregistrements. Je n’exagère pas : tout de suite il se dégage du disque quelque chose d’incroyable. Le songwriting est de haut vol, l’interprétation vive et enthousiaste, le son garage mais lumineux et, surtout, l’urgence ne fait jamais défaut à un disque qui manie la mélodie sans jamais appuyer sur les mauvais boutons et qui tutoie régulièrement les sommets.
Essayons de faire plaisir aux entomologistes un rien chipoteurs et classons, mais ce ne sera pas définitif, Elastic Heads quelque part entre la limpidité punk des tout premiers essais des Misfits (ceux qui ont tardivement été édités sur l’album Static Age) mais surtout les Wipers et les Hot Snakes, pour le côté enlevé, trépignant et toujours d’une très grande classe.  Mais le groupe fait particulièrement des merveilles lorsqu’il aborde le virage du mid-tempo : Pass Over restera le tube incontournable du disque avec ses faux airs nonchalants, sa ligne de chant parfaite, ses guitares ciselées et sa partie finale irrésistible et entêtante. L’histoire pourrait définitivement s’arrêter là mais il se murmure désormais que le groupe va reprendre un peu du service et effectuer quelques dates – le 23 novembre à Paris, le 24 à Lyon, le 25 à Besançon et le 26 à Montbéliard – pour ainsi honorer un disque qui mérite plus que tout de l’être. Ne me dites pas que je rêve encore…

[Elastic Heads est publié en vinyle rouge transparent et à 200 exemplaires seulement par Echo Canyon : une fois de plus avec ce label l’artwork et la présentation sont impeccables – l’illustration de la pochette est signée Jonatan Florez avec, me semble-t-il, quelques bouts de Magritte dedans]

 

lundi 1 février 2021

Contractions - The Horsebites / split

 

Voici sans aucun doute possible le plus bel objet de ce début d’année : un 12’ réunissant deux groupes de Lyon avec les Contractions et The Horsebites. Normalement lorsque on parle de split on évoque successivement les deux faces du disque, chaque formation s’en octroyant une, mais dans le cas de ce très (très) beau disque les contributions des deux groupes s’enchainent sur la première face et s’il en est ainsi c’est parce que la seconde est non gravée, entièrement sérigraphiée et qu’en plus le vinyle en lui-même est transparent. La sérigraphie est donc visible des deux côtés, avec un dessin signé Rick Froberg (Pitchfork, Drive Like Jehu, Hot Snakes et Obits, une vraie légende à lui tout seul). La grande classe.
Même en me creusant un peu la tête je n’ai pas trouvé beaucoup d’exemples comparables mis à part celui de More Vultures, Hyenas And Coyotes, un 12’ publié en 2007 par un autre groupe de Lyon : SoCRaTeS. Mais présentement le concept est poussé encore plus loin, le vinyle des Horsebites et des Contractions étant emballé dans une pochette elle aussi transparente et uniquement agrémentée d’un obi double face très élégant. Cet objet de désir profondément fétichiste a été publié grâce aux efforts conjoints d’Echo Canyon records et de Dangerhouse Skylab. Quant à la sérigraphie, elle a été façonnée par les petites mains délicates de la fine équipe de No Sun No Media.

 


 

Mais parlons un peu musique. Parce qu’un beau disque c’est bien mais un bon disque c’est tellement mieux. Et là aussi il n’y a vraiment rien à en redire. Ce sont les CONTRACTIONS qui ouvrent le bal avec un Qu’On N’en Parle Plus d’excellente facture et dans la lignée directe de leur premier album Demain Est Annulé. On y retrouve cette énergie quasi juvénile entre punk franc et direct et pop garagiste, le tout accompagné d’une belle fougue existentielle et de textes toujours aussi sensibles. Ecouter une telle musique fait vraiment du bien tout comme elle peut inciter à la rage, celle contre l’interdiction actuelle des concerts pour raisons sanitaires. Car Qu’On N’en Parle Plus donne surtout envie de voir les Contractions en live, de se trémousser, de transpirer et de postillonner sans retenue. Oui je rumine (et je fulmine). Le deuxième titre proposé par le groupe est une sacrée surprise et pas uniquement parce qu’il s’agit d’une reprise de Marie Et Les Garçons : A Bout De Souffle va réellement comme un gant aux Contractions et on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une de leurs propres compositions…
THE HORSEBITES prennent ensuite la relève. Eux aussi ont déjà un premier (et excellent) album au compteur et leur garage aristocratique mi-poppy mi-noisy sent bon la vieille tourbe et la maturation décennale en fûts de chêne. Si on a déjà écouté Shadows on ne sera donc pris au dépourvu ni par le tubesque Kimmy ni par Party Boy et son allure de bombardier en mode aéroglisseur. Deux titres qui confirment tout le savoir-faire un rien désinvolte mais néanmoins consciencieux de The Horsebites, un groupe qui lui aussi incite fortement à partager sa salive avec sa voisine ou son voisin. 


 

 

 

lundi 6 avril 2020

Faux Départ / Vie Ordinaire


Bon, je vais dire toute la vérité et rien que la vérité : j’ai d’abord acheté ce disque pour sa pochette. Instinctivement, comme lorsque j’étais gamin et que j’hésitais longuement devant les bacs de vinyles parce que je n’avais assez d’argent que pour acheter un seul disque. Et je me rappelle que c’était aussi stupide que rigolo et, finalement, excitant : OK, celui-ci est sorti sur un label que je connais un peu, enfin je crois… sur les notes de la pochette de celui-là les remerciements mentionnent un autre groupe que j’aime bien… ah ! j’ai déjà entendu parler du studio et du type qui a enregistré ce disque… et puis aussi : les mecs ont l’air trop cools sur la photo du verso… ou alors, lorsque l’indécision était à son comble : cette pochette est terrible, il faut absolument que j’achète ce disque. Fin de l’argumentaire. 




Evidemment que je mens. C’est juste que je ne savais pas trop comment commencer cette chronique mais que je voulais absolument parler de cet artwork, justement un collage/bidouillage d’images qui il y a de nombreuses années m’aurait immédiatement incité à acheter à l’aveugle (si je puis dire) ou à voler sans scrupules Vie Ordinaire, deuxième album de
Faux Départ. Maintenant je suis beaucoup plus vieux, beaucoup plus prudent et les internets ont fait le reste, permettant d’écouter à la louche, pour le pire* comme pour le meilleur, toute la musique que l’on veut. Du coup les fantasmes sur les pochettes de disques sont devenus plus ou moins anachroniques ou réservés aux fétichistes. Alors disons simplement que je viens de me faire mon petit plaisir rétro-nostalgique du soir.
Les Faux Départ savent où ils vont, eux. Dès l’effréné Merci Pour Vos Services le trio éclate allégrement les limites d’un punk rock basiquement agressif et droit au but tout en ne s’embarrassant jamais de décorations superflues et en continuant de faire aveuglement confiance à la sainte troïka guitare/basse/batterie. Le trio pratique l’aiguisé, l’incisif et le rapide et outre l’énergie déployée à grands renforts de rythmiques débridées, le côté mélodique est une autre constante obsessionnelle chez Faux Départ avec des lignes de chant qui ne sont pas simplement braillées et toujours un peu étrangement – mais instantanément – convaincantes, sans oublier, ça et là, des chœurs particulièrement bien posés (comme sur le formidable Fantôme ou sur le tube Vie Ordinaire, seul titre un peu lent de l’album).
Toujours dans le registre de l’étrangeté certains sons de guitare stridulent et vrillent méchamment, ricochets millimétrés à la surface d’une surface trop lisse et qu’il faut absolument défoncer, avec hargne et précision (le final de Cœur d’Acier). Une précision qui n’est pas sans me faire penser aux décharges d’adrénaline d’un Uranium Club qui aurait suffisamment fait preuve de lucidité pour se contenter de sa petite recette miracle et s’en tenir à ses deux premiers albums avant d’avoir la bonne idée de splitter. La comparaison est peut-être osée et la barre placée très haut mais écoute un peu
Le Casse ou l’introduction de Désertion pour t’en convaincre. Les neuf compositions de Vie Ordinaire défilent alors à toute allure et en à peine vingt minutes, oui c’est court mais c’est largement suffisant ou plutôt c’est assez pour être convaincu par la rage et l’implication bondissantes des trois Faux DépartVie Ordinaire déborde littéralement de qualités et devient rapidement addictif – sans oublier les textes à la fois aussi déterminés, acharnés, signifiants ou subtils que la musique. Que dire de plus ?

[Vie Ordinaire est publié en vinyle par Colilla discos, Destructure, Echo Canyon Records, Les Chœurs de l’Ennui, Mutant records et Tocsin]

* le pire : inutile de prendre le risque d’engraisser Rob Stringer, Leonard Blavatnik, la famille Bolloré, Jeff Bezos ou les héritiers de Steve Jobs

lundi 23 décembre 2019

Contractions / Demain Est Annulé


Je crois que je n’ai pas eu beaucoup de chance sur ce coup là. D’abord je n’ai vu CONTRACTIONS qu’une seule fois en concert, alors qu’il s’agit d’un groupe du coin (entre Lyon et Besançon) et qu’il joue relativement souvent dans les caves des bars et autres salles fréquentables de la ville. Ensuite, lors de cette seule et unique fois, j’ai été un peu désappointé. Bien sûr j’ai été séduit par le côté pop-punk de la musique du groupe, par son allant, sa fraîcheur, par son côté juvénile et volontaire (comme c’est exactement ce que j’attendais de sa part il m’était impossible d’être déçu).
A ce moment là Contractions n’avait enregistré qu’une première démo que j’ai également trouvée peu satisfaisante. Sur cette démo et en concert je trouvais qu’il manquait quelque chose à la musique du groupe. Quelque chose mais pas forcément énormément non plus. Ils étaient alors trois sur scène comme sur la démo : un batteur que je ne connaissais pas, un chanteur/guitariste issu de Daïtro, de 12XU et de Baton Rouge et un bassiste* jouant habituellement de la guitare avec Whoresnation (dont la musique n’a strictement rien à voir du tout avec celle de Contractions et c’était plutôt amusant de le voir jouer avec un nouveau groupe). 






C’est en écoutant le premier album intitulé Demain Est Annulé que j’ai rapidement compris ce qui m’avait alors manqué chez le trio et dans sa musique. Je l’ai compris en découvrant un disque enregistré par une formation désormais composée de quatre personnes, grâce à l’adjonction d’un second guitariste. Il n’en fallait pas plus mais c’était nécessaire pour donner le surplus d’épaisseur et de consistance à une musique d’apparence légère – d’autant plus que cet autre guitariste s’occupe également des backing vocals et que le résultat est très réussi. Plus d’ossature et plus de cuirasse mais pas de trop. Une énergie plus soutenue. Et toujours des compositions résolument mélodiques, avec une influence à aller chercher du côté des Buzzcocks (peut-être) et parfois même avec un côté 60’s délicieux sans être niais, comme l’association du punk avec une pop vénère et un soupçon épicé de garage – parfaitement aéré le garage, pas un truc humide et enterré sous une maison middle class dans une banlieue triste et morose. Légèreté et énergie. Mélodies et conviction. Apreté et couleurs.
Et profondeur. Ce n’est pas pour rien que ce disque s’intitule Demain Est Annulé (il s’agit également du titre qui clôture magnifiquement la première face du disque). Les textes en français permettent de retrouver tout le sens poétique et finement social de Julien qui avec Baton Rouge nous avait déjà habitués à cette alchimie ténue et équilibrée entre petites histoires personnelles, déambulations urbaines et constats amers mais pas défaitistes sur ce monde. Enfant de l’emo et du scremo, l’auteur de ces textes a gardé ses convictions, son engagement, son sens de la persuasion et sa sensibilité marquée mais leur donne désormais une dimension toujours plus personnelle. Que ce soit du aux différents passages de la vie ou pas en fait je m’en fous un peu, mais lorsque j’entends (et lis) des mots tels que « Partir pour une vie à l’usine, le fallait il vraiment ? / Avoir été là au même moment, le bon moment ? / Pour les regrets je ne saurai jamais » je me peux pas faire autrement que d’être profondément touché.

[Demain Est Annulé est pressé dans un beau vinyle acide et fleuri couleur citron et citron vert, Julien du label Echo Canyon et guitariste/chanteur de Contractions a assuré la réalisation de la pochette avec son goût habituel pour les présentations extrêmement soignées et le disque a été publié par Adagio 830 ainsi que PurePainSugar, label lyonnais pour l’occasion ressuscité, ce qui en dehors d’être une petite surprise est surtout un bel hommage et un chouette témoignage d’amitié de la part du groupe… oui, ce genre de choses peuvent fonctionner dans les deux sens mais les intéressés en parleraient sans doute bien mieux que moi]

* c’est un autre bassiste que l’on peut en fait entendre sur cette démo

lundi 25 février 2019

Monplaisir / The Agreement





C’est suffisamment rare pour être signalé : lorsqu’en 2016 MONPLAISIR a commencé à diffuser sa première démo, le groupe lyonnais ne se doutait sûrement pas que celle-ci allait susciter beaucoup d’engouement, à tel point qu’Echo Canyon records a alors décidé de la publier en vinyle. Le label (basé à Lyon également) n’aurait pas pu être plus inspiré en agissant de la sorte, ce premier enregistrement sonnant magnifiquement (je veux dire qu’il laisse échapper une vérité sincère), surtout lorsqu’on songe qu’il a été effectué à l’aide d’une poignée de micros lors d’une répétition du groupe. Comme une sorte de petit miracle, les miracles en musique faisant les plus beaux disques. Mais il fallait aussi aller de l’avant et pour leur premier véritable album les quatre garçons de Monplaisir ont pris cette fois-ci les chemins d’un vrai studio où pendant trois jours seulement ils ont enregistré The Agreement, le titre du disque faisant référence aux longues discussions entre les musiciens au sujet de la voie à suivre pour donner corps à leur musique et pour réussir à l’enregistrer. Qu’il y ait eu des débats presque sans fin au sein de Monplaisir je veux bien le croire mais je ne les entends pas lorsque j’écoute le disque.

The Agreement est d’une homogénéité merveilleuse, de celle qui révèle moult petits détails, des finesses d’arrangement, des trouvailles de composition pour donner un album plein de caractère. La démo de 2016 n’était donc pas qu’un one-shot de circonstance ou un hasard bienheureux. Et The Agreement permet à Monplaisir de poursuivre sur la lancée d’un rock indé et noisy : la référence au Sonic Youth de la fin des années 90 et de la première moitié des années 2000 s’impose, de même que la référence aux albums solo si réussis de Thurston Moore, The Best Day et Rock’n’roll Consciousness. Tout ça pourrait sembler bien lourd à porter pour des musiciens ayant choisi comme nom de groupe le nom d’un quartier lyonnais tendance baptou/middle class et dont le gros défaut serait d’être de vrais fans de musique. Mais l’intelligence musicale soit on en a, soit on n’en a pas et dans le cas de Monplaisir je peux affirmer que le groupe en a plus qu’à revendre, je parle de cette intelligence qui exclut ni l’à-propos ni la sensibilité. Ce n’est pas tout de s’inspirer, encore faut il avoir de la personnalité et savoir comment aller au delà de ce que l’on connait déjà tout en se l’appropriant (éternel débat en ces temps où d’aucuns affirment que tout a déjà été fait en matière de création musicale et que c’était forcément mieux avantMonplaisir nous démontre fort heureusement que non).
Ce qui me pousse à penser que la plupart des pistes de The Agreement ont été enregistrées en prise directe avec les membres du groupe jouant tous en même temps, il y a à la fois trop de cohésion et trop de palpitation (et donc de vie) dans ces enregistrements pour qu’il puisse en être autrement. Que The Agreement sonne mieux que son prédécesseur n’est pas réellement une surprise mais il reste de la même nature que celui-ci parce que ce nouvel enregistrement continue de développer une façon de faire franche et compacte qui laisse malgré tout toute sa place à la rêverie noisy : sans être trop dense ni trop resserré le son reste ferme, presque débordant de fierté, tout en ménageant suffisamment d’espace entre chaque instrument, ce qui est un argument de poids en faveur de la pratique subtilement dentelière et sonique des deux guitares mais également en faveur de la basse, encore plus présente. Seule la voix est parfois trop appuyée dans le mix et a bénéficié d’un traitement de faveur : on peut lire quelque part dans les notes du livret que le chant a en fait été doublé et si son côté plus affirmé et moins vaporeux peut interpeler au départ, on finit vite par se laisser faire par son insistance.

Et puis, pour parler encore une fois de miracle, il y a cette ultime composition, Hey John, qui clôture le disque du haut de ses dix neuf minutes. Les autres titres du disque sont beaucoup plus courts, ramassés et quelques uns tentent même de respecter le format des pop songs, ce qui renforce leur efficacité formelle et mélodique – mais je ne devrais pas parler d’efficacité ou même d’efficience parce que celle-ci est fort heureusement contrebalancée par le côté mélancolique et aérien qui se dégage aussi de l’écriture du groupe. Mais en ce qui concerne Hey John les quatre Monplaisir ont décidé de se lâcher un peu plus question grandes traversées et accidents atmosphériques : Hey John est une composition presque entièrement instrumentale et c’est la seule de tout The Agreement, un album où pourtant les textes me semblent revêtir une importance certaine j'écris « presque » parce que le chant y est rare, il n’apparait que tardivement et, pour une fois, il reste inintelligible. Mais Hey John n’en est pas moins signifiante que les sept autres compositions du disque. Je ne saurais parler avec justesse des circonstances exactes de l’enregistrement de ce qui pourrait bien être la pièce maitresse de The Agreement mais Hey John fait partie de ces musiques qui vont au delà des certitudes et des évidences en se déroulant lentement, en s’élevant au dessus des contraintes tout en libérant les sens. Si des fois il arrive qu’une musique nous parle plus que d’autres et que l’on ait même le sentiment qu’elle nous parle à nous seuls, il est bien plus rare que l’on ressente l’envie de lui répondre, d’une façon ou d’une autre. Et si j’osais je rajouterais que voilà la « raison d’être » de tout chroniqueur de disques. Merci.

[The Agreement est publié en vinyle par Echo Canyon et Adagio 830 ; il s’agit d’un tirage limité à 350 exemplaires : chaque copie du disque est accompagnée d’un livret numéroté à la main et comprenant notes, paroles des chansons et photos]

mardi 24 juillet 2018

The Eye Of Time [23/07/2018]






Avant de crever définitivement de chaud au beau milieu d’une ville terrassée par la canicule, un concert à la cool et en extérieur avec THE EYE OF TIME c’est-à-dire le projet solo d’un ancien membre d’Aussitôt Mort.

Attendre que le soleil se couche et illumine une dernière fois les façades des immeubles et les arbres de la place Raspail dans le 7ème arrondissement de Lyon, s’installer dans l’herbe pour écouter cette belle musique, fermer les yeux et gouter aussi aux mélanges impromptus entre les notes de piano, les cris des enfants jouant dans le parc et la circulation de plus en plus vacillante des voitures sur les quais du Rhône à proximité. La nuit qui tombe.