Surprise ! Après une poignée de formats courts et deux LP, les Gatecreeper de Tuscon / Arizona nous font le coup du disque tombé du ciel et rigolo. Bon, ce n’est un secret pour personne que beaucoup de groupes signés chez Relapse n’y sortent que deux albums avant d’être soudainement pris d’une envie irrésistible d’aller voir ailleurs – sûrement une histoire de contrat-type et de royalties… C’est donc Closed Casket Activities qui se charge de mettre An Unexpected Reality sur le marché. Un 12’ distinctement divisé en deux partie : sur la première Gatecreeper fait du bourrin rapide, le death metal old school du groupe flirtant plus que de raison avec le hardcore et même le grind (sept titres tournant autour de la minute) ; sur la seconde Gatecreeper fait tout le contraire en se la jouant lent et lourd (une seule composition de onze minutes). Dans les deux cas les guitares sont accordées très bas, le double kick martèle comme les orgues de Staline et il n’y a rien à redire sur la prestation générale du groupe si ce n’est que le chanteur-moustachu Chase Mason ne me semble pas toujours très à l’aise dès qu’il s’agit de growler avec la tête dans la centrifugeuse à broyer du cactus. On retiendra donc surtout An Unexpected Reality pour sa face B et le terrible Emptiness dont les relents death doom donnent envie de hurler avec les coyotes dans les déserts sans fin d’Arizona. La suite des aventures de Gatecreeper se fera chez Nuclear Blast qui a pris l’habitude de récupérer les transfuges de chez Relapse… Le mercato du metal bat son plein.
Conseil d'utilisation : ceci n'est qu'un blog. Mais sa présentation et sa mise en page sont conçues pour qu'il soit consulté sur un écran de taille raisonnablement grande et non pas sur celui d'un ego-téléphone pendant un trajet dans les transports en commun ou une pause aux chiottes. Le plus important restant évidemment d'écouter de la musique. CONTACT, etc. en écrivant à hazam@riseup.net
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dimanche 21 février 2021
lundi 6 janvier 2020
Gatecreeper / Deserted
Quelle période bénie. L’année 1989 a été formidable mais celle qui commence à peine, 1990 donc, s’annonce incroyable. Cela fait déjà un an que je suis parti de chez mes parents et que je tente tant bien que mal de voler de mes propres ailes. Je suis inscrit à la fac mais il n’y a que les cours d’Economie Politique qui m’intéressent. Tout le reste – mathématiques, statistiques, comptabilité nationale, comptabilité d’entreprise, gestion analytique, etc. – me font royalement chier. Donc je travaille au lieu d’aller en cours et avec ce que je gagne j’achète des disques, je vais aux concerts. La belle vie.
Et puis il y a mon pote Samuel. Lui aussi il se demande ce qu’il fait dans cette fac. Il est extrêmement doué, beaucoup plus que moi, mais il ne voit vraiment pas vers quel avenir pourront le conduire les études qu’il mène. Ce garçon est un métalleux, un vrai. Alors que moi j’ai progressivement arrêté d’écouter ce genre de musique depuis quelques années, suite à la découverte du punk, du hardcore, du post punk, de la cold wave, de la musique industrielle, du noise rock alors tout juste naissant, du shoegaze (énumération presque chronologique). Je sors tout juste d’une grosse période rock alternatif français et les émissions de radio que j’anime sont le reflet bordélique de mes goûts complètement disparates et de mes découvertes quasiment quotidiennes.
Pourtant Samuel m’a incité à ne pas lâcher trop vite le metal. Parce que son truc à lui, c’est le metal extrême et principalement celui en provenance des Etats Unis : Death, Morbid Angel, Cannibal Corpse, Autopsy et, bien sûr, Obituary. Tous ces groupes ont déjà publié des premiers enregistrements retentissants ou en annoncent de nouveaux pour l’année 1990. Samuel me tient donc régulièrement au courant des nouvelles sorties, il a bien compris qu’étant déjà fan de Napalm Death et de grindcore, je ne pouvais pas être insensible au death, ce metal extrémiste, brutal, primitif et hyper violent reléguant les groupes de speed et de thrash de ma jeune adolescence au rang d’apprentis-sorciers de la violence musicale.
Et puis il y a mon pote Samuel. Lui aussi il se demande ce qu’il fait dans cette fac. Il est extrêmement doué, beaucoup plus que moi, mais il ne voit vraiment pas vers quel avenir pourront le conduire les études qu’il mène. Ce garçon est un métalleux, un vrai. Alors que moi j’ai progressivement arrêté d’écouter ce genre de musique depuis quelques années, suite à la découverte du punk, du hardcore, du post punk, de la cold wave, de la musique industrielle, du noise rock alors tout juste naissant, du shoegaze (énumération presque chronologique). Je sors tout juste d’une grosse période rock alternatif français et les émissions de radio que j’anime sont le reflet bordélique de mes goûts complètement disparates et de mes découvertes quasiment quotidiennes.
Pourtant Samuel m’a incité à ne pas lâcher trop vite le metal. Parce que son truc à lui, c’est le metal extrême et principalement celui en provenance des Etats Unis : Death, Morbid Angel, Cannibal Corpse, Autopsy et, bien sûr, Obituary. Tous ces groupes ont déjà publié des premiers enregistrements retentissants ou en annoncent de nouveaux pour l’année 1990. Samuel me tient donc régulièrement au courant des nouvelles sorties, il a bien compris qu’étant déjà fan de Napalm Death et de grindcore, je ne pouvais pas être insensible au death, ce metal extrémiste, brutal, primitif et hyper violent reléguant les groupes de speed et de thrash de ma jeune adolescence au rang d’apprentis-sorciers de la violence musicale.
Sauf que nous sommes en 2020. J’en suis sûr et certain parce que j’ai bien pris soin de vérifier la date lorsque j’ai écouté Deserted, le deuxième album de GATECREEPER. J’ai déjà un peu parlé dans cette gazette internet de ce groupe originaire d’Arizona et d’un split avec les affreux Iron Reagan. Sur le moment la musique de ces cinq death-métalleux m’avaient bien marqué mais je ne m’attendais pas non plus au retour vers le futur du passé provoqué par Deserted, un disque tel qu’on en faisait aux alentours des années 1990. Alors évidemment que cela ne peut que me plaire, malgré une pochette d’une laideur toute convenue et malgré la photo du groupe au verso qui nous montre cinq chevelus-barbus – sauf le chanteur qui ne porte que la moustache, cela lui donne des airs d’intello – affublés des sempiternels t-shirts de groupes obscurs, de tatouages démoniaques et de morgues patibulaires de tueurs du désert (oui l’Arizona est une sorte de grand désert avec un peu de vie ça et là). Je comprends que tout ça ne fasse pas trop envie.
Pourtant Gatecreeper est un sacré bon groupe dans le genre. Les rythmiques sont variées et la musique accélère uniquement lorsque c’est nécessaire, laissant beaucoup de place à de nombreux passages mid tempo tamisés à la double grosse caisse. S’il y a plusieurs sens communément acceptables au mot groove – et il y en a effectivement plusieurs : par exemple en matière de noise rock les new-yorkais d’Unsane étaient imbattables – Gatecreeper est l’un des maitres actuels de ce death lourdissime et pachydermique à faire dodeliner de la tête n’importe quel adepte de la méditation transcendantale. Et quand je dis lourd c’est même plus que ça : la musique de Gatecreeper est non seulement extra plombée mais aussi ultra grasse, ultra poisseuse et ultra épaisse. Il faut dire aussi que les guitares sont accordées particulièrement bas, rivalisant avec celles du Entombed de la grande époque, et qu’elles envoient du gros riff bien sale et bien méchant.
Rien de très nouveau, donc. Juste une douce brise nauséabonde, un peu de fraicheur parfumée à la charogne de chacal et une once de vitalité crépusculaire de mort-vivants défoncés au peyotl dans un genre musical ultra codifié et ultra normé. Nous sommes donc en 2020 et en 2020 il y a tous ces groupes au talent poussif qui essaient de faire comme si, et surtout comme ça, sans y arriver. Et puis il y a Gatecreeper… tu connaissais déjà ce groupe Samuel ?
Pourtant Gatecreeper est un sacré bon groupe dans le genre. Les rythmiques sont variées et la musique accélère uniquement lorsque c’est nécessaire, laissant beaucoup de place à de nombreux passages mid tempo tamisés à la double grosse caisse. S’il y a plusieurs sens communément acceptables au mot groove – et il y en a effectivement plusieurs : par exemple en matière de noise rock les new-yorkais d’Unsane étaient imbattables – Gatecreeper est l’un des maitres actuels de ce death lourdissime et pachydermique à faire dodeliner de la tête n’importe quel adepte de la méditation transcendantale. Et quand je dis lourd c’est même plus que ça : la musique de Gatecreeper est non seulement extra plombée mais aussi ultra grasse, ultra poisseuse et ultra épaisse. Il faut dire aussi que les guitares sont accordées particulièrement bas, rivalisant avec celles du Entombed de la grande époque, et qu’elles envoient du gros riff bien sale et bien méchant.
Rien de très nouveau, donc. Juste une douce brise nauséabonde, un peu de fraicheur parfumée à la charogne de chacal et une once de vitalité crépusculaire de mort-vivants défoncés au peyotl dans un genre musical ultra codifié et ultra normé. Nous sommes donc en 2020 et en 2020 il y a tous ces groupes au talent poussif qui essaient de faire comme si, et surtout comme ça, sans y arriver. Et puis il y a Gatecreeper… tu connaissais déjà ce groupe Samuel ?
[Deserted est publié en vinyle par Relapse records]
jeudi 21 février 2019
Iron Reagan / Dark Days Ahead / split with Gatecreeper
[je vais vraiment finir par croire qu’il
n’y a que deux façons de survivre à ses propres contradictions : faire
preuve de la mauvaise foi la plus totale ou savoir se moquer de soi-même (ces
deux méthodes ne sont pas forcément incompatibles l’une avec l’autre) ; alors
autant en profiter pour me vautrer dans les musiques d’une vieille adolescence
perdue]
Aujourd’hui pour notre rubrique errance
de l’âme et errance du propos voici donc IRON REAGAN : fondé par des membres de Municipal Waste
(avec qui le groupe a musicalement pas mal de points communs), de Cannabis Corpse
ou de Darkest Hour Iron Reagan plonge tête baissée dans un thrash crossover très
années 80. Rien que son nom évoque une période funeste de la vie politique
américaine – qui pourtant connaitra toujours pire par la suite… – et
musicalement on ne peut avoir aucun doute : Iron Reagan ranime la flamme d’un hardcore crossover et ultra
rapide. Son dernier enregistrement publié est un 12’ monoface chez Pop Wig records
en novembre 2018. Dark Days Ahead donne
à écouter cinq titres courts et véloces, gorgés de riffs d’un simplisme très
bay area mais d’une efficacité redoutable – The Devastation
en est le parfait exemple.
Malgré la domination effarante et le tranchant des guitares l’absence totale de solos est ici une très bonne chose comme si pour Iron Reagan la branlette était tout juste bonne pour les groupes de death-tech et autres métalleries prétentieuses. Il ne faut que sept petites minutes pour que le groupe déballe intégralement son programme politique en cinq points (le disque tourne en 45 tours) alors autant dire que tous ces chevelus sont bien plus crusti-punks que la moyenne des crétins-crêteux. Face à tant de fraicheur (haha) on comprend aisément pourquoi Iron Reagan a pu s’éloigner aussi rapidement du statut de simple side project de Municpal Waste et a connu la progression fulgurante que l’on sait, au point de rattraper son illustre ainé et même de l’égaler dans les cœurs cloutés des speed freaks.
Malgré la domination effarante et le tranchant des guitares l’absence totale de solos est ici une très bonne chose comme si pour Iron Reagan la branlette était tout juste bonne pour les groupes de death-tech et autres métalleries prétentieuses. Il ne faut que sept petites minutes pour que le groupe déballe intégralement son programme politique en cinq points (le disque tourne en 45 tours) alors autant dire que tous ces chevelus sont bien plus crusti-punks que la moyenne des crétins-crêteux. Face à tant de fraicheur (haha) on comprend aisément pourquoi Iron Reagan a pu s’éloigner aussi rapidement du statut de simple side project de Municpal Waste et a connu la progression fulgurante que l’on sait, au point de rattraper son illustre ainé et même de l’égaler dans les cœurs cloutés des speed freaks.
Un constat largement renforcé par un split
publié en mars 2018 par Earache records
et regroupant Iron Reagan et Gatecreeper (ce vinyle 12’ tourne également
en 45 tours). Coté Iron Reagan il
n’y a aucune surprise, sauf que les cinq compositions présentées par la bande de
Tony Foresta sont peut-être un peu moins rapides, un peu plus élaborées et plus
complexes que celles présentes sur Dark
Days Ahead : le côté métal prédomine cette fois sur le côté punk, il y
a plus de breaks et plus de changements de rythmes et sur les deux derniers
titres on trouve même de courts solos de guitares avec de vraies notes. Celles
et ceux qui apprécient déjà Iron Reagan
et en particulier le troisième album du groupe (le trop bien-nommé Crossover Ministry) devraient y trouver
leur compte.
La bonne surprise de ce split se situe sur l’autre face : GATECREEPER est un groupe américain de l’Arizona – le titre de son premier album fait référence au désert Sonoran d’où le groupe est originaire – et joue un death metal très lourd et très épais, chargé d’un groove plombé qui peut rappeler les premiers Entombed et même des fois Autopsy. Gatecreeper joue dans une cour contigüe à celle des finlandais d’Hooded Menace, les deux titres du split (en fait trois mais le premier est une sorte d’introduction pour le deuxième) suintent la lourdeur et la dévastation, les guitares sont accordées très bas, la double-pédale fait des ravages et seul le chant y gagnerait parfois en faisant preuve d’un peu plus de profondeur caverneuse.
La bonne surprise de ce split se situe sur l’autre face : GATECREEPER est un groupe américain de l’Arizona – le titre de son premier album fait référence au désert Sonoran d’où le groupe est originaire – et joue un death metal très lourd et très épais, chargé d’un groove plombé qui peut rappeler les premiers Entombed et même des fois Autopsy. Gatecreeper joue dans une cour contigüe à celle des finlandais d’Hooded Menace, les deux titres du split (en fait trois mais le premier est une sorte d’introduction pour le deuxième) suintent la lourdeur et la dévastation, les guitares sont accordées très bas, la double-pédale fait des ravages et seul le chant y gagnerait parfois en faisant preuve d’un peu plus de profondeur caverneuse.
Comme à son habitude Earache records
a
mis le paquet en associant deux formations encore en pleine ascension et issues du
métal extrême US... ce disque a été publié à bon escient par le label – encore et
toujours prix d’excellence en marketing – puisqu’il remet à la lumière Gatecreeper dont l’album Sonoran Depravation qui date quand même de 2016 (déjà chez Earache et
que j’ai écouté depuis) est tout aussi malsain et tout aussi écrasant. Une très
bonne découverte, bien qu’un peu tardive en ce qui me concerne, en attendant la
suite qui ne saurait trop tarder si j’en crois les bruits de chiottes
et les bruissements de cactus parcourant les réseaux sociaux.
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