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jeudi 2 juin 2022

Jean Pierre Marsal : Distance / Les Tempêtes

 

J’ai bien trainé en route, à la croisée des chemins. Avec toujours dans la tête cette idée d’arriver un jour à chroniquer Distance, un album publié par JEAN PIERRE MARSAL au tout début de l’année 2022 et reprenant, tout en y ajoutant quelques nouvelles compositions, les titres du EP du même nom publié lui quelques mois auparavant et uniquement au format numérique. Et puis c’est fou comme le temps passe toujours trop vite lorsqu’on a justement décider d’en prendre pour soi. On fait autre chose, parfois avec d’autres. On se découvre une nouvelle et belle amitié, par exemple, et on fait tout pour la préserver des dangers du monde. Mais de temps en temps, en remettant Distance dans le mange-disques, on entrouvre à nouveau une petite porte qui laisse passer un fin rayon de lumière, entrainant quelque courant d’air qui fait voler tout autour des brins d’atmosphère, des poussières persistantes de vie, les cris d’une enfant qui joue, quelques poils de chat, des bruits du quotidien, des odeurs insistantes, des pointes de tristesse moins tristes lorsqu’on a enfin réussi à en parler, des pointes de noirceur aiguisées également, des bonheurs infimes et des grosses douleurs, des notes égrainées telles des pelures séchées de fruits et abandonnées sur un coin de table, des petites choses sans lesquelles les grandes n’auraient pas autant d’importance : la musique de Jean Pierre Marsal.







Dans Distance on trouvera uniquement une guitare même pas amplifiée, du chant, du blues et du folk sans aucune trace de tension ou d’électricité si ce n’est celles générées par une musique dont la seule « violence » est celle de l’intime. Je mets volontairement des guillemets parce que cette violence n’en est pas réellement une mais en écoutant Distance j’ai souvent essayé de mesurer les efforts qu’avait du faire son auteur pour réussir à se dévoiler autant. On m’excusera de l’exprimer ainsi mais ma conviction est qu’il a vraiment du en chier. Mais nous également, du moins provisoirement : les textes sont tellement personnels et intenses que l’on est forcément placé dans la position de l’intrus ou du curieux (tout dépendra du degré de sensibilité de celle ou celui qui écoute). On peut se demander ce qu’on fout là, à écouter les confidences d’un autre, puis le simple fait de se dire que Jean Pierre Marsal a agi volontairement, en connaissance de cause, suffit. Se dire que c’est un véritable artiste – j’insiste, pas la peine de râler à ce sujet mon garçon – et que chanter est sa façon de nous parler sincèrement de lui-même, sans fausse pudeur lorsqu’il n’hésite pas à utiliser le « je » et avec tout ce que cela comporte, allant jusqu’au bout de ses joies comme de ses doutes.







Et ne voilà t-il pas que notre homme a dans la foulée publié un deuxième disque, cette fois-ci complètement inédit : Les Tempêtes a vu le jour au mois d’avril de cette même année 2022. Un album qui reprend tous les fondamentaux – au sens le plus strict du terme – de Distance. C’est à dire une musique toujours sans la moindre trace de machines, d’entourloupes technologiques. Et des textes plus que jamais à écouter (mais aussi à lire : un livret avec toutes les paroles des chansons est joint au disque). Le « je » prend toujours autant de place mais le « tu » également, sans que l’on sache toujours à qui Jean Pierre Marsal s’adresse dans la réalité – on comprend uniquement qu’il s’agit d’une (de) personne(s) très importante(s). Certains des textes évoquent plus ouvertement sa fille (Les Chaussons De Liz) mais aussi, d’une façon tristement logique et inévitablement inquiète, parlent du fracas de moins en moins lointain et de plus en plus détestable du futur. Du présent. L’heure n’est plus uniquement à l’introspection et aux confidences mais également à la colère. L’électricité de l’intime devient aussi celle des révoltes légitimes et les treize chansons des Tempêtes – en forme de décharges et d’éclairs aussi vifs que brefs – prennent une dimension nettement plus politique, sans jamais tomber dans les travers du prêche et rejoignent parfois quelques unes des thématiques déjà abordées par Jean Pierre Marsal lorsqu’il officiait encore sous le nom de 202project.
C’est fou comme une musique réduite à sa plus simple expression – du chant et une guitare – peut dire beaucoup plus de choses, poser plus de questions, tenter de trouver des réponses, entrainer plus de rêveries et déclencher plus de déclarations que n’importe quelle autre. Jean Pierre Marsal nous fait comprendre et ressentir que son expérience, personnelle et donc unique, pourrait converger avec les nôtres. Ou qu’en tous les cas nous pouvons nous y retrouver si nous acceptons de l’écouter. Il parait que tout le monde devrait manger cinq fruits ou légumes par jour parce que c’est excellent pour la santé et donc bon le moral, OK, mais moi je préfère nettement douter, divaguer, rêvasser et me plonger dans Les Tempêtes, ne serait-ce pour observer ce coin de table encombré de petites épluchures de réalité et de pelures d’existence, ces recoins intimistes où soudain une pensée, une musique, d’abord invisibles et fugitives, apparaissent, nous entrainent. Jean Pierre Marsal sait comment donner corps et âme à cette musique là, il sait s’affranchir en elle. Et surtout il sait nous en faire profiter, nous l’offrir.

[Distance et Les Tempêtes sont disponibles uniquement en CD – parce que par les temps qui courent les vinyles sont devenus beaucoup trop chers et trop longs à fabriquer – auprès de Jean Pierre Marsal et via sa page b*ndc*mp]




dimanche 28 février 2021

Comme à la radio : Jean-Pierre Marsal (et 202project)

 




Dire que j’ai suivi de près et avec une attention grandissante les aventures musicales de Jean-Pierre Marsal aka 202project depuis maintenant une bonne dizaine années serait en dessous de la vérité.
Une rencontre à rebondissements puisque la première fois que j’ai vu 202project en concert je n’avais guère gouté à sa musique… jusqu’à ce qu’un jour je reçoive un disque promo avec une demande de chronique*. A ma grande surprise ce disque – il s’agissait de l’album Total Eclipse – m’avait énormément plu et j’avais tenu à en faire l’éloge.
Je ne vois que deux conclusions possibles à cette vieille histoire qui n’intéressera pas grand monde. Tout d’abord en matière de musique(s) il faut savoir se laisser faire et se laisser surprendre. Et surtout c’est la récompense du chroniqueur que de découvrir des musiques, des musiciennes, des musiciens, des groupes, d’en parler, de se faire accompagner par elles / eux pendant des années et de leur réserver une place à part – ce qui est très loin d’arriver tous les jours.

 

Mais 202project n’existe plus en tant que tel. JEAN-PIERRE MARSAL a décidé que dorénavant il allait continuer d’enregistrer et de diffuser sa musique uniquement sous son propre nom. C’est ainsi qu’est né Distance EP :



 



  

Enregistré pendant le premier confinement Distance EP présente une autre grande « nouveauté ». Désormais Jean-Pierre Marsal est seul avec sa voix et avec sa guitare, acoustique. Exit l’électricité, exit les machines et la boite-à-rythmes. Un dégraissage et un apurement drastiques dont on avait déjà pu constater quelques prémices sur le bien-nommé L’Age De Pierre, l’un des derniers enregistrements encore publiés sous l’appellation de 202project. L’Age De Pierre comportait encore de la guitare électrique, des synthétiseurs et des rythmes digitaux mais on y décelait comme une volonté d’en faire beaucoup moins avec l’intention d’en dire toujours plus.

Avec Distance Jean-Pierre Marsal va jusqu’au bout de cette logique. Une logique intime et personnelle à la fois en forme de renaissance et de continuation. On retrouve ici tous les éléments primordiaux et toutes les émotions qui jusqu’ici nous avaient fait profondément aimer 202project. Et il n’y aura aucun doute à avoir, il s’agit bien de la même musique, une musique qui nous parle exactement de la même façon mais juste avec des moyens différents. Cette façon de chanter si particulière qui colle au plus près des mélodies et des mots (le titre éponyme). Ces mots qui nous racontent des histoires souvent avec moult détails et beaucoup d’éléments que l’on devine très intimes mais qui, paradoxalement, évoquent ou même éveillent en nous tellement de choses qui nous sont propres.

En éliminant tous les effets superflus et en choisissant l’acoustique pur et dur Jean-Pierre Marsal ne fait pas autre chose que ce qu’il a toujours fait : être lui-même. Sauf qu’il n’a plus besoin de se rassurer en utilisant des machines, un ordinateur et une guitare électrique. Et je crois qu’il a encore beaucoup de choses à dire, à nous dire. Si un jour il n’y a plus d’électricité en flot continu et que les internets s’effondrent comme tout le reste tu ne pourras plus lire cette chronique. Mais Jean-Pierre Marsal, lui, pourra toujours continuer à faire de la musique**.


* j’en profite pour repréciser ici les conditions pour se faire chroniquer dans INSTANT BULLSHIT :

1 - je n’accepte aucun envoi de disques promotionnels et autres supports physiques donc ce n’est pas la peine de me demander mon adresse postale
2 - à la place il suffit de m’envoyer un message en utilisant le formulaire de contact situé en bas et à droite de cette page – si comme il se doit on consulte et lit Instant Bullshit dans sa version web et en utilisant un ordinateur – ou en m’écrivant à beatoccult[arobase]gmail[point]com avec un lien de téléchargement ou de streaming de l’enregistrement en question
3 - je ne promets rien par contre j’écoute tous les liens que l’on m’envoie parce que c’est la moindre des choses
4 - si je ne fais pas de chronique c’est tout simplement que le disque ne m’intéresse pas, même pour en dire du mal

 

** d’ailleurs Jean-Pierre Marsal réfléchit et travaille actuellement sur un nouvel album… à suivre