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vendredi 4 mars 2022

La Colonie De Vacances : Echt

 

Nous y voilà donc : La Colonie De Vacances publie son premier véritable album. Il était grand temps, après au moins dix années d’une existence tumultueuse et bien remplie. Et je ne ferai pas partie des détracteurs baveux du projet bien que son côté « quadraphonic show » ou, si on préfère, grand spectacle pour les foules, a tendance à me passer un peu au dessus de la tête. Je me contenterai de ne parler ici que de musique, des musiciennes et des musiciens qui l’ont imaginée et composée et de ce disque, réussi, intitulé Echt.
Comme on le sait déjà La Colonie De Vacances est au départ la réunion/association de quatre groupes : Electric Electric, Marvin, Papier Tigre et Pneu. L’idée était de partir en tournée et de jouer ensemble pour rigoler encore plus – plus on est de fous, etc. – pourtant les tout premiers concerts n’étaient pas forcément en quadriphonie. Lors de leur venue à Lyon au Rail Théâtre/Grrrnd Zero en septembre 2010 les groupes étaient montés à tour de rôle sur scène, tirant au sort leur ordre de passage (sauf Pneu qui jouant au sol terminait forcément la soirée) et ce sont les Marvin qui avaient commencé… Mais La Colonie De Vacances était revenue dès le mois d’octobre de l’année 2011 à l’Epicerie Moderne pour enfin proposer son concert en quatre dimensions – un groupe à chaque coin de la salle – et je ne compte plus le nombre de fois où elle est repassée par ici depuis lors.







Le projet a rapidement muri, La Colonie De Vacances a investi des endroits de plus en plus grands ce qui lui a permis de systématiser et d’améliorer sa configuration quadriphonique, d’en mettre plein la vue et les oreilles à son public – chacun des groupes répondant aux autres avec ses propres compositions dans un vaste jeu de ping-pong au carré – puis d’élaborer un répertoire propre, d’innover de plus en plus.
Aujourd’hui, il convient de préciser que deux des groupes initiaux ont cessé leurs activités tandis que les deux autres semblent en hibernation (?). Les musiciennes et musiciens de La Colonie De Vacances se consacrent désormais plutôt à moult projets personnels annexes, citons par exemple JB de Pneu avec Tachycardie, Arthur et Pierre-Antoine de Papier Tigre qui jouent dans Spelterini (le deuxième album arrive bientôt !), Eric de ces mêmes Papier Tigre qui a tout récemment monté ClapTrap, etc, etc. Toutes ces précisions sont utiles parce que La Colonie De Vacances n’est plus uniquement cette association de quatre groupes qui tournent et échangent ensemble mais une formation à part entière, d’autant plus que deux membres supplémentaires ont rejoint les rangs : Nicolas (parmi ses activités les plus récentes citons, pas vraiment au hasard, Mandibula mais aussi Pyjamarama) et Rachel qui joue et chante également dans Pyjamarama, joue dans ClapTrap et qui l’année dernière a publié Dothe, un superbe album solo à base de piano préparé, bricolé et poétique. Encore une fois, cela fait beaucoup d’informations mais elles sont nécessaires car elles permettent de comprendre que Echt* est la concrétisation réussie de la combinaison de talents multiples, de toutes sortes d’envies musicales et de toutes sortes d’influences, un vrai travail et une réflexion au long court. Ce qui explique évidemment son côté exigeant.

En effet Echt ne caressera personne dans le sens du poil et ne flattera pas les oreilles assagies des trentenaires et quarantenaires qui constituent le plus gros du public de La Colonie De Vacances. On peut même aller jusqu’à parler d’intransigeance, l’album mélangeant sans pitié noise-rock, contemporain, bidouille electro, bruitisme, expérimentations, prog et même… pop (surtout lorsque le chant apparait). Le panel est large, le grand écart de rigueur, le risque de se casser la gueule et le risque de collage artificiel étaient importants mais le pari est largement remporté. On a bien sûr le droit d’être parfois moins convaincu ou de préférer les passages les plus tendus et les plus bruyants – le plutôt calme Fernweh placé en fin d’album laisse une impression d’inachevé alors que les deux titres qui le précèdent sont d’un niveau électrique bien supérieur (le furieux Alex Weir ainsi que Les Chiens, à la fois plus noise et plus déconstruit). Mais il faut aussi convenir que si tout Echt avait été composé sur le seul modèle de la tension et de la déflagration, l’album aurait beaucoup perdu en viabilité et en intérêt, devenant trop monolithique et inébranlable.
Car il est nécessaire de s’y balader, de prendre la musique comme elle vient : on découvre toujours quelque chose d’intrigant, des éléments qui jusqu’ici nous avaient échappé, on change nos repères sans s’en rendre compte, on respire un grand coup – allez, Fernweh en lui-même n’est pas si décevant, c’est juste qu’il tombe au mauvais moment et au mauvais endroit – et on déplace les curseurs de nos propres attentes et de nos goûts personnels pour de plus en plus adhérer à Echt, immense patchwork qui réussit malgré tout à rester cohérent (comme la pochette du disque dont on dirait une estampe japonaise dans laquelle on a découpé des morceaux pour ensuite les recoller ailleurs). Echt est un album souvent difficile qui s’écoute, se découvre et s’apprécie en tant que tel. L’exigence et l’ouverture en même temps.

* publié par Vicious Circle en vinyle (blanc), en CD et même en digital réducteur


vendredi 17 septembre 2021

Ils : Curse

 

Le coup de foudre avec les américains de ILS a été immédiat et fulgurant. Enfin… pas tout à fait non plus. Curse est un album de 2020 et pour des raisons follement stupides mais complètement liées à l’état de délabrement de notre joli monde moderne et à son fonctionnement plus que jamais aléatoire, il aura fallu plus d’une année pour que le premier album de ILS* atterrisse sur les platines des amateurs français (et européens) de musique bruyante. Je te passe tous les détails et autres péripéties mais il sera toujours bon de se rappeler qu’en anglais/américain Curse signifie « malédiction » et que 2020 a vraiment été une grosse année de merde.
Fort heureusement il existe encore des personnes passionnées et patientes – entêtées ? – sur cette Terre et c’est grâce au label franco-belge P.O.G.O. records épaulé par les Toulousains de chez Vicious Circle que Curse a pu avoir une seconde chance avec une nouvelle édition du disque sous la forme d’un beau vinyle de couleur argentée. Ce qui est beaucoup mieux que les vinyles splatters de la première version U.S. – oui je n’ai toujours pas changé d’avis et je n’en changerai pas à propos des splatters que je trouve totalement inesthétiques et inadéquats, sauf évidemment pour un groupe de rock progressif ou de death symphonique.






Curse
est un disque obsédant et magnétique. Et le chant y est vraiment pour beaucoup : des éclats de voix persistants bien que savamment dosés, une rage non feinte et un timbre assez particulier, nasillard, et que l’on n’est pas près d’oublier. Enfin, là je me vante énormément parce que ce chanteur et cette voix j’ai mis un bon petit paquet de temps avant de les reconnaitre ou plutôt avant de les identifier… Si tu te rappelles de Black Elk et des deux albums formidables* de ce groupe de Portland / Oregon tu te rappelleras aussi forcément de leur chanteur Tom Glose. Et en toute honnêteté c’est en cherchant à qui le chanteur de ILS me faisait penser que j’ai commencé à fouiller les étagères à disques et que j’ai enfin eu la bonne idée de réécouter Black Elk… pour découvrir que dans les deux cas il s’agissait de la même personne (pour une fois classer mes disques par ordre alphanumérique ne m’a pas été trop préjudiciable : je ne suis pas allé plus loin que la lettre B). Sur le coup j’ai bien ri de mes lacunes et de ma mémoire déficiente – j’arrive encore à me faire rire tout seul donc rien n’est encore perdu – mais cela signifie surtout que Tom Glose est vraiment, vraiment, un type inimitable. Et un grand chanteur.
Avec Curse ILS s’impose tout simplement comme un groupe essentiel de noise-rock, celui qui ne flanche pas et qui défouraille en grandes largeurs, possède l’épaisseur et la lourdeur du metal mais pas sa trivialité envahissante. Ce noise-rock qui insuffle vertige et malaise, qui joue avec tes nerfs, qui te poursuit sans relâche, se montre irrésistible et terriblement accrocheur. Sans oublier la production massive, agressive mais toujours d’une grande clarté et donc très efficace. Si on devait cocher toutes les cases pour déterminer le niveau d’excellence et de supériorité de ILS, le groupe atteindrait sans aucun doute la note maximale : les riffs diaboliques s’enchainent sans faiblir, l’association basse/batterie est imparable et il convient donc aussi de rendre hommage au restant du groupe – Nathan Abner à la guitare, Adam Pike à la basse et Tim Steiner à la batterie, apparemment que des anciens de la scène de Portland. Sauf que donner une note à un disque est aussi idiot que de payer 25 €uros de port transatlantique pour un disque qui n’en vaut que 15. Alors merci beaucoup P.O.G.O records et Vicious Circle pour cette belle édition européenne de Curse. Parce que même si on devrait plus parler de retrouvailles à retardement il y a quand même eu gros coup de foudre.

* prononcez [ilz]
** le premier sans titre publié en 2006 et le second Always A Six Never A Nine en 2008 – les deux chez Crucial Blast et a apriori toujours disponible en CD auprès du label

 

 

vendredi 21 mai 2021

[chronique express] It It Anita : Sauvé





Plus ça va et plus IT IT ANITA prend le gros son. Sauvé est le quatrième album mais aussi l’enregistrement le plus carré et le plus volumineux du groupe. It It Anita y multiplie les tubes fédérateurs et les punkeries à tendance noise (Cucaracha), resserrant nettement son propos, se concentrant sur des compositions courtes et des fois presque rectilignes, délaissant les joyeux bordels à rallonge qui ont beaucoup fait pour sa réputation. On pense souvent à une version testostéronée et même grungy de Sonic Youth (Dixon Kentucky), quoique l’ombre tutélaire des New-Yorkais apparaisse également là où on ne l’attend pas, comme sur Authority, délicatement hanté par un sentiment de mélancolie digne de Thurston Moore. Devant son titre au patronyme de l’ingénieur du son et producteur spécialiste en hardcoreries qui l’a mis en boite – It It Ainta nous avait déjà fait le coup pour quelques uns de ses disques précédents – Sauvé est un album chaud bouillant et très efficace mais trop lisse à mon goût. J’aurais tendance à regretter la désinvolture et le surplus de déglingue d’Agaaiin et surtout de Laurent mais ça c’est surement mon côté arty et snob qui parle pour moi. Sauvé reste malgré tout très recommandable pour les amateurs de bruit raisonnable.


lundi 28 décembre 2020

[chronique express] Chokebore / A Taste For Bitters

 



Parmi toutes les rééditions qui n’arrêtent pas de pleuvoir sur nos têtes et d’assécher nos porte-monnaie (du moins ce qu’il en reste, par les temps qui courent…) celle d’A Taste For Bitters de CHOKEBORE chez Vicious Circle restera l’une des plus essentielles de l’année 2020. Le troisième LP des hawaïens alors relocalisés à Los Angeles est l’un des meilleurs albums du milieu des années 90 et le sommet discographique du groupe de Troy Von Balthazar, définitivement à contrecourant des formations à grosses guitares de l’époque – aussi bien grunge que noise – et complètement à part au milieu du catalogue de son label d’origine, le très bruyant et très poilu Amphetamine Reptile Records. Avec la force intranquille de leurs lignes de chants chevrotantes, leurs guitares sèchement aigrelettes et autres rythmiques faussement apathiques, les quatre Chokebore étaient alors les maitres incontestables d’un rock noisy, contemplatif, blafard et cafardeux, mélange détonnant d’acrimonie plaintive et de mélancolie rêche sur fond de mélodies neurasthéniques et de compositions au souffle court. Un chef d’œuvre, tout simplement.

samedi 16 novembre 2019

[chronique express] Lysistrata - Breathe In / Out





Le rock français existe-t-il vraiment, à l’instar des tripes à la mode de Caen, du boudin lyonnais ou du foie gras du Périgord ? À en croire l’avalanche de louanges – que je ne souhaite nullement contester – à propos du deuxième album de Lysistrata, des louanges accompagnées de moult chants de coquelets sur les mérites d’un « rock d’ici » ce qui à mon sens ne veut strictement rien dire sauf à parler de géo-localisation accoudé au comptoir du café du commerce, il semble bien que le trio de Saintes (ici, donc…) se retrouve dans la difficile position du nouveau groupe indé porte-étendard d’une chosification pseudo-nationale pour moi aussi incompréhensible que la fierté engendrée par la fièvre du football, l’hypocrisie d’une République dite laïque, le vin rosé pamplemousse ou l’invention de la guillotine.
En tous les cas j’aime plutôt Breathe In / Out, je trouve qu’il s’agit d’un album beaucoup plus agréable que son prédécesseur The Thread (2017) mais, dans un genre nettement moins hardcore, moins stéroïdé, moins morveux, moins m’as-tu-vu, moins cliché, plus pop, plus arty, plus fin, plus intelligent et plus signifiant, je préfère largement le fabuleux groupe nantais Papier Tigre qui comme son nom l’indique a toujours essayé de nous faire croire qu’il est originaire du sud-est asiatique.

vendredi 28 septembre 2018

It It Anita / Laurent








Attention, groupe de gros branleurs. Ce n’est pas que je m’y connais parfaitement mais presque : je me rappelle avoir découvert complètement par hasard IT IT ANITA lors d’un concert lyonnais dans une cave malfamée et aux murs couverts d’humidité et de transpiration. La soirée était déjà bien avancée et moi aussi, j’étais un peu beaucoup parti ailleurs (incohérent dirons nous) et ne voilà t-il pas que je me suis retrouvé parmi un public pas très nombreux mais complètement hystérique en train de se trémousser au son de guitares dissonantes et de rythmes endiablés. Et puis l’un des deux guitaristes s’est emparé de la caisse claire et de la pedal charley et les a placées au bord de la scène minuscule, obligeant le batteur à se décaler lui aussi pour continuer à jouer. 
Morceau suivant. Encore une rafale de punk noise jouant la carte slacker grungy poppy détraqué. Tout le monde était en transe et pour la première fois depuis longtemps je me suis senti bien parce que j’avais l’impression que ce soir personne ne s’apercevrait que je pouvais faire n’importe quoi. Le groupe était à fond et a à nouveau déplacé les éléments de la batterie. Cette fois It It Anita a joué complètement au milieu des gens pour un final dont je me souviendrai longtemps, violemment dessaoulé par un tel concert (oui, même le lendemain je m’en suis souvenu, malgré un mal de tête persistant) et avec l’envie pressante de remettre ça au plus vite.

Évidemment je n’ai pour l’instant jamais revu It It Anita en concert mais j’ai largement eu le temps de me pencher sur la discographie du groupe, en particulier sur l’album Agaaiin publié en 2016 par un consortium de labels européens hautement recommandables parmi lesquels A Tant Rêver Du Roi et Antena Krzyku. Et puis voilà que Vicious Circle – label bordelais aussi historique qu’inestimable – annonce la sortie de Laurent… Laurent ? Oui : Laurent. Un double album ou presque (la quatrième face est non gravée) dont la pochette est affublée du portrait d’un type à l’air légèrement narquois, sans doute parce qu’il a la bouche tordue par une cigarette. 
C’est lui Laurent, Laurent Eyen, responsable de l’enregistrement et du mixage de ce disque et dont It It Anita aime à dire qu’il est le cinquième membre du groupe. Plus qu’un hommage et une blague à répétition – déjà en 2015 It It Anita avait publié sur son propre label Luik records un album intitulé Recorded By John Agnello, essaye un peu de deviner qui l’avait alors enregistré – la gueule de ce type à qui j’ai personnellement autant envie d’envoyer une grosse bâche que de faire un câlin (peut-être parce qu’il est roux, qu’il a une calvitie naissante et qu’il porte une parka de couleur moutarde) correspond parfaitement à la musique d’It It Anita, mélange de désinvolture et de panache, de talent charmeur et de je-m’en-foutisme de façade, de foutraquerie et d’efficacité.

Je te vois venir de loin : tu vas me dire que si je m’apprête à te faire l’apologie de Laurent c’est pour son côté arty-chose. Et bien non, perdu. Effectivement en piochant aussi bien (mais pas uniquement, loin de là) du côté de Sonic Youth que de celui de Pavement – si tu n’as pas réécouté une seule fois Wowee Zowee au cours de l’année écoulée ce n’est plus la peine de m’adresser la parole – It It Anita prend le risque de passer pour un groupe d’intellos amateurs de galeries d’art contemporain mais, comme je l’ai déjà dit au début de cette chronique, ces types sont des gros branleurs. Un genre de punks si tu préfères. Du punk It It Anita a gardé l’énergie et même parfois la violence – certaines compositions de Laurent défouraillent carrément – et le côté éjaculatoire (Another Canceled Mission). Sans oublier le vice et le côté indomptable. 
Le groupe ne s’interdit pas grand-chose du moment qu’il peut étaler et éclater ses parties de guitare qui vont du gras non métaphorique (User Guide, Tanker 2 part 1) aux traviolades acérées et speedées (Say No, GOD).  Mention spéciale au onzième titre, We Are Nothing et son songwriting mélancolique digne des derniers albums solo de Thuston Moore ainsi qu’à Tanker 2 part 2 et sa partie narrative sur laquelle la voix de Myriam Leroy – apparemment une journaliste belge, merci internet pour le tip – inverse les rôles et tient celui d’une femme qui s’excuse ironiquement auprès de son mec du jour de l’avoir tabassé, joue la consolation manipulatrice avant de le foutre dehors avec mépris et condescendance sous prétexte qu’il chouigne et qu’il « sert à rien », personnellement je trouve ça particulièrement réjouissant.

Laurent dure une cinquantaine de minutes (dans sa version vinyle uniquement puisque celle-ci contient deux titres en plus que le CD, même pas disponibles avec le coupon de téléchargement joint avec le disque) et la progression par rapport aux enregistrements précédents de It It Anita est flagrante. Je ne vais pas dire que le groupe a fourni des efforts surhumains mais en fait je le pourrais… seulement, si It It Anita a resserré ses compositions, les a épaissies et les a rendues plus efficaces – mais rassure-toi, elles restent toujours un peu barges et imprévisibles – ce n’est pas en torchant des bières et des mojitos sur le vieux canapé qui traine dans le coin à droite de son local de répétition que le groupe a pu atteindre un tel résultat. Il y a du boulot derrière tout ça mais du boulot intelligent, celui qui ne fout pas en l’air l’esprit de départ. 
C’est mon coach personnel de savoir-vivre existentiel et de survie en milieu hostile qui me dit toujours qu’un vrai branleur c’est celui qui utilise au mieux son habilité et son intelligence pour faire les choses bien et le plus efficacement possible pour ensuite avoir plus de temps pour se branler, rêvasser, discuter avec ses ami.e.s, manger des pizzas au chorizo, écouter de la musique, prendre de la drogue, manifester contre la politique libéral du gouvernement, apprendre à cuisiner vegan, cueillir des pâquerettes, dormir, jouer au scrabble avec ses enfants, pisser sur la devanture du local des témoins de jéhovah, bref, raye toi-même les mentions inutiles et rajoute ce que tu veux. Les compositions de Laurent sont ainsi moins expérimentales que précédemment et surtout moins longues – à l’exception notoire du diptyque Tanker 2 et de We Are Nothing – mais elles te collent immédiatement dès le magnifique, vigoureux et presque orgueilleux Denial. Et Laurent réussit à être un disque aussi léger que persistant, signifiant que désinvolte, irrévérencieux qu’incontestable. Du très bon boulot, quoi.