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mercredi 28 décembre 2022

Multicult & Child Bite : split

 

Annoncé par surprise au début de l’été 2022 par Hex records mais au départ prévu pour une parution aux alentours de 2021, voilà un split 12’ qui réunit Multicult et Child Bite. Deux groupes U.S. qui malheureusement et comme tant d’autres – toujours la faute à la crise sanitaire et à la crise économique – avaient du se faire discrets ces deux dernières années.

On était ainsi sans aucune nouvelle des MULTICULT depuis leur album Simultaneity Now en 2019 et leur excellente participation à la compilation en soutien à Reiner Fronz et Learning Curve records en 2020. Cela fait une excellente raison pour se jeter sur les trois inédits proposés ici. Le noise-rock du groupe de Baltimore a toujours été sec, décharné et anguleux, centré autour des lignes de basse de Rebecca Burchette, cérébral et assez froid aux premiers abords. Avec Extra Spherical View, le plus anecdotique Myriad et Countdown – presque un instrumental parsemé de borborygmes et cris divers – on ne sera pas dépaysé ni déçu : les premières écoutes commencent par une nécessaire phase d’apprivoisement car ici pas d’artifices inutiles, pas de grands gestes démonstratifs ni d’étalage de testostérone mais une musique racée, pensée et qui perdure, assurément. Avec Multicult il ne faut donc jamais hésiter à persister.
On note malgré tout une certaine rigidité générale qui s’explique par le fait que ces trois inédits ont été enregistrés à deux, le guitariste/chanteur Nick Skrobisz s’occupant également de la batterie. Le son n’est pas non plus vraiment à la hauteur – surement un enregistrement maison – mais cela suffira à mon bonheur. Et puisque nous sommes en plein dans la période des vœux, souhaits, bonnes résolutions et autres conneries divinatoires, moi je demande un beau et nouveau disque de Multicult pour 2023. Et pour de vrai.







Dès que résonnent les premières notes de Pass The Glue, il devient évidemment que CHILD BITE est en très grand forme. Je n’ai jamais été réellement convaincu par l’évolution musicale du groupe de Shawn Knight (chant, bidouilles en tous genres et seul membre originel) dont les deux 10’ Monomania (2012) et Vision Crimes (2013) – réunis plus tard sur un seul et même LP – constituent pour moi le sommet du groupe. L’accentuation de plus en plus hardcore et très métallisée de la musique de Child Bite avait abouti à l’album Blow Off The Omens (2019) avec des parties de guitare peu imaginatives et parfois laborieuses en guise de principal défaut. C’est pourtant bien le guitariste Jeremy Waun que l’on entend à nouveau sur ce Pass The Glue, virevoltant et éclairé à la manière d’un East Bay Ray clouté. Un élément qui ajouté au chant très Biafra-ien de Knight renforce plus que jamais les comparaisons entre le groupe de Detroit et les feu Dead Kennedys.
Moins hystérique et plus lent, privilégiant l’épaisseur et la lourdeur, Erect For Dystopia confirme. Entre les deux, Swan Song Of A Boiled Dog, comme souvent doté de paroles complètement barges de la part de Shawn Knight, joue sur les ambiances horrifiques et les contrastes malaisants. Je préfère toujours et encore le Chid Bite d’avant (tant pis si je me sens un peu seul sur ce coup là) mais je dois reconnaitre que ces trois titres me font espérer beaucoup pour la suite : un peu plus de punk, de noise et moins de métallurgie au rabais, s’il vous plait.

Pour les détails techniques, signalons que ce split 12’ tourne en 45 tours, est doté d’un insert, a été pressé en blanc et en vert, chaque version étant tirée à 150 exemplaires numérotés. L’illustration très colorée est signée Nick Skrobisz tandis que Shawn Knight s’est occupé du graphisme. Et, cerise sur le gâteau, la pochette est sérigraphiée.

 

 

vendredi 25 septembre 2020

Comme à la radio : Really Bad Music For Really Bad People

 

 


 

J’ai un peu hésité avant de chroniquer cette compilation de reprises des CRAMPS. Really Bad Music For Really Bad People : The Cramps As Heard Through The Meat Grinder Of Three One G est la référence numéro 100 du label Three One G dont je rappelle que le boss n’est autre que le golden boy du punk Justin Pearson (Swing Kids, The Locust, Retox, etc). J’ai un peu hésité parce que ce disque – que je n’ai encore jamais vu en vrai et je ne verrai sans doute jamais – est vendu à des prix complètement prohibitifs. Ce n’est pas la faute à d’éventuels revendeurs ou distributeurs, non la faute en incombe directement au label dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne se fait vraiment pas chier sur ce coup là. Mais pourquoi ? Parce qu’il a fallu payer des droits délirants aux auteurs (ou à leurs ayant-droits) des titres repris ici ? Est-ce parce que quelques noms un peu connus – on y reviendra après – figurent au programme ? Les gérants de Three One G ont-ils trop d’arriérés de factures à honorer ? S’agirait-il d’une œuvre caritative ?… Mystère !

Mais je ne pouvais malgré tout pas passer outre cette chronique : non seulement Three One G est un label qui m’a toujours intéressé mais en plus je suis un fan absolu des Cramps. Je rappellerai juste que le label de Pearson n’en est pas à son coup d’essai, ayant en 2002 publié un hommage similaire à Queen (arrgghh) puis en 2006 une compilation consacrée aux inestimables Birthday Party. Il va s’en dire que le choix du groupe repris a toute son importance : il est difficile pour moi de m’enfiler une quinzaine de titres de la bande de Freddy Mercury, même interprétés par des musiciennes et musiciens que j’apprécie par ailleurs ; inversement je chéris tout particulièrement Release The Bats – je ne saurais être plus clair

 

Avec Really Bad Music For Really Bad People le résultat reste très mitigé.

 

 


Commençons par celles et ceux qui s’en sortent pas trop mal mais dont je n’ai pas grand chose à faire non plus. En reprenant TV Set les Child Bite redorent un blason bien terni depuis la parution de leur album Blow Off The Omens en 2019, comme quoi avec de vraies compositions dotées de vraies parties de guitare Child Bite pourrait peut-être encore faire quelques étincelles. Avec Sheena’s In A Goth Gang Chelsea Wolfe a le courage de s’attaquer à un titre tardif des Cramps (de l’album Big Beat From Badsville en 1997) et fait… du Chelsea Wolfe. J’ai laissé tombé la musique de la dame depuis qu’elle se prend beaucoup trop pour une prêtresse métallique assoiffée de mélancolie odorante mais après tout pourquoi pas, sa version de Sheena’s In A Goth Gang dure moins de quatre minutes c’est-à-dire qu’elle reste en dessous de mon seuil d’intolérance.
Malgré toute la répulsion et le dégoût profond que peuvent m’inspirer nombre de groupes ou projets de Mike Patton je dois avouer qu’il était l’un des rares chanteurs capables de s’attaquer au monumental Human Fly. Il est qui plus est accompagné par les tarés de Zeus !, malgré tout un peu en retrait ici. Retox passe tout juste la barre avec un Garbage Man qui tarde à décoller, dommage, le chanteur Justin Pearson en faisant beaucoup trop à mon goût. Idem pour Daughters dont la version de What’s Inside A Girl ? très scolaire arrive tout juste à convaincre, j’en attendais beaucoup mieux. Quant à Panicker aka Brent Asbury (il a également procédé au mastering de tout le disque), on pourrait penser au départ à une très mauvaise blague mais I’m Cramped mouliné à la sauce EBM / Breakcore chamallow ce n’est finalement pas si mal…

Ne perdons pas trop de temps avec les inévitables déchets que comportent toutes les compilations digne de ce nom, ou presque : I Was A Teenage Werewolf par Secret Fun Club accompagné de Carrie Gillespie Feller est désespérément insipide ; Zombi Dance par Sonida De La Frontera est simplement affligent (mais qu’est ce que c’est que ce truc ?) ; People Ain’t No Good version Magic Witch Cookbook est franchement insupportable.
Reste à évoquer les trois gros morceaux de Really Bad Music For Really Bad People. Metz dynamite complètement Call Of The Wighat, un titre initialement gravé par les Cramps sur Smell Of Female mais que l’on dirait tout simplement composé pour le trio canadien apparemment en très grande forme, ce qui ne laisse présager que du bon pour son quatrième album solo attendu sous peu. Etonnamment les noiseux de Microwaves ont fait quelque chose de très personnel de Dont’ Eat The Stuff Off The Sidewalk, leur version tendue et tordue s’avérant excellente sans trop en rajouter. Et puis il y a le cas de Qui dont le New Kind Of Kick constitue tout simplement la meilleure contribution à Really Bad Music For Really Bad People. La surprise est de taille venant d’un groupe qui fut un temps a joué en compagnie de David Yow (Jesus Lizard) mais n’avait jamais suscité de réel enthousiasme chez moi. Comme quoi…

Conclusion : gardez votre argent pour acheter de la drogue (ou ce que vous voudrez d’autre) et volez ce disque sur les internets, vous m’en remercierez un jour. 

 

 

mercredi 8 janvier 2020

Child Bite / Blow Off The Omens





Leader incontesté de CHILD BITE, Shawn Knight a pour ambition de devenir un vrai chanteur de l’extrême métallique. Son groupe œuvre désormais dans le hardcore noiseux et un peu vieillot, tout en gardant un côté accessible. J’ai écrit « vieillot » ? Oui, c’est vrai. Et c’est ce qui me frappe le plus à l’écoute de Blow Off The Omens : l’album est agressif, les compositions sont très énervées et souvent très lourdes, l’ambiance est au pogo entre potes avinés devant un parterre de badauds un peu effrayés mais pas de trop quand même et ça défouraille dans tous les sens, avec de bien trop rares coquetteries, autrement dit sans le quota nécessaire de trouvailles plus ou moins assassines dont le rôle est d’épicer le tout. Child Bite  a perdu tous ses petits reflexes arty issus de sa première période, celle pendant laquelle on pouvait plus facilement le qualifier de groupe de post punk. … – exception à la règle : The Wrong Ones Bree agrémenté avec le saxophone de Bruce Lamont et constituant à mon sens la meilleure composition du disque et l’une des rares que j’aurais envie de sauver. Donc le problème est que cela ne décolle que très rarement. Le hardcore de Child Bite est faussement barré, de moins en moins tordu, de plus en plus metal bas de gamme et ne sonne pas vraiment.
C’est pourtant Steve Albini qui entre deux parties endiablées de poker s’est installé derrière les manettes et a assuré le côté technique de l’enregistrement mais je trouve le mix de Blow Off The Omens d’une platitude qui confine au désastre. Ce mix est signé Collin Dupuis et le gars a des références professionnelles tellement impressionnantes que je te laisse le soin d’aller checker tout ça par toi-même sur les internets. Il est difficile de définir une musique où désormais tout est fait pour mettre au premier plan le chanteur du groupe / grand manitou des opérations et dont les éructations sont de plus en plus agaçantes. Shawn je te le dis sincèrement : tu aurais davantage à y gagner en te fondant dans ce mix qui au contraire ne cesse de surligner tes défauts à grands coups de reverb et en rajoute beaucoup trop aux moments les plus cruciaux. Et tandis que tu te prends pour un dieu du stade les guitares ont perdu toute leur distinction et toute leur classe – Blow Off The Omens est me semble t-il le premier album avec le guitariste Jeremy Waun et lui non plus je ne le félicite pas. Quant au synthétiseur qui insinuait ça et là quelques touches bienvenues d’étrangeté il a totalement disparu.
Davantage de relief c’est ce qu’il aurait fallu à Blow Off The Omens pour que la musique de Child Bite soit un peu plus interpelante ou même dérangeante (soyons fou) mais ce n’est pas le cas. Alors « vieillot » et même « dépassé » oui c’est presque ça : d’un côté cette musique n’est pas explicitement old school et donc pas nostalgique du tout bien que parfois j’entende du Dead Kennedys empâté et empoté là dedans ; de l’autre le groupe fait des efforts surhumains pour nous faire croire qu’il peut se passer du ripolinage à la testostérone du hardcore moderne. Child Bite ne se situe pas à la croisée pour autant, le groupe est juste ailleurs, déconnecté, donc nulle part. Là je n’entends qu’une tentative laborieuse et ratée de reconversion, ce cinquième album est nettement moins bon que son prédécesseur Negative Noise et en définitive ce n’est qu’un disque de metal de plus, moins palpitant et beaucoup moins signifiant que l’album The Living Breathing Organ Summer et surtout que les deux 10’ Monomania et Vision Crimes. Ecoutez plutôt tous ces précédents enregistrements de Child Bite, vous m’en direz des nouvelles.
Avec Blow Off The Omens Child Bite n’en fait qu’à sa tête, ce qui en soit aurait pu être une bonne chose. Pourtant j’aurais préféré être davantage convaincu par le caractère définitivement couillu et généreusement poilu du groupe de Shawn Knight. Lequel semble ne jamais vouloir s’arrêter puisque désormais il chante également dans Shock Narcotic, sorte de super groupe de metal hardcore doublepédalé et estampillé grind avec des membres présents ou passés de The Dillinger Escape Plan, The Black Dahlia Murder et Battle Cross – le premier album de ces joyeux drilles intitulé I Have Seen The Future And It Doesn't Work a été publié en août 2019 et non, pas la peine d’insister, je n’ai aucune envie de chroniquer le disque très ennuyeux de Shock Narcotic mais je te mets quand même le lien pour l’écouter

[Blow Off The Omens est publié en vinyle par Housecore records dans plein de couleurs différente, le mien est d’un orange fluo tout pété qui colle parfaitement à cette pochette gatefold soigneusement déglinguée et également signée Shawn Knight, parce que c’est vraiment lui le chef]

mercredi 6 novembre 2019

Child Bite / Brain Tentacles - split





Publié par le label Learning Curve à l’occasion d’une tournée commune entre Child Bite et Brain Tentacles – en fait seulement cinq dates effectuées début septembre 2019 et quelques zigzags entre Chicago et Cincinnati, wow – ce petit 45 tours vaut tout d’abord pour sa présentation : une pochette conçue, imprimée et assemblée à la main par deux membres de Child Bite avec une découpe laissant apparaitre une partie de l’insert imprimé en argenté ; le vinyle en lui-même est transparent et tout ça a vraiment de la gueule. Chaque groupe présente un titre réputé inédit (pour l’instant).

Coté Child Bite on ne s’est malgré tout pas spécialement foulé. Nerve Quake est une composition signée Stu Spasm, autrement dit il s’agit d’une reprise des aussi infâmes que géniaux australiens Lubrificated Goat, un titre bien bouseux ici en version plutôt accélérée puisque Child Bite la raccourcit de pas moins d’une minute sans pour autant rajouter une once de folie ou de saleté à la version originale… La discographie de Child Bite est aussi étonnante que l’évolution du groupe. Pour ma part j’ai un peu décroché après les deux 10’ Monomania (2012) et Visions Crime (2013) chez Joyful Noise recordings et plus tard compilés sur un même album. Il est parfois difficile de croire que c’est bien le même groupe qui a sorti Wild Feast en 2006 et Negative Noise en 2016*. La musique des quatre de Detroit, à ses débuts sorte de version énervée de Père Ubu, s’est peu à peu muée en hardcore noiseux certes alambiqué mais moins pertinent – pendant ce temps là le chanteur Shawn Knight (et je crois seul membre permanent) est passé petit à petit d’une imitation assez convaincante de David Thomas à celle plus forcée d’un Jello Biafra vieillissant. Peut-être que je changerai d’avis avec le nouvel album que Child Bite s’apprête à publier sur Housecore records : il s’intitule Blow Off The Omens et s’annonce encore plus énervé, plus massif et plus lourd que tous ses prédécesseurs réunis. Gloups.

La seule chose dont je suis certain à propos de Blow Off The Omens est qu’il comporte quelques invités de marque et que parmi ceux-ci figure le chanteur et saxophoniste Bruce Lamont que l’on retrouve, attention suspens insoutenable, dans Brain Tentacles qui occupe donc l’autre face de ce 7’. Le line-up du groupe est complété par rien de moins qu’Aaron Dallison (de Keelhaul !) à la basse et Dave Witte (Discordance Axis, Burnt By The Sun, Melt Banana, Atomsmasher, Municipal Waste et tant d’autres…) à la batterie, oui ce type est aussi incroyable que sa discographie est pléthorique. Mais revenons à ce split : Yes, la contribution de Brain Tentacles n’est absolument pas une reprise de qui vous savez mais bien une composition originale. On y retrouve le mélange si particulier du trio excluant toute trace de guitare saturée ou non et basé sur une rythmique à la fois complètement folle et ultra puissante – on s’en serait douté. Comme j’aime bien les raccourcis stupides et limitatifs – de toute façon je te rappelle que présentement tu es en train de perdre ton temps sur les internets pour y lire une chronique de disque – j’affirmerais que Brain Tentacles est une sorte de Blurt en version hardcore métallisé mais avec un sens mélodique à la limite du simplisme et que Bruce Lamont est très bon dans son rôle de Ted Milton croisé Glenn Danzig sous champignons. Moi je suis fan et puis l’automne c’est la saison des champignons, non ? Je me prends à espérer qu’un jour Brain Tentacles donnera une suite à son seul et unique album sans titre publié en 2016 même si j’ai beaucoup plus de chance de déguster bientôt une bonne fricassée de girolles que de voir mon souhait se réaliser. Yes se veut à la fois rassurant sur la bonne santé de Brain Tentacles mais reste totalement frustrant. Trop bon mais trop court.

[ce très joli split 7' pour collectionneurs et fétichistes est publié à 500 exemplaires par Learning Curve records]

* je trouve assez symptomatique que le b*ndc*mp de Child Bite ne remonte pas au delà de l’année 2012, occultant ainsi les trois premiers albums du groupe…