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lundi 23 septembre 2019

Hey Colossus : Carcass b/w Medal






Il y a des disques qui vieillissent rapidement, non pas qu’ils tombent en lambeaux aussitôt après les avoir écoutés, pour cause de mémoire sélective saturée de flux d’informations et de streaming réducteur, mais qui au contraire vieillissent étonnement bien : Four Bibles de Hey Colossus est de ceux-là. Malgré tous ses défauts et toutes ses défaillances, cet énième disque des anglais s’est peu à peu imposé et lorsque je le réécoute aujourd’hui, je me rends compte que je continue de l’apprécier de plus en plus – au contraire de son prédécesseur The Guillotine qui malgré quelques compositions époustouflantes reste un disque faiblard et incomplet.
Il y a bien une raison pour laquelle j’ai récemment encore réécouté Four Bibles : en plein milieu de l’été
HEY COLOSSUS a publié un single. Un vrai, qui tourne en 45 tours et dont la première face reprend le mega tube Carcass, l’un des titres phares de Four Bibles. Le label Alter records présente ce single comme symptomatique du double visage actuel de Hey Colossus avec une première face hit-paradesque et une seconde bruyante et sans concession. Tout ceci est à la fois entièrement vrai et complètement faux.

Les vieux nostalgiques de l’époque bourrinage ou droguée de Hey Colossus devront se faire une raison. Le groupe a définitivement changé, même s’il garde toujours une formidable capacité de puissance de feu que désormais il préfère mettre au service de chansons toujours plus mélodiques et accrocheuses. Ce qui n’empêche pas Hey Colossus de se retrouver constamment sur la corde raide, penchant alternativement du coté sombre et cynique puis du côté plus éclairé de sa musique. Carcass est une composition pop tellement parfaite qu’elle devrait passer régulièrement sur toutes les radios hertziennes et du web et alimenter les jukebox des bistros et des pubs du monde entier. J’oserai même affirmer que Carcass possède un côté hymne de stade, c’est une chanson que l’on a volontiers envie de reprendre en chœur et qui fait se rapprocher Hey Colossus des terrains de jeux d’un Total Victory (les experts anglais en matière d’hymnes fédérateurs dénués de toute démagogie commerciale). Autant de classe dans le rutilant et le précieux, voilà une réussite pour tous qui tient réellement du miraculeux.

La face B de ce single n’est cependant pas à la hauteur. Oubliez le côté supposément barouffeur de Medal vanté par le label dans son speech publicitaire, il y a des compositions bien plus trépidantes et plus virulentes que ça sur Four Bibles (Memory Gore ou Palm Hex / Arndale Chins par exemple). Non, sans être non plus complètement indigent, Medal n’est qu’un titre fond de tiroir qui effectivement ne méritait pas de figurer sur l’album. Sa place était logiquement en face B d’un tube mais il est également amusant de remarquer que stylistiquement Medal possède beaucoup de points en commun avec la musique d’Henry Blacker, soit le side-project de certains membres de Hey Colossus (et dont je suis pourtant fan). Je serais même extrêmement curieux de savoir ce que Tim Farthing et Joe Thompson – pour ne pas les nommer – auraient donné comme interprétation de ce titre avec leur autre groupe. En attendant le principal mérite de Carcass b/w Medal est d’avoir fait remonter une nouvelle fois Hey Colossus et son Four Bibles au sommet de la pile de disques à écouter et réécouter encore (mais aussi dans mon classement personnel des disques de l’année 2019). 

ps : j’aime beaucoup la photo en concert de la pochette, sacré Paul Sykes, et elle est signée Ed Overdrive

[Carcass b/w Medal est publié en 7’ par Alter records]

vendredi 7 juin 2019

Hey Colossus / Four Bibles


C’est dingue comme je m’accroche. Malgré tout. J’ai longtemps et passionnément été amoureux de HEY COLOSSUS. Et sans doute le suis-je encore. Même si les choses ne sont plus les mêmes depuis... en fait je ne sais plus trop depuis quand. Cet amour – j’ai envie de l’écrire avec un A majuscule mais je me retiens un peu – a vécu son apogée avec In Black And Gold qui aujourd’hui encore reste non seulement mon disque préféré de Hey Colossus mais demeure également l’un de mes disques préférés tout court, à tel point qu’il fait même partie des dix albums que j’ai voulu à tout prix emporter avec moi lorsque j’ai décidé de partir très loin d’ici pour m’exiler sur une île déserte où plus personne ne pouvait m’atteindre.
Depuis je n’ai plus rien à promettre, à moi ou à quiconque, mais je suis malgré tout toujours heureux d’avoir quelques nouvelles de Hey Colossus, qu’elles soient bonnes ou mauvaises… alors lorsque j’en reçois enfin j’essaie de lire entre les lignes, j’essaie de trouver des explications (même si je sais que des explications il n’y en a pas) et des raisons d’y croire encore. Oui je suis toujours amoureux. 




Four Bibles* est le douzième album du groupe. Et je l’adore, malgré tous ses défauts. Il porte en lui quelque chose de lumineusement triste et de profondément noble. Le côté pop et mélodieux qui n’a cessé de prendre toujours plus de place depuis trois ou quatre disques est désormais l’élément numéro un de la musique de Hey Colossus. Les guitares, il y en a toujours trois, sont de plus en plus fines et aériennes. La voix ne se cache presque plus du tout – sauf sur (Decompression), un court instrumental qui reste pour moi une énigme à part entière – tandis que les lignes de chant sont parfaitement mémorisables et addicitves, elles donnent envie de chanter tant elles sont d’une évidence un peu perturbante au départ et certaines mélodies auraient été taillées pour être des hymnes destinés à être repris en chœur dans les stades ou au pub qu’il n’en aurait pas été autrement (l’incroyable Carcass qui ne ressort pas du crâne il fois qu’il y est entré, le pourtant volumineux et véhément Memory Gore, le plus lyrique Babes On The Plague et son leitmotiv déchirant à la guitare, Confession Bay… ce ne sont donc pas les exemples de tubes qui manquent ici). Même les compositions d’apparence plus anodine telle que It’s A Low – rehaussé de notes de piano et de violonades – ou au caractère plus volontairement virulent comme le faux tandem Palm Hex/Arndale Chins se révèlent terriblement accrocheuses. S’amuser à écouter Four Bibles au hasard et dans le désordre se révèle alors être un jeu des plus passionnants : on a peu voire aucune chance de tomber sur un titre que l’on n’aime pas.

Ce qui fait toute la différence, la raison qui fait que Four Bibles est un bon disque (et le meilleur d’Hey Colossus depuis quelques années) ce sont les deux ou trois titres qui n’ont rien à voir ou presque, qui déstabilisent le disque, le rendent moins évident, menacent son équilibre. J’ai déjà évoqué l’instrumental (Decompression) arrivant comme un cheveu sur la soupe et sonnant comme l’exercice qu’un groupe joue pour s’échauffer avant un concert et finaliser son soundcheck. Mais Four Bibles comporte d’autres éléments perturbateurs infiniment plus appréciables et ce sont les deux plus longues compositions de l’album. The Golden Bough ouvre la seconde face du disque et s’étale sur près de onze minutes à la limite du lymphatique, comme s’il se trainait volontairement, étirant jusqu’à l’invraisemblable son isolationnisme mélancolique, libérant quelques lointains échos complètement désarmants de noirceur et de tristesse et jouant le rôle de l’effet miroir inversé avec tous les tubes mi-passionnels et mi-autoadhésifs mentionnées ci dessus – sans oublier le final avec boite-à-rythmes rachitique et nappes sonores d’une poignante poésie qui transporte directement l’auditeur dans un univers parallèle et étriqué.
Le titre le plus déstabilisant est le tout dernier et il a malgré tout donné son nom à l’album : logiquement Four Bibles aurait du être une autre offrande vouée aux hit-parades de l’underground mais se révèle rapidement assez lisse voire même un brin monotone. Le chant reprend les airs un peu désabusés et acidifiés qu’on lui avait connus sur les albums précédents d’Hey Colossus, les guitares ne s’excitent que lors de courts passages qui débouchent sur… toujours la même chose, une sorte de litanie du manque et de la privation. Jusqu’à ce que tout s’effondre : au bout de trois interminables minutes Four Bibles se mue en une suite de longues trainées de larsens, oscille parfois jusqu’à l’illusion d’un nouveau départ imminent mais non, les larsens sont toujours là, ils ont le dessus, durent de nouvelles longues minutes, malgré tout la basse tente une percée au bout de la cinquième, puis tout s’amenuise, petit à petit**. Ce final en queue de poisson est encore plus frustrant que tout le reste mais d’un autre côté, au lieu de perdre son temps à écrire une autre chanson d’amour perdu ou parlant de l’ironie d’une existence désabusée, Hey Colossus ne pouvait pas imaginer meilleur épilogue pour son disque que ce cauchemar claustrophobe. C’est peut-être pour cela que j’apprécie autant le groupe : parce qu’il sait jouer de son ambivalence et qu’en même temps il assume tout. Donc des explications il n’y en a toujours pas. Pourtant ce Four Bibles me donne la force d’attendre encore.

* enfin il me semble qu’il s’agit du douzième… il est publié en vinyle et en CD par Alter records, c’est la première fois que Hey Colossus collabore avec ce label qui compte dans son catalogue des disques de Reveillez et de Helm, entre autres choses

** je dois préciser que ce final est complètement écourté sur la version vinyle et que donc il tombe à plat, gâchant l’effet de sortie du disque… il convient donc plutôt d’écouter la version en streaming, les mp3 ou la version CD (jamais je ne me serais cru capable d’écrire cela un jour)