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mercredi 14 décembre 2022

DUG : Pain Machine

 




C’est écrit tel quel dans la chronique de 35 : 35, le tout premier album de DUG qui avait fini par me persuader durablement de tous ses bienfaits et par m’avoir à l’usure. A force d’écoutes, n’importe quand ou presque, dans toutes les positions et même en faisant parfois n’importe quoi d’autre. Un vrai travail de sape dont je me suis demandé si je n’en subissais pas encore les conséquences urticantes, plus d’une année après, en découvrant le deuxième LP du duo – Pain Machine a été publié au Printemps dernier et également chez The Ghost Is Clear. Certes mis en confiance dès le départ par un nom d’album des plus alléchants, il ne m’a cette fois pas fallu plus d’une seule écoute pour tomber amoureux d’un enregistrement pourtant encore plus difficile et plus obtus que son prédécesseur.
Apparemment rien n’a vraiment changé. DUG c’est toujours le binoclard Travis Kuhlman (ex-Buildings) à la batterie pachydermique, à la voix et aux effets sonores ainsi que Mike Baillie à la guitare, au chant et aux samples. Une musique ultra lourde, grésillante quand ça lui prend, sans volonté précisément narrative, souvent déconstruite à l’envie – pas de couplet/refrain/gnagnagna – et presque expérimentale, qui joue avec les sensations d’inconfort et d’irritation, qui ne peut être écoutée que très, très, fort. Une musique tellement sombre, oppressante et anxiogène qu’elle en devient maléfique, complètement addictive, pouvant flirter avec l’atroce et en même temps exercer une fascination assez déplacée.
Sauf qu’à la différence de 35 : 35, tout semble évident avec Pain Machine. Immédiat. Y compris lorsque le duo décide d’arrêter un titre en plein milieu et de l’achever à coups d’empilements de textures improbables ou de motifs rythmiques répétitifs et décharnés. Ou d’inclure un passage à peine marqué par des sifflements lointains avant que ne débaroule un grand fracas percussif. Comment magnifier l’attraction irréversible d’un trou noir et souligner toujours davantage le nihilisme d’une musique qui n’a rien pour séduire et dont cela n’a de toute façon jamais été le but. Il sera possible de se raccrocher à quelques riffs charcutiers (le début de Death Bell) ou a quelques passages un peu plus balisés que la moyenne (Sulk) qui permettront de se sentir à peu près rassuré et sain et sauf en rangeant, faut de mieux, DUG dans la catégorie des groupes de doom-sludge – la lourdeur et la crasse en même temps. Alors on reprendra son souffle sur le final de Tear Out The Mind dont il se dégagerait presque une sorte de poésie sombrement lumineuse… d’ailleurs il était temps puisque c’est déjà la fin du disque, aussi mystérieuse que possible.
On pourrait donc également affirmer, comme souvent dans ce genre de cas, que Pain Machine c’est 35 :35 en beaucoup mieux parce qu’en plus efficace et en plus pertinent. Alors qu’en fait, me semble-t-il, DUG n’a pas tant cherché à s’améliorer mais que le duo est simplement allé encore plus loin dans ses idées mortifères et sa volonté de déconstruction (destruction ?). J’ai déjà employé le terme de nihiliste dans cette chronique et je ne pourrai définitivement pas trouver mieux. Et, n’en déplaise à ce cher Friedrich Wilhem N., avec un disque tel que Pain Machine et une musique telle que celle de DUG, la vie n’est que pure terreur.