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lundi 17 octobre 2022

Unnom + Æthereal Arthropod + Rose Mercie @Grrrnd Zero [13/10/2022]

 



Après plusieurs semaines sans y avoir montré le bout de mon nez, retour à Grrrnd Zero pour découvrir Unnom, sa musique électronique et chantée balançant finement entre pop et expé et surtout pour voir les Rose Mercie dont le deuxième album ¿ Kieres Agua ? est l’un des plus personnels que j’ai écoutés ces derniers mois (ces dernières années ?).
Le concert du groupe a été à l’image du disque : généreux, émouvant, drôle, fort – un vrai beau moment. Par contre Æthereal Arthropod dont la musique ne serait pas pour me déplaire s’est enlisé dans trop de redites et de facilités et surtout un
timing allongé pas vraiment nécessaire, au risque de déséquilibrer toute la soirée.









































































































jeudi 12 mai 2022

Rose Mercie : ¿ Kieres Agua ?

 



En septembre 1979 Ari Up, Viv Albertine et Palmolive apparaissaient à moitié nues et couvertes de boue sur la pochette de Cut, le premier album des Slits. Leur message était des plus essentiels : nos corps nous appartiennent et nous en faisons ce que nous voulons. Contrairement à ce que l’on pense souvent, la révolution punk n’a pas été épargnée par le sexisme, le machisme, les injonctions patriarcales et le virilisme – on peut relire De Fringues, De Musique Et De Mecs de cette même Viv Albertine ainsi que, dans le domaine des musiques et pratiques expérimentales, Art Sexe Musique de Cosey Fanni-Tutty où la musicienne, artiste et performeuse met en parallèle son art pornographique et sa lutte permanente pour se réapproprier son corps et garder ses droits à en disposer. Il y a quarante ans, pour une femme, se mettre volontairement à poil sur la pochette d’un disque était vécu comme une provocation et c’est encore le cas aujourd’hui. Pourtant la provocation n’existe réellement que dans le regard porté par celui – et des fois également par celle – qui crie au scandale et à l’immoralité. Et on ne parlera même pas de toutes ces pochettes de disques où des corps de femmes sont étalés comme des objets pour mettre en valeur l’Homme Dominant car car elles sont complètement hors de propos.
ROSE MERCIE, formation de quatre musiciennes et amies de longue date, vient de publier son deuxième album, ¿ Kieres Agua ?. Sa pochette est de celles que l’on remarque : Inès Di Folco, Louann Djian, Charlotte Kouklia et Michèle Santoyo y apparaissent entièrement nues, évoquant les esprits, dansant au milieu de flammes semblant parfois sortir de leurs corps et les entourant d’une aura mystérieuse et protectrice (peut-être) mais surtout d’une force sûre d’elle-même. On ne voit jamais de pochettes de disque aussi revendicatrices que celle-ci et qui n’ont pas recours non plus à la brutalité, la violence ou l’agression. Une pochette qui nous dit simplement « le feu c’est nous, il est en nous, autour de nous et avec nous » pour un disque qui, avec beaucoup d’humour, nous demande également si on a besoin d’eau pour éventuellement éteindre l’incendie de notre indignation (¿ Kieres Agua ? ou plutôt « ¿ quieres agua ? » se traduisant par « est-ce que tu veux de l’eau » ?). Si tu as trop chaud en regardant ces joyeuses sorcières modernes en plein sabbat musical c’est donc, encore une fois, ton problème et effectivement tu as grandement besoin de te rafraichir les idées, ton mental dominateur et tout le reste.
¿ Kieres Agua ? a été partiellement composé au Mexique – l’une des musiciennes est originaire de ce pays –, au bord de la Méditerranée et en banlieue parisienne et les textes se partagent entre espagnol, français et anglais mais la musique de Rose Mercie est de nulle part, appartenant à une vaste nébuleuse entre post-punk et pop, refusant également de délimiter et trop définir son langage propre. Toujours en équilibre, funambule et délicatement volontaire, intime, le disque dévoile un nuancier qui tient autant de la force que de la douceur et rend complètement obsolète ce type de classifications archétypales et dichotomiques. On s’épargnera donc les qualificatifs douteux et réactionnaires propres aux rock-critics du siècle dernier : ¿ Kieres Agua ? est ni « un disque de filles qui font comme les mecs » ni un disque de « filles sensibles mais trop sympas » (on remarquera d’ailleurs qu’à l’inverse, s’il s’était agi d’un disque d’hommes ou de garçons, la question ne se serait même pas posée). Parfois le ton monte, mais toujours sans aucune dureté et avec une fantaisie espiègle d’autant plus impertinente que ça appuie là où il faut – Chais Pas et ses trop de garçons qui se ressemblent tous – ou évoquant quelques sortilèges d’une telle évidence naturelle qu’il n’y a rien à comprendre de plus – Witching et son refus de la dualité du bien et du mal.
Les instruments passent de main en main, plusieurs voix se font entendre, parfois en même temps (comment ne pas penser aux mélodies de chant d’une Verity Susman ?) et s’il fallait parler de magie et de charmes, ce seraient d’abord ceux d’un disque engagé à sa façon unique et personnelle mais décidée et positive et qui, si tu ne l’écoutes pas comme il devrait l’être, en toute simplicité et en toute honnêteté, te renverra à ton propre enfermement et à tes préjugés. Les histoires racontées par ¿ Kieres Agua ? n’ont rien d’édifiant, elles sont uniquement pleines de vérités et il n’est vraiment pas courant d’inventer et d’enregistrer une musique aussi libre que celle-ci. L’affirmation sans entraves, autrement. Un disque sans compromis, merveilleux et généreux.

[¿ Kieres Agua ? est publié en vinyle par Jelodanti et Celluloid Lunch]


lundi 14 septembre 2020

Charlène Darling / Saint-Guidon

  


 

La grosse (grosse) honte. Je n’ai découvert que trop tardivement Rose Mercie* et son premier album** (publié par Jelodanti)… à vrai dire j’ai même découvert ce groupe alors que CHARLÈNE DARLING, guitariste/chanteuse/batteuse de ces mêmes Rose Mercie***, s’apprêtait à publier son premier véritable album solo, en vinyle : Saint-Guidon.  Et pour tout te dire c’est en fouillant dans un bac chez un disquaire qu’en fait je suis tombé sur celui-ci, un peu interloqué par la beauté et l’étrangeté de sa pochette : en retournant le disque j’ai lu le nom du label, L’Amour Aux Mille Parfums****, et là j’ai su que ce disque était fait pour moi. Mais je ne l’ai pas acheté tout de suite, faute d’argent. Je suis rentré chez moi, j’ai recherché le nom de Charlène Darling sur les internets, j’ai fait le lien avec Rose Mercie, je suis évidemment tombé sur sa page b*ndc*mp et j’ai commencé à écouter Saint-Guidon pour presque tout de suite arrêter, trop ému et touché par ce que j’entendais alors. Je ne voulais pas gâcher cette première fois avec ce disque en l’écoutant via un ordinateur. La semaine d’après je suis retourné au même magasin de disques, évidemment celui que j’étais venu chercher y était encore et je suis reparti avec Saint-Guidon.
Enregistré et produit par Mim, le genre de garçon complètement maniaque et obsessionnel du son, Saint-Guidon est un joyau aussi délicat que lumineux. Difficile de décrire la teneur générale d’un album dont toutes les chansons sont particulières et qui navigue constamment entre douce fébrilité lo-fi et sophistication resplendissante. Disons, oui disons que Saint-Guidon est un album de pop, avec tout ce que ce terme peut impliquer de noblesse, de richesse et d’expérimentations. Parce que je te le demande : quelle musique pourrait être plus expérimentale que celle qui nous parle ainsi, ravivant par sa volonté de dire et d’exprimer ce désir d’écoute ?
Les sentiments, l’amitié et, donc, l’amour – Charlène Darling dédie Saint-Guidon à « tous les garçons que j’ai aimés » – sont le seul fil conducteur apparent d’un album qui côté musique n’en fait qu’à sa tête mais le fait toujours infiniment bien, passant d’un genre à l’autre, naviguant entre folk, post punk desséché, comptines électro, ritournelles mélancoliques, parfums tropicaux et chansons brumeuses. Peut-être est-ce parce que l’instrumentation change à chaque fois, que nombre de musiciennes et de musiciens ami.e.s ont été invité.e.s à participer à l’enregistrement, de parfait.e.s inconnu.e.s comme des plus connu.e.s (échappé.e.s de Villejuif Underground, Belmont Witch et même Trash Kit !), que toutes les chansons de Saint-Guidon sont différentes. Différentes mais essentielles et liées entre elles, car il est impossible d’en retrancher une du disque tout comme il est impossible d’en préférer définitivement une ou deux par rapport à toutes les autres.
Saint-Guidon est donc une sorte d’album collaboratif sous la houlette d’une capitaine éclairée. On sent que chaque musicienne et musicien invité.e l’a été pour une raison bien précise que seule Charlène Darling (avec l’intéressé.e) doit réellement connaitre, et tout fonctionne ainsi, par relations, par échanges. Certains textes – sept sont en français, un en anglais***** – n’ont pas été écrits par elle mais elle les chante comme si c’était les siens, parfois accompagnée d’une autre voix, là aussi comme un échange… Finalement Saint-Guidon n’est rien d’autre que ça, l’expression et la manifestation aigues de récits d’amours et d’amitiés offerts de la seule façon possible, avec amour précisément, pour faire comprendre et ressentir au-delà des mots, tel un don de soi, une autre manifestation de la beauté.

 

* et je n’ai aucune excuse puisque Rose Mercie a au moins joué deux fois à Lyon / Grrrnd Zero : en septembre 2015 et en novembre 2018
** bonne nouvelle : Rose Mercie est actuellement en train d’enregistrer un nouveau disque, celui-là je vais essayer de ne pas le rater

*** aucune excuse, épisode deux : Charlène Darling est passée à Grrrnd Zero en décembre 2019…

**** un label emmené par Mim, qui n’a publié que peu de références mais qui y porte un soin tout particulier

***** sans oublier la « piste cachée », une neuvième chanson placée à la fin du disque, également en anglais : Why ? Why ? ne répond à aucune question mais incite à chercher d’autres réponses en réécoutant immédiatement Saint-Guidon