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lundi 23 avril 2018

Hot Snakes / Jericho Sirens







Bon alors, je ne vais pas refaire mon petit speech de vieux bougon sur l’intérêt ou non des reformations, la nostalgie musicale, la branlitude de l’acheteur de t-shirt et de rééditions vinyle qui se préoccupe plus de l’image qu’il donne que d’écouter de la musique, etc. Mais quand même : le cas des Hot Snakes est des plus intéressants. D’abord parce que ces gars là ne sont pas n’importe qui : John Reis et Rick Froberg, tous les deux guitaristes et/ou chanteurs du groupe, ont par ailleurs joué ensemble dans d’autres formations totalement incroyables, Pitchfork et bien sûr les insurpassables Drive Like Jehu, ou chacun de leur côté, Rocket From The Crypt (pour Reis) et les piteux – malheureusement – Obits (Froberg). Ces gars là ont plus que de la bouteille, ils trainent derrière eux toute une vraie et belle histoire.
Séparés en 2005, les Hot Snakes se sont reformés en 2011, ce qui finalement ressemble plus à un hiatus qu’autre chose. En tous les cas il n’est absolument pas rare de rencontrer et de pouvoir discuter passionnément avec des personnes qui ont vu le groupe en concert lors de sa première vie – la venue des Hot Snakes à Lyon en mai 2005 a par exemple fortement marqué certains esprit, est avec l’érosion du temps devenue quasiment mythique, restant dans nombre de mémoires et faisant encore parfois l’objet de conversations enflammées entre vieux punks lors de fins de soirée. Toute cette ferveur était à l’époque largement méritée parce que les Hot Snakes étaient non seulement des pourvoyeurs de bons disques (chacun a son préféré, je crois que le mien reste Automatic Midnight*) mais aussi et surtout un truc monstrueux et irrésistible en concert, même si très organisé et très huilé. Que le groupe ait d’abord décidé de se reformer uniquement pour donner des concerts et effectuer des tournées et qu’il ait bien pris son temps avant de se décider à enregistrer un quatrième album n’a rien d’étonnant.
Jericho Sirens est donc ce quatrième album. Annoncée depuis 2017 par Sub Pop, sa parution a été précédée de la réédition en version remasterisée des trois premiers LP de Hot Snakes, à l’origine publiés par Swami records, le propre label de John Reis. Je n’ai pas écouté ces remasters mais je me suis fait un plaisir de ressortir Automatic Midnight (2000), Suicide Invoice (2002) et Audit In Progress (2004). J’ai même poussé le vice jusqu’à réécouté le « live » (en fait enregistré en prise directe dans les studios d’une radio australienne) Thunder Down Under (2006). Et tout ça pour quoi ? Pour entendre la même chose ou presque que ce que les Hot Snakes ont enregistré sur Jericho Sirens. Aujourd'hui le côté juvénile a juste un peu disparu, surtout du côté des voix qui désormais sont devenues un peu plus poussives – Rick si tu me lis, essaye de ne plus trop forcer autant, parce que tu en as nettement moins les moyens qu’auparavant, tu sais. Mais ce n’est qu’un détail.
Et puis la production de Jericho Sirens est plus massive, plus dense et plus claire mais ce n’est encore qu’un détail… je ne ressens pas vraiment de différences notoires entre les Hot Snakes d’avant et les Hots Snakes de maintenant. Même énergie punk ; même sens de l’accroche et de la mélodie ; mêmes compositions au taquet ; même envie de dodeliner et de chanter au moment des refrains – quand je les connaitrai par cœur, évidemment. Tout juste un léger empâtement. Etant comme un fait entendu dès le départ que Jericho Sirens ne pouvait de toute façon pas être aussi dynamique qu’un Audit In Progress (particulièrement furieux voire frénétique, il est vrai…) ni aussi personnel dans son écriture qu’un Suicide Invoice. Ce quatrième album est un bon petit disque de punk et d’énergie électrique. Du rock, du vrai. Il permettra aux vieux fans de se dire que le temps n’existe pas tout comme il permettra aux plus jeunes de découvrir et de (re)voir les Hot Snakes en concert, si toutefois le groupe ne s’arrête pas en si bon chemin et repart dans la spirale infernale disque/tournée/etc.
Si le groupe a enregistré Jericho Sirens pour marquer le coup parce qu’il sentait qu’il n’allait pas démériter ni ternir son image ou bousiller son glorieux passé alors c’est réussi ; s’il a enregistré Jericho Sirens pour se faire un petit plaisir égoïste c’est réussi également. Mais si les Hot Snakes avaient fait la même chose que Jesus Lizard il y a quelques années, c'est à dire s’ils s’étaient contentés de donner des concerts et d’en rester là, sans enregistrer un nouvel album qui n’enlève rien et n’apporte pas quoi que ce soit non plus à l’histoire du groupe, personne ne se serait vraiment aperçu de rien. Merci, au revoir.

* bien que des fois il s’agisse de Suicide Invoice ou de Audit In Progress, haha