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mercredi 14 août 2019

Terminal Cheesecake / Le Sacre Du Lièvre


Le sujet Terminal Cheesecake me semble quasiment inépuisable. D’ailleurs je t’en ai parlé il n’y a pas si longtemps que cela au sujet de la contribution des anglais au troisième volume de la série In Search Of Highs qu’à partir d’un moment donné j’ai fini par écouter bien plus souvent que Le Sacre Du Lièvre, quelque chose comme le huitième album studio du groupe (et le deuxième depuis sa reformation en 2013 mais je crois que je t’ai déjà raconté cette histoire). Maintenant je me demande bien pourquoi. Ou plutôt j’ai ma petite idée : les deux titres proposé par Terminal Cheesecake sur In Search Of Highs sont d’apparence bien plus expérimentaux et tourneboulés que ceux figurant sur le dernier album.
J’ai toujours aimé le côté perché des anglais, lorsqu’ils ont changé de section rythmique et commencé à mettre des grosses doses de dub dans leur musique c’est-à-dire à partir du génial Angels in Pigtails (1990) et du plus exigeant Pearlesque Kings Of The Jewmost (1992). Mais depuis de nombreuses années c’est systématiquement King Of All Spaceheads (1994) que je réécoute inlassablement, cet ultime album de la première période du groupe combinant ce qu’à mes yeux et mes oreilles les Terminal Cheesecake ont su faire de mieux : de la musique de drogués, à la fois lourde et expérimentale, complètement barrée – petite remarque au passage : une belle réédition de ce chef-d’œuvre s’impose ! Et donc voilà… sans atteindre les sommets de King Of All Spaceheads la contribution de Terminal Cheesecake à In Search Of Highs en possède quelques petits relents et comme je suis un être de chair et de sang infiniment faible il ne m’en a pas fallu beaucoup plus pour que je me persuade trop facilement que ces deux titres étaient bien supérieurs à tous ceux du Sacre Du Lièvre. Une explication tellement simpliste et en même temps tellement alambiquée… qui fait de moi une personne tellement prévisible.





Il est vrai que les sept compositions figurant sur Le Sacre Du Lièvre sont globalement terriblement heavy. En récupérant son premier batteur historique (John Jabbagy, il joue sur les disques de la période Wiija records soit sur Johnny Town-Mouse en 1988 et sur V.C.L. en 1989) et surtout en récupérant Dave Cochrane au poste de bassiste TERMINAL CHEESECAKE s’est doté d’une section rythmique aussi massive qu’implacable et cela s’entend. Une section rythmique encore plus énorme que celle formée par G.C Green et Ted Parsons à l’époque où Godflesh voulait un peu s’essayer à autre chose. La basse a toujours été primordiale dans la musique de Terminal Cheesecake mais ne demandez pas à Dave Cochrane de jouer des lignes dubisantes, il ne saurait tout simplement pas le faire (à la différence de son prédécesseur Steve Fez), lui sont truc c’est le massif – ce qui ne l’empêche pas de distiller un groove certain, comme il a déjà pu le faire au sein de God et surtout de Ice.
Il en résulte que Le Sacre Du Lièvre est un album charpenté comme un golgoth en plutonium transgénique : Wipey’s Revenge et sa ligne de basse introductive annoncent clairement la couleur d’un disque placé sous le signe de la lourdeur déglinguée. Pourtant aux premières écoutes Le Sacre Du Lièvre a l’air de singulièrement manquer de cohésion. Les compositions se suivent et ne se ressemblent pas – ça c’est plutôt un bon point – mais disons que les enchainements entre chaque titre semblent souvent hasardeux et peut-être même douteux. Pris séparément, aucune plage de l’album ne démérite jamais (certaines sont juste meilleures que d’autres) mais prises dans leur ensemble, elles forment comme un gros sac de bordel sonore dégueulant de guitares vrillantes, de rythmiques bétonnées, de vocaux hallucinés – et parfois colériques – et d’expérimentations diverses.
Alors il faut plusieurs écoutes pour se rendre compte qu’un South Sea Wall (tendance reptile rampant) ou qu’un Bull Of The Woods (tendance gros boucan dans la canalisation d’un chiotte bouché) ne sont pas là pour faire du remplissage. Terminal Cheesecake est uniquement un groupe qui fourmille d’idées. Mais finalement il en a toujours été ainsi avec les anglais… je vais revenir une dernière fois sur King Of All Spaceheads : je me rappelle très bien de ma première écoute de ce disque et je n’y comprenais rien, il m’a fallu du temps avant de me rendre compte qu’il s’agissait de l’un des meilleurs albums du groupe. Aujourd’hui, en 2019, Le Sacre Du Lièvre est bien le successeur attendu d’une discographie exemplaire. Il s’agit juste d’un disque indomptable, imprévisible et sauvage qui demande quelques efforts supplémentaires. Et Le Sacre Du Lièvre est bien ce grand disque de Terminal Cheesecake que j’espérais encore, un disque entre furie, saturation, bidouilles insensées, éructations et explosions à tous les étages. Hop, encore un disque qui finira au top de cette année 2019.

[Le Sacre Du Lièvre est publié en vinyle violet transparent par Box records]

mercredi 31 juillet 2019

Electric Moon / Terminal Cheesecake - In Search Of Highs Vol 3





Bon j’avais prévu – et envie – de chroniquer Le Sacre Du Lièvre autrement dit le deuxième album studio publié par Terminal Cheesecake depuis la reformation du groupe anglais en 2013. Et puis il y a un petit truc au sujet du Sacre Du Lièvre sur lequel je ne suis pas arrivé à vraiment me décider, ou plutôt je ne suis pas arrivé à mettre exactement le doigt dessus. Alors j’ai attendu et temporisé. Et j’ai tellement temporisé que le troisième volume de In Search Of Highs a lui aussi fini par débarquer. La belle affaire : In Search Of Highs est une série de splits publiés par Riot Season et tournant autour des musiques psychotropes. Pour celui-ci la pochette de babloche enrobant le vinyle rouge transparent fait un peu peur… Bon, OK : le côté hippies sous acide de l’artwork c’est pour Electric Moon ; si on retourne la pochette on découvre la silhouette d’un lièvre sur un fond rouge tout bizarre et ça c’est précisément la partie de l’artwork qui se réfère à… Terminal Cheesecake ! Voilà, maintenant tu as compris où je veux en venir et en plus tu sais que Terminal Cheesecake est un groupe qui a vraiment de la suite dans ses idées fixes puisque, je te le rappelle encore une fois, l’album qu’il vient de publier et que je finirai bien par chroniquer un jour ou l’autre comporte le mot « lièvre » dans son titre. Et en parlant de lièvre, ça cache forcément quelque chose, non ?

Donc : ELECTRIC MOON est un groupe allemand de « space rock ». Ouais. Des gens qui ont beaucoup trop écouté des vieux machins 70’s comme Hawkwind – ça, ça passe encore – et le Pink Floyd gilmourien – alors là, beurk ! Je veux bien être tolérant et large d’esprit et surement que je l’aurais été au sujet de Beacon Light Hereafter, soit le très long titre de plus de vingt minutes que propose Electric Moon sur la première face de ce In Search Of Highs Vol 3, s’il n’avait pas été traversé par quelques passages vraiment insupportables tels que le marécage planant et gluant entre la dixième et la treizième minutes et s’il n’avait pas été aussi inutilement long. C’est le principal problème avec les drogués durs et doux qui font de la musique militante : ils s’imaginent non seulement que tout le monde prend forcément de la drogue mais qu’en plus tout le monde prend la même drogue qu’eux et donc sont totalement dans le même trip. Perdu les gars… J’admets que si ce disque s’intitule In Search Of Highs ce n’est pas pour rien mais quand même ce n’était pas une raison suffisante pour nous pondre cette histoire de gyrophare temporel sans queue ni tête (de lièvre). Adieu Electric Moon, je ne t’aime point.

Passons donc à la seconde face du disque (puisque je le rappelle il s’agit d’un split) et surtout passons à TERMINAL CHEESECAKE. Et là c’est l’extase. Enfin, façon de parler, je ne voudrais pas trop présager des drogues que prennent les anglais mais ma remarque très pertinente ci-dessus au sujet des trips non consentis par l’auditeur pris pour un consommateur de bonheur à la demande en prend soudain un sacré coup derrière les oreilles (oreilles de lièvre, évidemment). Parce que le raw trip fonctionne parfaitement avec Fake Loop et (surtout) Song For John Part 2 qui dévoilent le côté le plus halluciné et hallucinant de Terminal Cheesecake sans que le groupe ne perde de sa superbe et de sa capacité à faire du bruit hypnotique – chose qu’après tout il sait faire beaucoup mieux que presque tout le monde ici bas. Ces types sont des génies, je le savais déjà et ils ont réussi là où beaucoup d’autres ont échoué en réactivant leur groupe avec l’aide de nouveaux membres – sacré Neil Francis… et surtout n’oublions pas que désormais c’est Dave Cochrane qui tient la basse et que ce garçon a quand même joué dans Head Of David mais également dans God/Ice. A ce jour Terminal Cheesecake n’a encore jamais sorti un mauvais disque – les plus anciens enregistrements issus des premières périodes du groupe n’ont jamais été réédités et sont durs à trouver mais heureusement internet et le peer-to-peer sont là pour nous apporter la lumière de la connaissance – et sa contribution à In Search Of Highs Vol 3 le confirme largement. Je vais peut-être bien finir par me dépêcher un peu plus et chroniquer Le Sacre Du Lièvre. Mais pas demain non plus.

[In Search Of Highs Vol 3 est publié en vinyle rouge ou bleu ou noir par Riot Season]
 

vendredi 15 juin 2018

Gnod / Chapel Perilous






Gnod only knows : ce qu’il y a de vraiment bien avec GNOD, c’est qu’à chaque nouvel album de ce groupe à géométrie variable originaire de Salford (Royaume Uni), on ne sait jamais trop à quoi s’attendre exactement. Et ce qu’il y a d’encore mieux c’est que l’on n’est finalement jamais déçu. Gnod est cependant du genre hyper prolifique, publiant au moins un nouvel album par an que ce soit sous son propre nom ou en collaboration (principalement à ses débuts avec les new-yorkais de White Hills). Et avec pas moins d’une vingtaine de longs formats sortis depuis 2007 on aurait pu logiquement s’attendre à quelques baisses de régime, des albums remplissages (publié en 2015 Infinity Machine est tout de même un triple album …), des gros plans foutage-de-gueule et bien la réponse est définitivement… non. Et encore non.

Beaucoup ont découvert Gnod via les albums Mirror (2016) et Just Say No To The Psycho Right-Wing Capitalist Fascist Industrial Death Machine (2017) et il s’agit là sûrement des disques les plus carrés du groupe, si j’ose dire. C’est à dire avec beaucoup de guitares qui jouent des riffs plus ou moins identifiables et des structures qui ressembleraient presque à des chansons (j’ai dit presque). Mirror évolue en outre vers une lourdeur quasi industrielle proche des vieux Swans tandis que Just Say No rappelle le Terminal Cheesecake des débuts. Lesquels Terminal Cheesecake servent à juste titre et très souvent de comparaison avec Gnod ne serait-ce que parce que les deux groupes ont un membre en commun : le jeune, facétieux et très déluré Neil Francis. Mais ce n’est pas tout, Gnod partage avec ses illustres et incontournables ainés le même goût pour l’expérimentation, les acrobaties sans filet de protection et le psychédélisme déviant, quoi que sur ce dernier point Gnod s’avère désormais être insurpassable dès qu’il s’agit de mélanger spirales psychotropes, lourdeur anabolisante et déflagrations hallucinogènes. 


Chapel Perilous, tout dernier album en date de Gnod, n’échappe pas à cette règle fondamentale. Sauf que, fidèle à ses petites habitudes, le groupe a justement fait comme s’il n’en avait pas vraiment et a enregistré un disque encore une fois différent des précédents tout en persistant à l’inscrire quand même dans la logique foutraque et barrée du groupe. La même chose mais autrement. Ici et ailleurs en même temps. Cette fois-ci on note un retour certain des sonorités bidouillées et inidentifiables. Passé le très épique et apocalyptique Donovan’s Daughters qui joue parfaitement le rôle de porte-étendard, Chapel Perilous s’enfonce le temps des trois titres suivants dans une sorte de dub glacial et malsain prenant des allures de torsion industrielle tourmentée. Europa, Voice From Nowhere et A Body fonctionnent ensemble, suite apoplexique transformant tout le milieu de Chapel Perilous en une longue déambulation cauchemardesque aux sonorités réfrigérées et aux résonances angoissantes. Uncle Frank Says Turn It Down vient clore l’album et marque le retour à la normale ou plutôt le retour aux guitares spasmodiques et autres rythmes martelés, faisant a posteriori la jonction avec Just Say No To The Psycho Right-Wing Capitalist Fascist Industrial Death Machine. Ce n’est pas la meilleure composition de Chapel Perilous (la meilleure étant indéniablement Donovan’s Daughters) ni la meilleure composition de Gnod tout court mais elle opère comme un retournement du groupe sur lui-même, le rappel de certains fondamentaux psyche-noise.  

Il serait pourtant faux de considérer Chapel Perilous comme un album bancal. Il a juste le (petit) défaut de commencer par l’un des trucs les plus barges et en même temps efficaces jamais balancé par Gnod dans nos petites oreilles. Moins homogène et moins monolithique qu’un Mirror ou qu’un Just Say No, Chapel Perilous propose un large éventail de soubresauts bruitistes, de spasmes psychédéliques et d’expérimentations réfrigérées si chers au groupe. Gnod n’a jamais tenté de prouver quoi que ce soit – et depuis le temps n’aurait en définitive plus rien du tout à prouver – et continue tout simplement de faire, sans se poser plus de questions. La liberté n’a pas de prix.

[Chapel Perilous est publié en vinyle et CD par Rocket recordings]