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vendredi 2 avril 2021

Lars Finberg / Tinnitus Tonight

 

LARS FINBERG, ce héros. Je n’ai pas écrit « Lars Finberg, mon héro » parce que sur ce coup là je veux bien essayer de le partager avec toi (même si au fond je n’en pense pas moins et qu’en plus je suis du genre possessif). Mais rends-toi un peu compte de qui on parle : Lars Finberg a été le batteur des légendaires A-Frames, certainement l’un de mes groupes préférés du début des années 2000 et par-dessus tout un groupe qui faisait du post-punk sans le savoir c’est-à-dire en y mettant tellement de lui-même que tout le monde n’y a vu que du feu – et surtout à l’époque on s’en foutait encore complètement de ce qui était « post-punk » et de ce qui ne l’était pas. Et puis, entre autres choses, le petit Lars a joué aux côtés de John Dwyer dans Thee Oh Sees (qui étaient encore dans une période intéressante).
Mais principalement – je raccourcis volontairement le passage biographique parce que je n’ai pas que ça à faire non plus – Lars Finberg a monté sa propre formation : The Intelligence. Dix albums studio pour l’instant plus un live et au moins autant de singles entre 2004 et 2019. Je n’ai jamais écouté de mauvais disque de The Intelligence. Seulement un ou deux un peu moins bons que les autres. Oui je suis ultra-fan... 
Lars Finberg a publié son premier album solo Moonlight Over Bakersfield en 2017 chez In The Red records, une prestigieuse maison qui a également publié la plupart des LP de The Intelligence mais dont le dernier en date Un​-​Psychedelic in Peavey City a lui paru sur Vapid Moonlighting Inc. en 2019, alors tout nouveau label monté par Finberg lui-même. C’est sur ce même Vapid Moonlighting Inc. qu’a ensuite été publié Tinnitus Tonight, deuxième album solo du monsieur.







C’est le moment de vérité. Malgré d’évidentes qualités Moonlight Over Bakersfield m’avait laissé sur ma fin. Il en avait été de même, deux années après, pour Un​-​Psychedelic in Peavey City. Le premier, enregistré avec de nombreux musiciens invités et produit par la paire Ty Segall / Lars Finberg ne démérite pas bien qu’il se perde dans trop de bonnes intentions et quelques mauvaises idées pour un résultat trop décousu et inégal. Sans parler du mix signé Ty Segall, plat et insipide comme une soirée pizza / bières / TV / baise missionnaire en amoureux et en période de Covid. Je ferai le même reproche à Un​-​Psychedelic in Peavey City, bien qu’enregistré avec une toute autre équipe et sous la bannière de The Intelligence… Alors je te laisse deviner mon grand désespoir d’alors : la veine créatrice de Lars Finberg s’était-elle tarie ou bien n’était-ce qu’une mauvaise passe ? Quelle angoisse.
Enregistré et mixé par l’irremplaçable Chris Woodhouse et surtout à l’aide d’une formation resserrée autour de trois personnes, Tinnitus Tonight est venu frapper puis réconforter mes petites oreilles endolories un beau jour de novembre 2020. Et tout de suite il y avait de quoi être rassuré. Comme déjà écrit Lars Finberg n’a jamais enregistré de mauvais disque mais avec Tinnitus Tonight le musicien renoue enfin avec tout le génie qu’on lui avait connu jusqu’ici. Même son chant et son timbre de voix si reconnaissables semblent reprendre du poil de la bête. L’envie est de nouveau bel et bien là.
Avec son deuxième album solo le musicien revient à l’essentiel : un post-punk sous influence 60’s, aérien et stylé, d’apparence simple mais en réalité finement emmené et très abouti et – pour le coup – mis en boite par un Woodhouse encore une fois inspiré. Toutes les compositions de Tinnitus Tonight apportent quelque chose et bien qu’elles soient au final assez variées l’album tient la route et la distance. Aucun passage à vide à déplorer. Et puis il y a ce son, donc, ou plutôt les sons qu’utilise le multi-instrumentiste Lars Finberg et je pense en particulier aux sons de synthétiseur, mais pas que : Lars Finberg est l’un des rares qui réussit à donner à son post-punk, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, une coloration aussi doucement chatoyante (l’introduction pourtant grésillante de Satanic Exit ou le surlignage anxiogène sur le final de Kitchen Floor par exemple). Ou, si on préfère, il est le seul qui réussit à donner à son garage surf un caractère aussi réfrigéré. Parce que la musique de Lars Finberg navigue constamment entre ces deux pôles en apparence opposés et refuse de choisir pour se retrouver et définir un espace bien à elle. Un espace délimité mais tellement riche que son exploration continue toujours. Les oreilles qui sifflent ce ne sera pas pour aujourd’hui.

 

 

samedi 28 novembre 2020

[chronique express] Osees / Protean Threat



 

Je suis encore une fois déçu. John Dwyer a beau modifier le nom de son groupe quand ça lui chante – actuellement il convient de parler de OSEES – et d’en changer le line-up à volonté, il a beau varier les formats de ses enregistrement (Protean Threat est un simple LP) et de n’avoir de cesse d’explorer de « nouveaux » horizons musicaux pour les récurer jusqu’à épuisement des ressources, son dernier album en date est malgré un démarrage plutôt fulgurant un échec cuisant, générateur d’ennui et de lassitude qui fait plus que jamais regretter les temps pas si anciens que cela où Dwyer pouvait encore se fier à son instinct maléfique sans se vautrer dans la complaisance (complaisance qu’au mieux on fera rimer avec préciosité ridicule, à moins d’aimer le gloubiboulga progressif). A l’année prochaine John, pour le cinquante-quatrième album de Thee Oh Sees / The Oh Sees / Oh Sees / Osees / OCS, qu’importe finalement…

vendredi 11 octobre 2019

[chronique express] Oh Sees / Face Stabber





Cela fait des années maintenant que je me procure, écoute et chronique les disques de OH SEES (Thee Oh Sees, OCS, etc.) ou plutôt cela fait des années que j’essaie d’analyser, de comprendre et d’admettre cet infini rapport d’amour et de haine que j’entretiens avec le groupe de John Dwyer mais avec Face Stabber la tâche est plus difficile que jamais tant ce vingt-deuxième* album virevoltant et scintillant s’avère aussi ambitieux que boursoufflé, complexe que fatiguant, passionnant qu’énervant, séduisant que rebutant, parfois impeccable mais également contestable… donc je vais te la faire courte : Face Stabber est un double album qui pour une fois ne comporte pas trop de zones de remplissage, est de plus en plus influencé par une certaine idée du prog (entre King Crimson et Soft Machine), est parsemé de jazzeries fusionnelles et cuivrées façon In A Silent Ways ou Tony Williams Lifetime et dont les dernières incursions dans le registre garage sont imprégnées d’une volonté de trop bien faire – John Dwyer et son groupe sont désormais définitivement adultes et c’est sans doute ce qui me gène le plus avec Face Stabber.

* à la louche

vendredi 24 août 2018

Thee Oh Sees / Smote Reverser







THEE OH SEES* est un groupe impossible à oublier. Pour cela son leader John Dwyer fait tout ce qu'il peut en imposant depuis plusieurs années un rythme quasiment effréné à ses acolytes musiciens et en enchainant enregistrements d’albums et tournées à rallonge. Mais la lassitude nous guette : écouter un nouvel enregistrement de Thee Oh Sees c’est comme gouter une fois par an au pâté en croûte de Mamie, on aime de moins en moins ça parce qu’il est de moins en moins bon et qu’en plus on avait décidé de ne plus manger de viande du tout – mais ça on n’ose pas trop le dire à cette pauvre Mamie, on ne voudrait pas lui faire trop de peine.
Et voilà donc que débarque la livraison 2018 du groupe, un double LP intitulé Smote Reverser, évidemment publié par Castle Face records. Un disque comme d’habitude bourré jusqu’à la gueule et c’est précisément ce qui fait peur, encore plus que cette pochette ignoble devant autant à Judas Priest période Screaming For Vengeance/Defender Of The Faith qu’à Azia toutes périodes confondues (désolé). 

Le plus important pour John Dwyer – chanteur, guitariste, compositeur en chef, bref, tête pensante de Thee Oh Sees – c’est de gratouiller son instrument dans tous les sens pendant que son groupe lui assure le champ libre pour assouvir sa frénétique passion. Dwyer est un exhibitionniste et un performer-né rendant garçons et filles complètement amoureux fous et folles et plus il joue, plus il a envie de jouer – et donc de jouer des choses si ce n’est compliquées du moins narcissiques avec une instrumentation à l’esbroufade et des développements sans fin (et sans but ?). Dwyer a su conserver la folie de ses jeunes années (Coachwhips, Pink And Brown, The Hospitals) et ça peut encore passer en concert puisque Thee Oh Sees n’y privilégie que la performance. Sauf que parallèlement la qualité et l’inspiration du songwriting de Dwyer ont fini par s’étioler avec le temps, rendant les disques de Thee Oh Sees ennuyeux car farcis d’élucubrations et d’instrumentaux indignes en forme de remplissage (il est vrai que le précédent album Orc marque un léger sursaut d’orgueil avec une remontée du niveau général mais on peut également y entendre un passage percussif/solo de batterie et ça franchement, il fallait oser, d’autant plus que l’album s’achève presque ainsi, en queue de poisson…). 
J’ai toujours pensé que John Dwyer était une sorte d'apprenti sorcier/élève en cours de musicologie appliquée et qu’il ne cherchait, en toute naïve curiosité, qu’à redescendre le cours du temps pour nous refaire l’évolution musicale depuis 1965… Que les albums de Thee Oh Sees s’aventurent sur des territoires de plus en plus post psychédéliques et de plus en plus kraut est donc aussi logique que frustrant : la musique du groupe est devenue moins garage et moins punk mais son approche du bizarre et de l’expérimental est trop légère et ne compense pas. D’où les quelques derniers albums de Thee Oh Sees qui ne sont que des prétextes.

Avec Smote Reverser John Dwyer a-t-il continué son voyage dans le temps pour finir par débarquer dans les années 70 ? OUI. Mais heureusement John Dwyer est toujours un bad boy et un punk capable d’un Overthrown mais également un garçon fin et délicat, ce qui nous donne ici Sentient Oona et Beat Quest, respectivement premier et dernier titre de Smote Reverser. Et entre les deux Thee Oh Sees fait vraiment bien le boulot. Cette fois il n’y a pas de remplissages indigents ni de résidus de cuvette de chiottes mais que des vraies compositions de qualité plus qu’honorable et même supérieure – comme si Mamie s’était mise aux burgers végétariens avec steaks de betteraves ou de pois chiches. Des compositions qui donnent envie de fredonner, de faire la vaisselle ou de ne rien faire du tout sauf écouter. Et puis on arrive même à supporter les désormais traditionnels passages instrumentaux sur lesquels Dwyer réussit pour une fois à se toucher les tétons autant qu’il le veut sans que l’on ait l’impression de surprendre un ado dans sa chambre en train de se pignoler le manche de guitare. Un orgue Hammond B3 est également de la partie voire omniprésent sur Smote Reverser et, encore un miracle, ses élucubrations ne donnent pas non plus envie de fuir pour éviter les bavouillis d’usage avec cet instrument pour virtuoses. Comme quoi il n’en fallait peut-être pas beaucoup pour permettre à Thee Oh Sees de reprendre du poil de la bête.
Il y a, enfin, le cas de cet Anthemis Aggressor. Plus de douze minutes de bordures ultra-rythmiques encadrant des tourbillons psyché-kraut totalement instrumentaux qui donnent le tournis, sans échappatoire possible. Et pour rien au monde on ne voudrait rater quoi que ce soit de cette tempête d’acid hard aussi violemment multicolore qu’elle réussit à filer droit. Peut-être parce que Mamie, toujours elle, a décidé qu’en plus des veggie burgers elle ferait aussi de la choucroute allemande A.O.C. à dîner. 
Évidemment les inébranlables défenseurs de John Dwyer pourraient argumenter que notre homme, complètement obsessionnel et égocentré, a toujours cherché à aller plus loin et que ce n’est pas la moindre de ses qualités. Ce à quoi il serait de bonne guerre de répondre que John Dwyer confond trop souvent « plus loin » avec « ailleurs » et « ailleurs » avec « nulle part » et qu’il ne fait guère de doute qu’avec Thee Oh Sees il n’hésitera pas à l’avenir à refaire n’importe quoi sous prétexte d’avancer. Mais pour l’instant Smote Reverser est un bon album de Thee Oh Sees et même le meilleur du groupe depuis trop longtemps parce que sans temps morts ni moments de faiblesse, alors cela me suffit amplement. Bon appétit et à l’année prochaine.

* après s’être appelé OCS, The Oh Sees, Thee Oh Sees, Thee Ohsees, etc, le groupe a depuis l’album Orc rechangé de nom en le raccourcissant tout simplement en Oh Sees – on s’en fout (?)